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Le Chapitre National de Recherche (CNR) du Grand Chapitre Général du Rite Français du Grand Orient de France poursuit, samedi 10 octobre, son cycle 2026-2027 consacré aux « Fondations de la citoyenneté ».

Présidé par Jean-Francis Dauriac, le CNR propose cette fois de croiser deux approches qui, loin de se juxtaposer, devraient se répondre : l’anthropologie de la citoyenneté avec Olivier Beaunay et la nécessité du projet social avec Bernard Teper. Une rencontre qui rappelle que, pour le Franc-Maçon, la Cité n’est jamais tout à fait extérieure au Temple : elle est peut-être le lieu où doit s’éprouver ce que l’initiation prétend avoir transformé en nous.
Il y a des thèmes que l’on pourrait croire épuisés tant ils appartiennent au vocabulaire familier de la République, de la philosophie politique et de la Franc-Maçonnerie.
La citoyenneté est de ceux-là. Nous savons prononcer le mot, l’associer volontiers aux droits et aux devoirs, l’inscrire dans le voisinage de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Mais savons-nous encore exactement ce que signifie être citoyen, et davantage encore ce qui permet à une société de produire des citoyens plutôt que de simples individus administrativement rattachés à une communauté nationale ?

C’est précisément l’intérêt du chantier ouvert pour l’année 2026-2027 par le Chapitre National de Recherche – CNR – du Grand Chapitre Général du Rite Français du Grand Orient de France. Son thème annuel est clairement posé : « Les fondations de la citoyenneté ».
Le choix n’a rien d’anodin. Il invite à descendre sous les discours convenus, à quitter momentanément les proclamations pour chercher les fondations. Or le Franc-Maçon sait peut-être mieux que quiconque qu’une construction ne vaut pas seulement par la beauté de sa façade : elle dépend de la justesse de son assise, de la solidité de ses pierres et de l’intelligence avec laquelle elles ont été assemblées. Parler des fondations de la citoyenneté revient ainsi à poser une question presque architecturale : sur quoi la Cité tient-elle encore ?
Jean-Francis Dauriac : faire du CNR un chantier de recherche
À la tête de ce travail, Jean-Francis Dauriac, président du Chapitre National de Recherche, poursuit depuis plusieurs années une entreprise qui dépasse largement l’organisation périodique de conférences. Grand Secrétaire aux Affaires Intérieures du Grand Chapitre Général du Rite Français du GODF depuis 2018, il préside le CNR et développe parallèlement une importante activité éditoriale, notamment à travers les collections qu’il dirige chez UPPR et Conform.

Le mot « recherche », ici, mérite d’être pris au sérieux. Il ne s’agit pas seulement de réunir des spécialistes afin qu’ils délivrent successivement une parole savante, mais de créer un espace où la tradition maçonnique puisse être confrontée aux transformations de la société sans perdre sa profondeur propre. Les travaux collectifs déjà publiés sous la direction de Jean-Francis Dauriac témoignent de cette volonté ; la Bibliothèque nationale de France recense notamment Franc-maçonnerie et démocratie, fruit du travail du Chapitre National de Recherche placé sous sa direction.
Ce travail s’inscrit donc dans une continuité. Après avoir interrogé la transmission, l’actualisation, la démocratie, les peurs contemporaines ou encore les pouvoirs du langage, le CNR déplace aujourd’hui le compas vers la citoyenneté. 450.fm avait d’ailleurs rendu compte, dès septembre, de l’ouverture de cette nouvelle séquence placée sous le signe du passage « de la Loge à la Cité ».
Et peut-être est-ce précisément là que se situe le véritable fil rouge de la démarche : refuser que la Loge devienne une chambre d’écho coupée du monde, mais refuser tout autant qu’elle se réduise à un simple commentaire de l’actualité.
Le 10 octobre : regarder d’abord l’homme avant de regarder le citoyen
La rencontre du samedi 10 octobre 2026 réunira deux intervenants et deux approches dont la complémentarité apparaît immédiatement.
Olivier Beaunay ouvrira le travail avec : « La citoyenneté : une perspective anthropologique »
Bernard Teper lui succédera autour de : « Pas de citoyenneté sans projet social ».
Le premier intitulé oblige déjà à déplacer le regard

