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Émile Chautemps, de son nom complet François Émile Chautemps, naît le 2 mai 1850 à Valleiry, alors dans le duché de Savoie, possession du royaume de Sardaigne, et meurt à Paris le 10 décembre 1918. Médecin, président du conseil municipal de Paris en 1889, député de la Seine puis de la Haute-Savoie, sénateur, ministre des Colonies en 1895 et brièvement ministre de la Marine en 1914, il est le patriarche d’une famille radicale qui donnera un président du Conseil. Initié en 1880 à la loge Isis-Montyon, il fréquente ensuite les loges L’Amitié et Cosmos.
Du métayage savoyard à la médecine parisienne

Émile Chautemps est le fils de Jean-Marie Chautemps, métayer du comte de Viry, qui devient syndic puis maire de Valleiry après le rattachement de la Savoie à la France en 1860. Le fils quitte la terre familiale pour les études : il est reçu docteur en médecine en 1875 et s’établit à Paris.
La capitale est alors le principal foyer du républicanisme radical. Comme nombre de médecins de sa génération, Chautemps passe de la pratique médicale à l’action municipale, terrain d’apprentissage de nombreux élus de la Troisième République.
De l’Hôtel de Ville au Palais-Bourbon
Élu au conseil municipal de Paris, il en devient le président de février à novembre 1889, l’année de l’Exposition universelle et du centenaire de la Révolution. Il entre la même année à la Chambre comme député de la Seine, siège qu’il occupe jusqu’en 1897.
Il revient alors vers sa Savoie natale : député de la Haute-Savoie, dans la circonscription de Bonneville, de 1897 à 1905, il est aussi conseiller général du canton de Chamonix à partir de 1895. Il préside à Paris la Société philanthropique savoisienne, dont il est l’un des membres fondateurs avec les avocats François Quétand et Basile Rubin.
Ministre et sénateur de la Haute-Savoie
De janvier à novembre 1895, Émile Chautemps est ministre des Colonies. Élu sénateur de la Haute-Savoie en 1905, il siège au Luxembourg jusqu’à sa mort. Comme parlementaire, il vote la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905, aboutissement du programme laïque porté par les radicaux et par une large part de la maçonnerie du Grand Orient.
En juin 1914, à la veille de la guerre, il détient quelques jours le portefeuille de la Marine dans un cabinet très éphémère. Chevalier de la Légion d’honneur, il meurt à Paris, à l’hôpital du Panthéon, un mois après l’armistice.
Une famille éprouvée
Plusieurs de ses fils connaissent un sort tragique. Henry, adjoint aux affaires indigènes, est tué au Sénégal en 1904 en aidant à l’arrestation d’un meurtrier ; il reçoit des obsèques civiles et repose à Fontaine-la-Guyon, où la famille possède une propriété. Maurice tombe dès les premiers combats de 1914 ; Félix, député lui aussi, meurt au Hartmannswillerkopf en 1915. Pierre, grièvement blessé pendant la guerre, mourra en 1945 en déportation à Bergen-Belsen.
Son fils Camille Chautemps sera plusieurs fois président du Conseil dans l’entre-deux-guerres. Son frère cadet Alphonse Chautemps (1860-1944) fut député puis sénateur d’Indre-et-Loire : la famille illustre la notion de dynastie parlementaire sous la Troisième République.
D’Isis-Montyon à Cosmos
Émile Chautemps est initié en 1880 à la loge Isis-Montyon, à Paris. Il fréquente ensuite les loges L’Amitié et Cosmos, selon l’Encyclopédie de la franc-maçonnerie dirigée par Éric Saunier, citée par Wikipédia. Isis-Montyon comptait aussi parmi ses membres le juriste Louis Amiable, futur réformateur du Rite français.
Les sources consultées ne précisent ni ses grades, ni d’éventuelles fonctions au sein de l’obédience. Son initiation, en pleine décennie de la laïcisation du Grand Orient après 1877, coïncide toutefois avec ses débuts dans la vie publique parisienne.
Postérité
Une rue de Cluses, en Haute-Savoie, et le square Émile-Chautemps, à Paris, portent son nom. Médecin devenu élu parisien puis savoyard, ministre et votant de la loi de 1905, Émile Chautemps représente la génération de francs-maçons radicaux qui a installé la République laïque. Avec son frère et ses fils, il illustre la continuité entre la loge, le radicalisme et l’exercice du pouvoir sous la Troisième République.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à Émile Chautemps.
Voir aussi dans le glossaire : Loge Bleue ou Loge Symbolique., Haine de la laïcité (antimaçonnisme), Éric Saunier (historien).

