Philalèthes (Rite maçonnique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le Rite des Philalèthes, dont le nom grec signifie « amis de la vérité », est un régime de maçonnerie philosophique et mystique fondé à Paris en 1773 par le marquis Charles-Pierre-Paul Savalette de Langes, au sein de la loge des Amis réunis. Organisé en douze grades répartis en trois sections, il ambitionne de rassembler toute la « science maçonnique » de son temps, jusqu’à l’alchimie et la théurgie. Célèbre pour ses convents de Paris de 1785 et 1787, il s’éteint avec son fondateur en 1797 et n’est plus pratiqué aujourd’hui.

Une académie des chercheurs de vérité

Le rite naît en 1773 dans la loge parisienne des Amis réunis, dont Savalette de Langes est cofondateur et vénérable. Il est d’abord pratiqué dans une arrière-loge greffée sur cet atelier. En 1775, une commission des grades et archives est chargée de définir un plan permettant de parvenir à « la connaissance de la vérité ».

Ses membres, que certains historiens qualifient d’« académie occulte », se donnent pour règle de ne rejeter aucune source. Ils réunissent entre 1775 et 1780 une vaste bibliothèque et des archives destinées à synthétiser l’ensemble du savoir maçonnique connu, et dotent la loge d’un laboratoire où l’on pratique l’alchimie. Fin 1782, une vingtaine de loges, en France et à l’étranger, adhèrent au rite.

Savalette de Langes et le cercle des Amis réunis

Charles-Pierre-Paul Savalette de Langes, né à Tours, détient depuis 1756 la charge héréditaire de garde du Trésor royal sous Louis XV et Louis XVI. Également membre de la Chambre des grades du Grand Orient de France, il fait des Amis réunis un foyer de sociabilité brillante où l’on croise notamment le vicomte de Tavannes, Antoine Court de Gébelin, Claude Baudard de Saint-James ou le prince Charles de Hesse-Rheinfels-Rotenburg.

L’article de Wikipédia consacré à Savalette compte le martinisme parmi les fondements du rite ; les rapports entre les Philalèthes et l’héritage de Martinès de Pasqually ont fait l’objet d’études spécifiques.

Douze grades en trois sections

Après cinq ans de travaux, la commission propose un rite de douze grades répartis en trois sections, chacune dotée de sa cérémonie de réception :

  • Collège de la maçonnerie symbolique : apprenti, compagnon, maître, élu, écossais ;
  • Chapitre des chevaliers et amis réunis : chevalier d’Orient, chevalier Rose-Croix, chevalier du Temple ;
  • Conseil des écharpes blanches : philosophe inconnu, sublime philosophe, initié, philalèthe.

La progression va des légendes fondatrices de la maçonnerie spéculative, autour d’Hiram, vers les grades chevaleresques, puis vers des grades à caractère alchimique, théosophique ou théurgique.

Les convents de Paris

Philalèthes
Source : Wikimedia Commons – Unknown authorUnknown author – Public domain

Au sommet de sa notoriété, Savalette envisage de répondre au convent de Wilhelmsbad (1782), dont est issu le Régime écossais rectifié. Le premier convent philosophique, que l’article sur Savalette situe en 1785, est convoqué auprès de 228 frères avec un questionnaire en dix points, le proponenda, sur les fondements de la maçonnerie. Jugées indiscrètes, ces questions provoquent des défections, dont celles de Saint-Martin, de Joseph de Maistre et de Ferdinand de Brunswick.

Ouvert avec une centaine de délégués et vingt-huit philalèthes, le convent tient trente séances ; sa circulaire de clôture juge les travaux insuffisants tout en esquissant une association européenne de philalèthes. Le second convent, en 1787, porte sur les intermédiaires entre les dieux et les hommes et recueille peu d’échos ; un troisième, préparé la même année, n’a jamais lieu. L’article sur les Philalèthes et celui sur Savalette ne datent pas tout à fait de la même manière le premier convent.

Déclin, dispersion et postérité

Le régime perdure jusqu’en 1792, puis disparaît définitivement à la mort de Savalette en 1797. Une partie de ses archives et de sa bibliothèque est dispersée en 1806. Le rite n’a pas de descendance directe et n’est plus pratiqué.

L’abbé Barruel a soutenu que la loge avait été constituée pour combattre la monarchie, thèse polémique propre à la littérature antimaçonnique de la période révolutionnaire, présentée par les sources comme l’opinion de Barruel et non comme un fait établi. Au-delà de leur sort institutionnel, les Philalèthes ont légué l’image d’une maçonnerie savante et érudite, soucieuse de confronter les traditions et de les soumettre à l’examen collectif. Le nom a par ailleurs été repris par la Philalethes Society, association américaine de recherche maçonnique sans lien direct avec le rite.

Pour approfondir

  • Les Philalèthes et les Convents de Paris : une politique de la folie, Charles Porset, Honoré Champion, 1996
  • Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Daniel Ligou (dir.), PUF, 1998
  • Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Éric Saunier (dir.), Le Livre de poche, 2000 (article « Philalèthes » de Charles Porset)
  • « Martinès dans la quête maçonnique du XVIIIe siècle : le cas des Philalèthes », Alain Marchiset et Pierre Mollier (article)

En résumé

Laboratoire intellectuel des Lumières maçonniques, le Rite des Philalèthes a voulu rassembler en douze grades toute la science initiatique de son temps. Ses convents de 1785 et 1787 restent un moment marquant de l’histoire maçonnique française, même si le rite a disparu avec son fondateur.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.

Voir aussi dans le glossaire : Convent, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Rose-Croix, Antoine Court de Gébelin (Personnalité), Daniel Ligou (historien), Joseph de Maistre (Personnalité), Pierre Mollier (historien), Charles Porset (historien).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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