La citoyenneté n’est plus seulement envisagée comme un statut juridique ou comme l’ensemble des droits attachés à l’appartenance à une communauté politique ; elle peut être interrogée comme une construction humaine, historique et culturelle. L’anthropologie apprend précisément à regarder les manières dont les sociétés fabriquent de l’appartenance, de la règle, du commun, de la reconnaissance et de l’altérité.
Autrement dit, derrière le citoyen demeure toujours l’homme.
Et derrière l’homme demeurent des appartenances, des récits, des rites, des filiations, des représentations collectives, des mémoires, mais aussi cette étrange faculté humaine de créer symboliquement un monde commun. La citoyenneté devient alors beaucoup plus qu’une inscription sur une carte électorale : elle est une manière d’habiter un espace partagé et de reconnaître à celui que l’on ne connaît pas une part égale dans la communauté.
Pour le Franc-Maçon, la question possède une résonance particulière.
Dans la Loge, nul ne peut véritablement travailler sans apprendre progressivement que sa propre parole doit composer avec celle des autres. Le rite organise l’espace, distribue les places, règle la circulation de la parole et construit symboliquement une communauté qui ne se confond pourtant jamais avec l’uniformité. Chacun demeure différent ; néanmoins, tous participent à un même ouvrage.
La Loge peut dès lors apparaître comme une sorte de laboratoire symbolique de la citoyenneté – non parce qu’elle fournirait un modèle politique à appliquer à la société, mais parce qu’elle confronte l’initié à l’apprentissage de la limite, de l’écoute, de la responsabilité et de la présence de l’autre.
« Pas de citoyenneté sans projet social »
La seconde intervention, confiée à Bernard Teper, déplace à nouveau la perspective. Avec son titre, « Pas de citoyenneté sans projet social », elle pose une question presque brutale dans sa simplicité : peut-il encore exister une citoyenneté véritable lorsque disparaît l’idée même d’un destin commun ?

Car une addition d’individus ne produit pas nécessairement une société. Une communauté politique suppose quelque chose de plus difficile à définir : un minimum d’avenir partagé.
C’est précisément ce que le mot « projet » introduit. Le citoyen ne serait plus seulement celui auquel sont reconnus des droits ; il serait celui qui participe, directement ou indirectement, à la construction d’un monde commun. Il ne suffirait donc pas d’appartenir à la Cité : encore faudrait-il prendre part à son devenir.
Nous retrouvons ici une distinction particulièrement féconde pour la pensée initiatique : celle qui sépare l’appartenance de la participation. On peut appartenir à une institution sans jamais véritablement contribuer à sa vie ; posséder un titre sans accomplir ce qu’il implique ; recevoir une initiation sans consentir au long travail de transformation qu’elle exige.
Deux regards sur la citoyenneté

Olivier Beaunay, anthropologue de formation, est senior advisor et vice-président du think tank Spirales Institut. Son parcours donne naturellement toute sa portée au choix d’aborder la citoyenneté sous l’angle anthropologique, c’est-à-dire en interrogeant moins seulement ses définitions juridiques que les mécanismes humains, culturels et symboliques par lesquels se construisent l’appartenance, le lien collectif et le rapport à l’autre.

Bernard Teper est co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Auteur et coauteur de nombreux ouvrages consacrés à la République sociale, à la laïcité, à la protection sociale et aux politiques publiques, il a notamment publié Néolibéralisme et crise de la dette, Laïcité : plus de liberté pour tous, La laïcité pour 2017 et au-delà, de l’insoumission à l’émancipation, Contre les prédateurs de la santé, Retraites : l’alternative cachée, Penser la République sociale pour le XXIᵉ siècle et Repenser la protection sociale du XXIᵉ siècle. Son intervention s’inscrit ainsi dans une réflexion ancienne sur les conditions sociales concrètes permettant à la citoyenneté de ne pas demeurer une simple proclamation de principe.
L’une des rencontres futures du programme du CNR portera d’ailleurs explicitement ce titre : « En Loge et dans la Cité : de l’appartenance à la participation. »
Ce simple rapprochement montre combien le calendrier 2026-2027 a été pensé comme un parcours plutôt que comme une succession de conférences indépendantes.

De la Loge à la Cité : une même question, « prendre place »
Le cycle avait véritablement pris son essor en septembre avec une rencontre intitulée « De la Loge à la Cité, les fondations de la citoyenneté – Prenez place mes Frères et mes Sœurs », proposée par Jacques Le Disez, en présence du Grand Maître Guillaume Trichard et du Grand Vénérable Philippe Guglielmi.
« Prenez place ».

L’expression mérite que l’on s’y attarde tant elle paraît simple. Prendre place n’est pas seulement occuper un siège. C’est accepter d’entrer dans un ordre de relations, reconnaître que d’autres possèdent également leur place et comprendre que la nôtre ne prend sens que dans une architecture plus vaste.
Tout le symbolisme maçonnique repose d’ailleurs sur cette intelligence de l’espace. L’Orient n’est pas l’Occident ; le Septentrion n’est pas le Midi ; la Pierre brute n’est pas placée là où se tient la Pierre cubique. Pourtant, chacun de ces lieux concourt à l’unité du Temple.

