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Le Rite français, dit aussi Rite moderne, est le rite fondateur du Grand Orient de France. Héritier des usages de la maçonnerie spéculative venue d’Écosse et d’Angleterre, il est codifié à Paris entre 1783 et 1786 par la chambre des grades du GODF et par le Grand Chapitre général de France. Il comprend trois grades symboliques (apprenti, compagnon, maître) prolongés par quatre ordres de sagesse, et ses rituels sont diffusés en 1801 sous le titre de Régulateur du Maçon. Majoritaire au GODF, il est aussi pratiqué par plusieurs autres obédiences françaises et à l’étranger, notamment au Brésil.
Créé en 1773, le Grand Orient de France entreprend d’unifier les pratiques très diverses de ses loges. En janvier 1782, une chambre des grades est constituée sous l’impulsion d’Alexandre Roëttiers de Montaleau. Elle fixe entre 1783 et 1786 les trois grades symboliques, validés en assemblée plénière. En février 1784 naît le Grand Chapitre général de France, qui codifie les « ordres supérieurs », appelés ensuite ordres de sagesse, avant d’être réuni au Grand Orient. Le travail de ces années repose sur le dépouillement d’une abondante tradition : le Ve ordre, non gradué, était chargé de conserver et d’étudier quelque 81 grades en circulation en France.
En 1801, un imprimeur diffuse les rituels sous les titres Le Régulateur du Maçon (grades symboliques) et Le Régulateur des Chevaliers Maçons (ordres de sagesse). Ces textes sont dès lors regardés comme le rite officiel du GODF. Le nom de « Rite français » s’impose à cette époque, notamment pour le distinguer du Rite écossais ancien et accepté, introduit en France en 1804. Les historiens, en particulier Pierre Mollier, ont montré que le contenu du Régulateur correspond pour l’essentiel aux décisions de la chambre des grades de 1785-1786.
Le rite comporte une loge bleue de trois grades et un chapitre de quatre ordres, soit une échelle de sept grades. Le Ve ordre, administratif et conservatoire, n’y est pas compté.
- Apprenti
- Compagnon
- Maître
- Ier ordre : Élu secret
- IIe ordre : Grand élu écossais
- IIIe ordre : Chevalier d’Orient
- IVe ordre : Chevalier de l’Aigle, Parfait Maçon libre, dit Rose-Croix
Le Rite français se caractérise par une certaine sobriété : peu de grades, un cérémonial ramassé, une insistance sur la vie de la loge et la perfection morale de l’homme. Son symbole le plus caractéristique est le tableau de loge, propre à chaque grade, qui condense l’enseignement symbolique. Les ordres de sagesse prolongent la légende d’Hiram par les thèmes de la vengeance et de la justice (Élus), de la reconstruction du Temple (Chevalier d’Orient) et de l’accomplissement chrétien puis universaliste (Rose-Croix).
Entre 1807 et 1862, le REAA s’implante et supplante progressivement le Rite français dans les hauts grades ; les ordres de sagesse sont mis en sommeil sous leur forme originelle en 1862. Les rituels de Nicolas Charles des Étangs (1825-1848) lui donnent une tonalité déiste, puis le « Rituel Murat » de 1858 ajoute des références explicites à Dieu. Après la querelle du Grand Architecte de l’Univers et l’adoption de la liberté absolue de conscience par le GODF (1877), les formules religieuses sont retirées. La commission de Louis Amiable fixe en 1886 une forme adogmatique et positiviste, accentuée par les révisions de 1907 et 1922, qui réduisent fortement le cérémonial. En 1938, sous Arthur Groussier, le conseil de l’ordre adopte de nouveaux rituels qui restaurent la dimension symbolique ; réédités en 1946 et retouchés en 1955, ils forment le « Rite français Groussier ».
À partir des années 1960, des maçons comme René Guilly cherchent à retrouver le rite du XVIIIe siècle : c’est la renaissance du Rite français traditionnel (d’abord dit « moderne rétabli »). Coexistent aujourd’hui plusieurs variantes : Rite français moderne, proche du Régulateur de 1801 ; Rite français Groussier, rite de référence du GODF ; Rite français traditionnel ; Rite français de tradition, passé par la Belgique ; Rite français philosophique, élaboré à partir de 1969-1970 et adopté par le GODF en 2002. Les ordres de sagesse ont été réveillés à la même époque par divers chapitres, puis au sein du Grand Chapitre général du GODF. Les patentes accordées à partir du Brésil, notamment en 1989, restent discutées par certains historiens.
