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Au milieu des années 1920, la chronologie de référence situe en 1925 le lancement à Genève d’une campagne antimaçonnique par Georges Oltramare, écrivain, comédien et pamphlétaire. Son bimensuel satirique Le Pilori, fondé en 1923, s’en prend aux juifs, aux socialistes et aux francs-maçons, présentés comme les « maux » de la société genevoise. Ces attaques préparent la carrière politique d’un homme qui fondera un mouvement d’inspiration fasciste, soutiendra l’initiative fédérale de 1937 contre la franc-maçonnerie, puis collaborera avec l’occupant à Paris.
Date : vers 1925
Lieu : Genève, Suisse
Genève dans l’entre-deux-guerres

Ville de la Société des Nations, Genève est aussi, dans les années 1920, le théâtre de vives tensions politiques entre une gauche socialiste emmenée par Léon Nicole et une droite nationaliste en voie de radicalisation. Dans ce climat, les thèmes du complot judéo-maçonnique, popularisés en Europe depuis la fin du XIXe siècle, trouvent un écho en Suisse romande. La franc-maçonnerie suisse, regroupée pour l’essentiel dans la Grande Loge Alpina, compte alors une quarantaine de loges.
Georges Oltramare, un homme de lettres devenu agitateur
Né à Genève le 17 avril 1896, Georges Oltramare étudie le droit puis choisit la littérature après le succès d’une pièce. Il joue chez les Pitoëff, écrit pour le quotidien La Suisse, qui le congédie en 1923 en raison de chroniques antisémites, et obtient en 1927 le prix Schiller pour Don Juan ou la solitude. Son frère aîné André, philologue, est au contraire un élu socialiste. Polémiste brillant et provocateur, Géo Oltramare fait de la satire une arme politique.
Le Pilori et la campagne contre les loges
Le premier numéro du Pilori paraît le 26 mai 1923. Le bimensuel adopte d’emblée un ton profondément antisémite, s’attaque aux grandes familles juives de Genève et atteint un tirage moyen d’environ 20 000 exemplaires. Les francs-maçons figurent parmi ses cibles régulières, aux côtés des socialistes et des communistes, notamment dans les séries dessinées par le caricaturiste Noël Fontanet. Les sources consultées confirment ces attaques mais ne permettent pas de dater précisément de 1925 le lancement d’une campagne spécifiquement antimaçonnique ; l’année est donc à prendre comme un repère.
Du pamphlet au mouvement politique

En 1930, Oltramare fonde l’Ordre politique national, qui fusionne bientôt dans l’Union nationale, mouvement d’inspiration fasciste. Le 9 novembre 1932, la réunion qu’il convoque pour mettre en accusation les socialistes Léon Nicole et Jacques Dicker provoque une contre-manifestation ; l’armée tire, faisant 13 morts. Député au Grand Conseil genevois de 1933 à 1936, chef unique de l’Union nationale à partir de 1935, il rencontre Mussolini à plusieurs reprises.
L’initiative Fonjallaz de 1937
L’antimaçonnisme d’Oltramare culmine avec son soutien à l’initiative populaire fédérale « Interdiction des sociétés franc-maçonniques », portée par le comité de l’Action helvétique que patronnent Arthur Fonjallaz, Oltramare et Gottlieb Duttweiler. Elle vise à exclure du droit d’association les loges et les Odd Fellows. Le Conseil fédéral, qui ne trouve rien d’illicite dans l’activité des maçons, en recommande le rejet. Le 28 novembre 1937, le peuple suisse la repousse par 68,7 % des voix ; seul le canton de Fribourg l’accepte.
La collaboration et la chute
En 1940, Oltramare quitte la Suisse pour Paris occupé. Sous le pseudonyme de Charles Dieudonné, il dirige le journal La France au travail financé par les Allemands, puis parle sur Radio-Paris. Réfugié à Sigmaringen en 1944, il est renvoyé en Suisse en 1945, condamné en 1947 par le Tribunal fédéral à trois ans de prison, puis à mort par contumace à Paris en 1950. Il meurt à Genève en 1960. Son parcours illustre le lien étroit entre antimaçonnisme, antisémitisme et fascisme dans l’Europe de l’entre-deux-guerres.
Repères chronologiques
- 26 mai 1923 : premier numéro du Pilori.
- Vers 1925 : campagne antimaçonnique selon la chronologie de référence.
- 1930 : fondation de l’Ordre politique national.
- 9 novembre 1932 : fusillade de Genève.
- 28 novembre 1937 : rejet de l’initiative contre les sociétés maçonniques.
- 1940 : départ pour Paris et collaboration.
- 1960 : mort d’Oltramare à Genève.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Alchimie et soupçon antimaçonnique (antimaçonnisme), Complot judéo-maçonnique (antimaçonnisme).

