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Civitas occupe une place significative dans la cartographie contemporaine de l’antimaçonnisme catholique intégriste et politique. Fondé en 1999 comme association, puis transformé en parti politique en 2016, le mouvement s’est inscrit dans une mouvance d’extrême droite catholique, national-catholique, antimoderne, hostile à la laïcité républicaine, aux évolutions sociétales et aux formes contemporaines de pluralisme culturel et religieux. Sa dissolution en France a été prononcée par décret du 4 octobre 2023, à la suite notamment de propos antisémites tenus lors d’une université d’été du mouvement, et le Conseil d’État a rejeté, le 30 décembre 2024, le recours de l’association contre ce décret.
Dans l’histoire de l’antimaçonnisme, Civitas n’est pas d’abord intéressant par une doctrine originale sur la franc-maçonnerie. Son importance tient plutôt à la manière dont il réactive un vieux répertoire de combat, où la franc-maçonnerie devient l’un des noms de la modernité honnie. Elle est associée à la République laïque, à la déchristianisation, au relativisme, au mondialisme, à la destruction de la famille, à la perte des autorités traditionnelles et à la guerre contre ce que le mouvement présente comme l’ordre chrétien de la société.
La rhétorique de la croisade morale

Cette rhétorique s’inscrit dans la grande famille de la croisade morale. Civitas se présente volontiers comme défenseur de la foi, de la famille, des enfants, de la civilisation chrétienne, de la tradition et de l’ordre naturel. Mais cette posture protectrice peut rapidement se transformer en désignation de l’ennemi. La franc-maçonnerie y apparaît alors non comme une réalité historique, diverse, rituelle, initiatique ou obédientielle, mais comme une puissance de dissolution, un laboratoire de la laïcité militante, un relais du mondialisme ou un acteur caché de la déchristianisation.
L’antimaçonnisme de Civitas relève donc moins de l’étude que de la mobilisation. Il ne cherche pas à comprendre les rites, les obédiences, les différences entre maçonnerie régulière, libérale, mixte ou adogmatique. Il agrège. Franc-maçonnerie, République, laïcité, mondialisme, élites, relativisme, immigration, modernité morale, tout peut être fondu dans une même image de menace. La loge devient un mot disponible pour nommer un monde que l’on refuse.
Éviter toute simplification inverse
Il faut cependant éviter toute simplification inverse. Civitas n’est pas l’Église catholique. L’intégrisme politique n’épuise pas le catholicisme. Une position doctrinale catholique critique à l’égard de la franc-maçonnerie relève d’un ordre théologique et disciplinaire.
L’antimaçonnisme militant commence lorsque cette critique devient fantasme global, soupçon systématique, diabolisation, amalgame ou désignation d’une puissance ennemie. C’est précisément ce glissement que cette entrée permet de mettre en lumière.
Une perspective initiatique
Dans une perspective initiatique, Civitas rappelle que toute tradition religieuse peut être défigurée lorsqu’elle devient guerre culturelle permanente. La foi peut éclairer.
Elle peut aussi être instrumentalisée pour dresser des murs, désigner des adversaires absolus et transformer la liberté de conscience en menace. Là où l’antimaçonnisme voit dans la loge un foyer de corruption, le discernement doit demander quels faits sont établis, quelles confusions sont entretenues et quelle peur cherche un visage.
Voir aussi : Antimaçonnisme catholique, Catholicisme et franc-maçonnerie, Guerre culturelle, Laïcité, Extrême droite, Antisémitisme, Ordre moral, Syncrétisme accusatoire, Pape et franc-maçonnerie.

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.
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