Selon Ludovic Marcos, environ 900 loges du GODF, soit près de 80 % d’entre elles, travaillent au Rite français. Il est aussi pratiqué à la Grande Loge féminine de France (patente de 1973), à la Grande Loge mixte universelle, à la Grande Loge mixte de France et à la GLNF, entre autres. Hors de France, on le trouve en Belgique et en Europe de l’Ouest, en Amérique du Sud, où le Brésil possède un Suprême Conseil du Rite moderne fondé en 1842, et plus marginalement en Amérique du Nord.
- Le Régulateur du Maçon (1785-1801), Pierre Mollier, Éditions À l’Orient, 2004
- Le Rite français, Alain Bauer et Gérard Meyer, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2012
- Histoire illustrée du Rite français, Ludovic Marcos, Dervy, 2012
- Rite français 1801. Le Régulateur du Maçon, Joseph Castelli, Éditions Maçonniques de France, 2006
- Les Ordres de Sagesse du Rite français, Cécile Révauger et Ludovic Marcos, Dervy, 2015
- Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Daniel Ligou (dir.), PUF, 1987
Rite de la maçonnerie française par excellence, le Rite français a traversé deux siècles de réformes qui reflètent l’histoire même du Grand Orient : codification des Lumières, tentation déiste du XIXe siècle, laïcisation positiviste, puis retour au symbole. Sa pluralité de variantes actuelles témoigne d’une même matrice, le Régulateur du Maçon, et d’une identité fondée sur la simplicité et la liberté de conscience.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.
Voir aussi dans le glossaire : Tableau de Loge (ou Tapis de Loge), Rose-Croix, Louis Amiable (Personnalité), Alain Bauer (Auteur), René Guilly (historien), Daniel Ligou (historien), Ludovic Marcos (historien), Gérard Meyer (Auteur).



Le Rite français, dit aussi Rite moderne, est le rite fondateur du Grand Orient de France. Héritier des usages de la maçonnerie spéculative venue d’Écosse et d’Angleterre, il est codifié à Paris entre 1783 et 1786 par la chambre des grades du GODF et par le Grand Chapitre général de France. Il comprend trois grades symboliques (apprenti, compagnon, maître) prolongés par quatre ordres de sagesse, et ses rituels sont diffusés en 1801 sous le titre de Régulateur du Maçon. Majoritaire au GODF, il est aussi pratiqué par plusieurs autres obédiences françaises et à l’étranger, notamment au Brésil.
Créé en 1773, le Grand Orient de France entreprend d’unifier les pratiques très diverses de ses loges. En janvier 1782, une chambre des grades est constituée sous l’impulsion d’Alexandre Roëttiers de Montaleau. Elle fixe entre 1783 et 1786 les trois grades symboliques, validés en assemblée plénière. En février 1784 naît le Grand Chapitre général de France, qui codifie les « ordres supérieurs », appelés ensuite ordres de sagesse, avant d’être réuni au Grand Orient. Le travail de ces années repose sur le dépouillement d’une abondante tradition : le Ve ordre, non gradué, était chargé de conserver et d’étudier quelque 81 grades en circulation en France.
En 1801, un imprimeur diffuse les rituels sous les titres Le Régulateur du Maçon (grades symboliques) et Le Régulateur des Chevaliers Maçons (ordres de sagesse). Ces textes sont dès lors regardés comme le rite officiel du GODF. Le nom de « Rite français » s’impose à cette époque, notamment pour le distinguer du Rite écossais ancien et accepté, introduit en France en 1804. Les historiens, en particulier Pierre Mollier, ont montré que le contenu du Régulateur correspond pour l’essentiel aux décisions de la chambre des grades de 1785-1786.
Le rite comporte une loge bleue de trois grades et un chapitre de quatre ordres, soit une échelle de sept grades. Le Ve ordre, administratif et conservatoire, n’y est pas compté.