La démocratie rencontre peut-être aujourd’hui une difficulté comparable. Il ne suffit pas que chacun revendique sa place : encore faut-il accepter l’existence de l’édifice commun.
C’est pourquoi le programme du CNR est intéressant. Il ne définit pas immédiatement ce que devrait être le « bon citoyen ». Il construit progressivement une interrogation : d’où vient la citoyenneté, comment s’apprend-elle, comment se pratique-t-elle, qu’exige-t-elle de l’individu et que doit lui offrir la société pour qu’elle puisse réellement exister ?
Le programme 2026-2027 du Chapitre National de Recherche
Le planning communiqué par le CNR permet de mesurer la cohérence d’ensemble du chantier. Il est indiqué comme prévisionnel et actualisé au 14 septembre 2026.
Voici le tableau entièrement remis au propre, prêt à être intégré dans l’article 450.fm :
| Date | Horaire | Thème et intervenants |
| 11 juillet 2026 | Séquence introductive | Aline Kotlyar – « De la Loge à la Cité, la Loge mise en scène » ; Jean-Claude Laroche – « Gilets Jaunes, grands débats et prise en compte de la parole » |
| 12 septembre 2026 | 10 h – 12 h 30 | Jacques Le Disez – « De la Loge à la Cité, les fondations de la citoyenneté – Prenez place mes Frères et mes Sœurs ». Rencontre en présence du Grand Maître Guillaume Trichard et du Grand Vénérable Philippe Guglielmi. |
| 10 octobre 2026 | 14 h 30 – 17 h | Olivier Beaunay – « La citoyenneté : une perspective anthropologique » ; Bernard Teper – « Pas de citoyenneté sans projet social » |
| 14 novembre 2026 | 10 h – 12 h 30 | Jean-Claude Laroche – « Goût de la démocratie et exercice éclairé de la citoyenneté : pourquoi et comment ? » (titre à préciser) ; Jean-Michel Reynaud – « Citoyenneté : un combat quotidien pour construire une pensée complexe » |
| 12 décembre 2026 | 14 h – 16 h 30 | Michel Eynaud – « En Loge et dans la Cité : de l’appartenance à la participation » ; Pierre Verdier – « La citoyenneté aujourd’hui : Parties prenantes » |
| 9 janvier 2027 | 10 h – 12 h 30 | Aline Kotlyar – « L’inacceptable » (sujet provisoire) ; Fabrice Million-Desvignes – « La fabrique du citoyen : et si nous n’étions pas les seuls à faire société » |
| 13 février 2027 | 10 h – 12 h 30 | Michel Papaud – « La citoyenneté : prendre place dans la démocratie » |
À noter : pour le 10 octobre, le planning prévisionnel indiquait initialement 14 h – 16 h 30, mais l’invitation spécifique adressée pour cette rencontre fixe désormais l’horaire à 14 h 30 – 17 h. C’est donc ce dernier horaire qu’il convient de retenir.

Elle sera accessible en visioconférence sur Zoom ; les modalités précises de connexion figurent sur l’invitation du CNR. Une participation en présentiel est également proposée rue Cadet, salle Carreau du Grand Chapitre Général, au 1ᵉʳ étage, avec un accueil annoncé au plus tard à 14 heures. Le nombre de places étant limité, la réservation est obligatoire.
On comprend, à la lecture de l’ensemble du programme, que la rencontre du 10 octobre n’est donc pas une conférence isolée. Elle constitue la deuxième étape d’un cheminement appelé à se poursuivre jusqu’en février autour de la démocratie, de la pensée complexe, de la participation, de la fabrication du citoyen et, finalement, de cette interrogation essentielle : comment prendre place dans la démocratie ?

Construire le citoyen comme on construit le Temple
Il existe probablement une tentation propre à toutes les institutions : croire qu’il suffit de transmettre leurs valeurs pour qu’elles continuent d’exister. Mais les valeurs ne vivent jamais par proclamation. Elles vivent lorsqu’elles deviennent des comportements, des habitudes de pensée et parfois même des disciplines intérieures.
Liberté, égalité, fraternité, laïcité, démocratie, citoyenneté : ces mots peuvent devenir des pierres mortes s’ils ne sont plus travaillés.
La méthode maçonnique possède à cet égard une vertu singulière. Elle ne demande pas seulement : « Que penses-tu ? » Elle demande plus profondément : « Qu’as-tu fait de ce que tu prétends penser ? »
Le Rite Français, héritier d’une tradition profondément liée aux Lumières et à l’histoire intellectuelle française, trouve ici l’une des possibilités contemporaines de son travail. Non pas transformer le Temple en tribune politique, ce qui appauvrirait tout à la fois la politique et l’initiation, mais conserver cette capacité plus rare : fabriquer des lieux où l’on apprend à penser avant de conclure, à écouter avant de répondre et à construire avant de revendiquer.

Le chantier lancé par le Chapitre National de Recherche présidé par Jean-Francis Dauriac prend alors tout son sens. Lorsque les repères collectifs deviennent incertains, la question n’est peut-être pas seulement de défendre la citoyenneté mais de retrouver les conditions qui permettent encore de la faire naître.
Car il en va sans doute de la Cité comme du Temple : les édifices ne s’effondrent pas d’abord parce que leurs ornements ont disparu, mais lorsque leurs fondations ont cessé d’être entretenues.
Et c’est précisément sous terre, là où l’on ne voit presque rien mais où tout commence, que le CNR nous invite cette année à reprendre le travail.

