Enfer (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L’enfer appartient au vocabulaire extrême de l’antimaçonnisme religieux. Lorsque la franc-maçonnerie est présentée comme voie de perdition, initiation luciférienne ou entreprise de détournement spirituel, l’enfer devient l’horizon implicite ou explicite de l’accusation. Le franc-maçon n’est plus seulement en erreur. Il serait engagé dans une voie dangereuse pour son salut. Il ne serait plus seulement un frère appartenant à une tradition initiatique. Il deviendrait une âme exposée à la chute.

Une pression sur les consciences

Jason apportant à Pélias la Toison d’or, cratère apulien à figures rouges du Peintre des Enfers, 340 330 av. J. C.

Ce langage produit une pression considérable sur les consciences croyantes. Il transforme une appartenance initiatique en drame métaphysique. Il substitue à la réflexion théologique une peur de damnation. Il ne cherche plus à comprendre ce que vivent réellement les frères et les sœurs dans leurs loges. Il place leur chemin sous le signe de l’abîme. Le dialogue devient presque impossible, car celui qui interroge n’est plus vu comme un interlocuteur, mais comme un être à sauver ou à arracher à une influence supposée.

Dans certains discours antimaçonniques, l’enfer fonctionne comme la sanction ultime de la liberté de conscience. Chercher hors du cadre imposé devient péril. Travailler symboliquement devient orgueil. Se réunir avec des hommes de croyances différentes devient compromission. Prêter serment devient pacte. Recevoir la Lumière devient s’exposer à une fausse lumière. Ainsi, tout le vocabulaire initiatique est réinterprété dans une perspective de chute.

Une arme de fermeture

L’antimaçonnisme utilise l’enfer comme arme de fermeture. Là où la franc-maçonnerie parle de passage, de lumière, de travail sur soi, de rectitude et de fraternité, le soupçon religieux voit séduction et abîme. Il ne voit pas une pédagogie symbolique. Il voit un piège. Il ne voit pas la transformation intérieure. Il voit la perte de l’âme. Il ne voit pas la conscience au travail. Il voit une rébellion contre l’ordre divin.

La réponse initiatique

La réponse initiatique ne consiste pas à se moquer de la croyance en l’enfer. Ce serait méconnaître la profondeur et la gravité de nombreuses traditions religieuses. Elle consiste à refuser son usage comme instrument d’intimidation ou de calomnie. Une spiritualité véritable peut parler du salut, de la faute, du mal, du jugement, de la conversion. Mais elle se dégrade lorsqu’elle transforme l’autre en condamné d’avance, lorsqu’elle remplace l’écoute par la menace, lorsqu’elle fait de la peur une méthode de gouvernement des consciences.

Il faut aussi rappeler que la franc-maçonnerie n’est pas une doctrine du salut. Elle ne prétend pas décider du destin ultime des âmes.

Elle ne se substitue ni aux Églises, ni aux traditions religieuses, ni aux consciences croyantes. Elle travaille dans un autre ordre, celui du symbole, de la transformation morale, de la fraternité et de la recherche. L’accuser de conduire à l’enfer revient à lui prêter une fonction religieuse qu’elle ne revendique pas nécessairement.

Une lecture symbolique

Dans une perspective symbolique, l’enfer peut aussi être lu autrement. L’homme connaît des enfers intérieurs. L’orgueil, la haine, le mensonge, la lâcheté, le fanatisme, la servitude volontaire, la calomnie, la peur de penser peuvent enfermer une conscience. Le travail initiatique ne nie pas ces abîmes. Il demande de les reconnaître et de les traverser. Là où l’antimaçonnisme brandit l’enfer contre l’autre, l’initiation invite chacun à voir ce qui, en lui, risque de s’y enchaîner.

La spiritualité véritable élève la conscience. Elle ne devrait pas transformer l’autre en menace métaphysique. La franc-maçonnerie, lorsqu’elle est fidèle à sa vocation, ne promet pas d’échapper à l’enfer par appartenance. Elle propose de travailler ce qui, dans l’homme, produit l’obscurité. C’est une différence essentielle. Le soupçon condamne dehors. L’initiation commence dedans.

Voir aussi : Satanisme, Démonologie, Diabolisation, Excommunication, Croisade morale.

Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, Yonnel Ghernaouti

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.

Pour aller plus loin

Glossaire de la franc-maçonnerie

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