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Reine Philiberte Rouph de Varicourt (1757-1822), née à Pougny dans le pays de Gex et morte à Paris, devenue marquise de Villette par son mariage, est restée dans l’histoire comme la protégée de Voltaire, qui la surnommait « Belle et Bonne » et la considérait comme sa fille adoptive. Salonnière acquise aux idées de la Révolution, elle a appartenu à la loge d’adoption « Belle et Bonne », nommée en hommage au philosophe, dont elle prononça le discours d’installation.
Une jeune fille du pays de Gex

Reine Philiberte appartient à la famille Rouph de Varicourt, petite noblesse installée dans le pays de Gex depuis le XVIIe siècle, à Versonnex, près de Ferney. Son père, Marin-Étienne Rouph de Varicourt, est maréchal de camp et officier aux gardes du roi ; sa mère se nomme Gilberte Prospère Prez de Crassier. Elle grandit au sein d’une fratrie de dix enfants.
Parmi ses frères, François est l’un des deux gardes du corps tués à Versailles le 6 octobre 1789, tandis que Pierre-Marin, député du clergé aux États généraux, devient évêque d’Orléans de 1817 à 1822.
« Belle et Bonne », la protégée de Voltaire
Dame de compagnie de Mme Denis, nièce de Voltaire, la jeune femme est remarquée par le philosophe, ami de la famille de sa mère. Il l’installe au château de Ferney et la surnomme « Belle et Bonne ». Il la marie, dans la chapelle de Ferney, à Charles, marquis de Villette.
Le couple s’établit à l’hôtel de Villette, à Paris, où Voltaire les rejoint et où il meurt. Les Villette obtiennent ensuite de l’Assemblée constituante le transfert des cendres de Voltaire au Panthéon, en 1791. Le domaine de Ferney, puis le cœur du philosophe, passent un temps entre leurs mains.
Une loge d’adoption à son nom
Reine Philiberte de Varicourt appartient à la loge d’adoption « Belle et Bonne », dont le titre distinctif honore à la fois le surnom que lui donnait Voltaire et la mémoire du philosophe. Elle y prononce le discours d’installation.
Elle préside également une tenue organisée en l’honneur du naturaliste Bernard-Germain de Lacépède. Les loges d’adoption, rattachées aux loges masculines, permettaient alors aux femmes de la société cultivée de participer à une sociabilité maçonnique propre, avec ses rituels et ses grades.
Sous la Révolution
Le couple prend parti pour la Révolution dès 1789 ; son salon accueille des personnalités comme Cambacérès. Charles de Villette collabore à la Chronique de Paris avec Condorcet et Anacharsis Cloots, tandis que Reine Philiberte organise à Saint-Sulpice une quête en faveur des indigents.
Élu à la Convention, son mari vote contre la mort de Louis XVI et meurt de maladie en 1793. Elle est elle-même emprisonnée quinze mois pendant la Terreur. Mère d’un fils né en 1792, prénommé Voltaire, elle meurt à Paris, à l’hôtel d’Elbeuf, rue de Vaugirard.
Une figure de la maçonnerie féminine des Lumières
Reine Philiberte de Varicourt appartient à la mémoire maçonnique par le lien qui l’unit à Voltaire, initié aux Neuf Sœurs peu avant sa mort, et par la loge d’adoption qui portait son surnom. Elle témoigne de la place des femmes de la haute société dans la maçonnerie d’adoption de la fin du XVIIIe siècle, au carrefour des salons et des loges.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à Reine Philiberte de Varicourt.
Voir aussi dans le glossaire : Loge d’Adoption, Tenue.

