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Les Ordres de Sagesse désignent les hauts grades du Rite français, appelés à l’origine « ordres supérieurs ». Codifiés à Paris entre 1784 et 1786 par le Grand Chapitre général de France, sous l’impulsion d’Alexandre Roëttiers de Montaleau, ils regroupent en quatre ordres les nombreux grades pratiqués au XVIIIe siècle, du grade d’Élu au Rose-Croix, complétés par un Ve ordre administratif et conservatoire. Mis en sommeil en 1862, ils sont réactivés à partir des années 1960 et sont aujourd’hui pratiqués par plusieurs juridictions, notamment au Grand Orient de France.
Mettre de l’ordre dans la profusion des hauts grades

Au milieu du XVIIIe siècle, la France maçonnique voit fleurir des dizaines de grades au-delà de la maîtrise. Devenu Grand Orient de France en 1773, l’obédience se consacre d’abord aux loges symboliques. En 1780, elle crée une Chambre des grades chargée d’établir des rituels de référence ; celle-ci étudie 38 grades, rejette notamment le Chevalier de l’aigle – Rose-Croix jugé trop proche des cérémonies religieuses, puis se consacre à la codification des trois grades symboliques, publiée en 1801 sous le titre de Régulateur du maçon.
La réforme des hauts grades passe alors au Grand Chapitre général de France, créé en février 1784 par sept chapitres parisiens de Rose-Croix. Entre 1784 et 1788, il fédère une soixantaine de souverains chapitres et apparaît comme la première véritable obédience de hauts grades.
Les artisans de la codification
Les statuts du Grand Chapitre sont rédigés par Alexandre Roëttiers de Montaleau, Jean-Pierre Saurine et Louis Georges Salivet. Roëttiers de Montaleau, déjà actif à la Chambre des grades aux côtés de Savalette de Langes et de Bacon de la Chevalerie, est la figure motrice de l’entreprise. Le principe retenu est simple : un rituel par ordre, chaque ordre synthétisant une famille de grades.
Les rituels sont publiés en 1801 dans Le Régulateur des Chevaliers maçons ou les Quatre ordres supérieurs, texte fondateur qui décrit les cérémonies, les décors et le tableau propre à chaque ordre, d’abord tracé à la craie puis remplacé par des tapis peints.
Quatre ordres et un Ve ordre
Dans la continuité du grade de maître, les quatre ordres se succèdent ainsi :
- Ier ordre : Élu secret, synthèse des grades d’élus (vers 1740) ;
- IIe ordre : Grand Élu écossais, issu notamment du « Vrai Maître Écossais » (vers 1745) ;
- IIIe ordre : Chevalier d’Orient, centré sur la reconstruction du Temple ;
- IVe ordre : Chevalier de l’Aigle, Parfait Maçon libre sous le nom de Rose-Croix (Souverain Prince Rose-Croix) ;
- Ve ordre : ordre administratif et conservatoire, non graduel, consacré à l’étude de 81 grades.
Les quatre ordres correspondent aux 9e, 14e, 15e et 18e degrés du Rite écossais ancien et accepté. Le Ve ordre, prévu dès les statuts de 1784, classe en neuf séries les grades de la tradition française, des plus primitifs aux grades hermétiques ; il tient de la distinction plus que du grade, le IVe ordre restant le « nec plus ultra » du rite.
Esprit et symbolique : de la vengeance à la Parole retrouvée
Les deux premiers ordres répondent aux questions laissées en suspens par la légende d’Hiram : l’Élu secret évoque le châtiment des meurtriers en écartant toute mise en scène sanguinaire, le Grand Élu écossais développe la purification et la découverte du Delta. Le Chevalier d’Orient, héritier du mythe chevaleresque issu du discours de Ramsay, met en scène les bâtisseurs « l’épée d’une main et la truelle de l’autre ».
Le IVe ordre conduit à une construction spirituelle autour d’une Parole nouvelle. Proche des évangiles par son symbolisme de mort et de résurrection, il fait l’objet d’une version déchristianisée proposée par Roëttiers de Montaleau, qui en conserve la structure et l’iconographie.
Déclin, sommeil et renaissance

Le régime atteint son apogée sous le Premier Empire, avec près de 500 chapitres. La montée du Rite écossais ancien et accepté transforme ensuite la pratique : le « Rituel Murat » de 1858 intègre les nouveaux hauts grades et les trois premiers ordres sont mis en sommeil en 1862 ; les chapitres commencent alors au Rose-Croix pour aboutir aux 30e, 32e et 33e degrés.
La renaissance débute avec René Guilly, qui fonde à Neuilly-sur-Seine le chapitre « Jean-Théophile Desaguliers » (1963 selon l’article consacré aux Ordres). Suivent « La Chaîne d’Union » de Roger d’Almeras (1970), le Grand Chapitre magistral du Grand Globe français à Lille (1977) puis le Grand Chapitre de Provence, daté de 1986 ou de 1979 selon les articles de Wikipédia. Le Grand Chapitre général de Rite français est ensuite refondé au sein du Grand Collège des rites du GODF, avant de devenir une juridiction autonome.
Les juridictions qui pratiquent aujourd’hui les Ordres
Au Grand Orient de France, les Ordres relèvent du Grand Chapitre général du GODF – Rite français. Des patentes ont été transmises à d’autres obédiences : la Grande Loge féminine de France (1999, avec création d’un Grand Chapitre général féminin en 2001) et la Grande Loge mixte de France (2001, Grand Chapitre général mixte en 2002). À la GLNF, un Grand Chapitre Français a été établi par une patente de 1989 du Suprême Conseil du Rite moderne pour le Brésil.
D’autres structures indépendantes existent, dont un Grand Chapitre général de France réactivé à Cagnes-sur-Mer et des juridictions relevant de l’UMURM. Les Ordres sont pratiqués en France, en Europe et dans diverses juridictions du monde, sous leur forme traditionnelle ou sous des formes renouvelées.
Pour approfondir
- Les hauts grades du Rite français : histoire et textes fondateurs, Pierre Mollier, Dervy, 2017
- Les Ordres de Sagesse du Rite français : au cœur de la franc-maçonnerie libérale, des Lumières au XXIe siècle, Cécile Révauger et Ludovic Marcos, Dervy, 2015
- Histoire illustrée du Rite français, Ludovic Marcos, Dervy
- Le Rite français, Alain Bauer et Gérard Meyer, PUF, coll. « Que sais-je ? »
- Vade-mecum des Ordres de Sagesse du Rite français, Claude Darche, Dervy
- Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Daniel Ligou (dir.), PUF, 1998
En résumé
Fruit de la grande codification de 1784-1786, les Ordres de Sagesse ramènent à quatre ordres la profusion des hauts grades français, du grade d’Élu au Rose-Croix. Éclipsés par le Rite écossais au XIXe siècle, ils renaissent depuis les années 1960 et irriguent aujourd’hui plusieurs obédiences françaises et étrangères.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.
Voir aussi dans le glossaire : Rose-Croix, Chapitre, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Alain Bauer (Auteur), Claude Darche (Auteur), René Guilly (historien), Daniel Ligou (historien), Ludovic Marcos (historien).