- Apprenti
- Compagnon
- Maître
- Ier ordre : Élu secret
- IIe ordre : Grand élu écossais
- IIIe ordre : Chevalier d’Orient
- IVe ordre : Chevalier de l’Aigle, Parfait Maçon libre, dit Rose-Croix
Le Rite français se caractérise par une certaine sobriété : peu de grades, un cérémonial ramassé, une insistance sur la vie de la loge et la perfection morale de l’homme. Son symbole le plus caractéristique est le tableau de loge, propre à chaque grade, qui condense l’enseignement symbolique. Les ordres de sagesse prolongent la légende d’Hiram par les thèmes de la vengeance et de la justice (Élus), de la reconstruction du Temple (Chevalier d’Orient) et de l’accomplissement chrétien puis universaliste (Rose-Croix).
Entre 1807 et 1862, le REAA s’implante et supplante progressivement le Rite français dans les hauts grades ; les ordres de sagesse sont mis en sommeil sous leur forme originelle en 1862. Les rituels de Nicolas Charles des Étangs (1825-1848) lui donnent une tonalité déiste, puis le « Rituel Murat » de 1858 ajoute des références explicites à Dieu. Après la querelle du Grand Architecte de l’Univers et l’adoption de la liberté absolue de conscience par le GODF (1877), les formules religieuses sont retirées. La commission de Louis Amiable fixe en 1886 une forme adogmatique et positiviste, accentuée par les révisions de 1907 et 1922, qui réduisent fortement le cérémonial. En 1938, sous Arthur Groussier, le conseil de l’ordre adopte de nouveaux rituels qui restaurent la dimension symbolique ; réédités en 1946 et retouchés en 1955, ils forment le « Rite français Groussier ».
À partir des années 1960, des maçons comme René Guilly cherchent à retrouver le rite du XVIIIe siècle : c’est la renaissance du Rite français traditionnel (d’abord dit « moderne rétabli »). Coexistent aujourd’hui plusieurs variantes : Rite français moderne, proche du Régulateur de 1801 ; Rite français Groussier, rite de référence du GODF ; Rite français traditionnel ; Rite français de tradition, passé par la Belgique ; Rite français philosophique, élaboré à partir de 1969-1970 et adopté par le GODF en 2002. Les ordres de sagesse ont été réveillés à la même époque par divers chapitres, puis au sein du Grand Chapitre général du GODF. Les patentes accordées à partir du Brésil, notamment en 1989, restent discutées par certains historiens.
Selon Ludovic Marcos, environ 900 loges du GODF, soit près de 80 % d’entre elles, travaillent au Rite français. Il est aussi pratiqué à la Grande Loge féminine de France (patente de 1973), à la Grande Loge mixte universelle, à la Grande Loge mixte de France et à la GLNF, entre autres. Hors de France, on le trouve en Belgique et en Europe de l’Ouest, en Amérique du Sud, où le Brésil possède un Suprême Conseil du Rite moderne fondé en 1842, et plus marginalement en Amérique du Nord.
- Le Régulateur du Maçon (1785-1801), Pierre Mollier, Éditions À l’Orient, 2004
- Le Rite français, Alain Bauer et Gérard Meyer, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2012
- Histoire illustrée du Rite français, Ludovic Marcos, Dervy, 2012
- Rite français 1801. Le Régulateur du Maçon, Joseph Castelli, Éditions Maçonniques de France, 2006
- Les Ordres de Sagesse du Rite français, Cécile Révauger et Ludovic Marcos, Dervy, 2015
- Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Daniel Ligou (dir.), PUF, 1987
Rite de la maçonnerie française par excellence, le Rite français a traversé deux siècles de réformes qui reflètent l’histoire même du Grand Orient : codification des Lumières, tentation déiste du XIXe siècle, laïcisation positiviste, puis retour au symbole. Sa pluralité de variantes actuelles témoigne d’une même matrice, le Régulateur du Maçon, et d’une identité fondée sur la simplicité et la liberté de conscience.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.
Voir aussi dans le glossaire : Tableau de Loge (ou Tapis de Loge), Rose-Croix, Louis Amiable (Personnalité), Alain Bauer (Auteur), René Guilly (historien), Daniel Ligou (historien), Ludovic Marcos (historien), Gérard Meyer (Auteur).

