Grenoble 2026 : les Rencontres Écossaises du SCPLF-REAA, RdV incontournable de la rentrée maçonnique

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Les 19 et 20 septembre 2026, Grenoble accueillera les Rencontres Écossaises organisées par le Suprême Conseil pour la France du Rite Écossais Ancien et Accepté. Après « Le Réel » à Angers en 2025, la 42e édition s’attaque à une question plus vertigineuse encore : « La Création ». Mythes fondateurs, métaphysique, sciences, poésie, initiation et REAA vont dialoguer pendant deux journées à Alpexpo.

Le choix de Grenoble n’a rien d’anodin : au confluent du Drac et de l’Isère, entre Chartreuse, Vercors et Belledonne, la ville est aussi, en 2026, Capitale européenne de l’innovation. Tout semble donc concourir à faire de ce millésime un moment majeur, et probablement l’un des rendez-vous maçonniques à ne pas manquer cette année.

Il existe des manifestations qui s’ajoutent au calendrier et d’autres qui, par leur durée, leur fidélité et leur capacité à renouveler les questions, finissent par appartenir au paysage intellectuel de la Franc-Maçonnerie.

Les Rencontres Écossaises relèvent désormais de cette seconde catégorie

Nées en 1984, elles abordent leur cinquième décennie avec une singularité assez rare pour être soulignée : ne pas réduire le Rite Écossais Ancien et Accepté à l’étude de ses seuls rituels, de son histoire institutionnelle ou de ses grades, mais le confronter chaque année à l’une des grandes interrogations de l’esprit humain. En 2024, les 40es Rencontres réunissaient à Angers plus de 700 participants autour de « Dire et vivre l’Idée » ; en 2025, près de 600 personnes se retrouvaient autour du « Réel ».

Cette année, le calendrier officiel fixe sans ambiguïté le rendez-vous aux samedi 19 et dimanche 20 septembre 2026 à Grenoble, les inscriptions ayant été ouvertes dès le 15 avril. Et il suffit de regarder le programme pour comprendre que le SCPLF-REAA a choisi de faire de Grenoble autre chose qu’une simple étape provinciale : « La Création » y sera envisagée comme un carrefour où se rencontrent récit des origines, connaissance scientifique, métaphysique, imagination, art et expérience initiatique.

Grenoble, ou lorsque le lieu répond au sujet

Le choix de Grenoble possède d’abord une évidence géographique. La ville s’est développée à la confluence du Drac et de l’Isère, dans cette plaine fermée par les trois grands ensembles du Vercors, de la Chartreuse et de Belledonne.

Ici, la montagne n’est jamais un décor lointain : elle impose sa verticalité à la ville, commande la lumière, limite l’horizon avant de l’ouvrir vers les sommets. Pour un imaginaire initiatique qui connaît la puissance symbolique de l’ascension, de la pierre, de la vallée et de la hauteur, la correspondance est presque trop belle.

François de Bonne de Lesdiguières

Elle trouve son emblème dans les célèbres « bulles » de Grenoble, le téléphérique urbain inauguré en 1934, qui relie en quelques minutes le centre-ville à la Bastille. Une précision historique mérite toutefois d’être apportée : le fort visible aujourd’hui n’est pas simplement une forteresse du XVIIIe siècle. Une première fortification du site fut achevée sous François de Bonne de Lesdiguières en 1592, tandis que l’ouvrage militaire actuel relève essentiellement du XIXe siècle. Le programme réservé aux accompagnantes des Rencontres a d’ailleurs intégré cette géographie symbolique en prévoyant la montée vers la Bastille par les « bulles ».

Mais Grenoble n’est pas seulement la ville des Alpes, des musées, des sports de montagne et des panoramas. Elle est surtout devenue l’un des grands laboratoires scientifiques européens. Et c’est ici que le choix du thème prend une dimension presque journalistiquement parfaite : Grenoble Alpes Métropole a reçu le titre de Capitale européenne de l’innovation 2026, décerné par la Commission européenne. Le territoire concentre quelque 30 000 emplois publics et privés de recherche et développement dans un rayon de vingt kilomètres, plusieurs infrastructures scientifiques internationales et de grands organismes de recherche.

Voilà qui change la perspective

Parler de Création à Grenoble en 2026, ce n’est pas seulement méditer la Genèse sous les montagnes ; c’est poser la question de l’origine et de l’invention au cœur d’une ville où l’on produit quotidiennement du savoir, des brevets, de la technologie et de nouvelles représentations du monde.

Un programme pensé comme une progression

La construction intellectuelle du programme mérite que l’on s’y attarde, car elle évite précisément l’écueil du colloque où s’enchaîneraient des communications sans véritable architecture. Le samedi matin s’ouvrira par Jacques Azot, Souverain Grand Commandeur du SCPLF, avant une interview filmée du rabbin Marc-Alain Ouaknin, intitulée très justement « Au commencement ». Viendra ensuite le professeur Paul Clavier avec « La Création : entre mythologie, science et métaphysique », puis Jean-Pierre Farnéa sur les mythes de la création et Francis Bardot avec une proposition dont le titre porte déjà tout un programme initiatique : « Créer avec la Création : l’initié comme poète. »

Marc-Alain Ouaknin

Le choix de Marc-Alain Ouaknin ne doit rien au hasard.

Rabbin, docteur en philosophie, traducteur de l’hébreu et penseur familier de l’exégèse, il appartient à cette famille intellectuelle pour laquelle lire n’est jamais seulement recevoir un texte, mais l’ouvrir, le retourner, le faire résonner et lui restituer sa puissance d’inachèvement.  Quant à Paul Clavier, professeur de philosophie à l’Université de Lorraine, ses travaux portent précisément sur l’histoire de la métaphysique, la cosmologie et la philosophie de la religion ; il a notamment consacré deux imposants volumes à la notion de création ex nihilo.

Son intervention devrait permettre d’éviter une confusion aussi ancienne que persistante entre récit théologique de la Création, interrogation métaphysique sur l’être et description scientifique de l’univers.

Car c’est bien là l’un des enjeux intellectuels de ces Rencontres.

La Création est un thème dangereux dès qu’on cesse de distinguer les registres du discours. La cosmologie ne démontre pas la Genèse ; la Genèse n’est pas un traité d’astrophysique ; le symbole ne vient pas combler les lacunes provisoires de la science. Le véritable dialogue commence lorsque chacun accepte de ne pas annexer l’autre. La science demande comment se constituent et évoluent les phénomènes ; la métaphysique s’interroge sur l’être, la contingence ou la cause ; les récits religieux et mythologiques donnent forme à l’expérience humaine de l’origine ; l’initiation, enfin, déplace encore la question en demandant non plus seulement comment le monde commence, mais comment un être humain peut commencer autrement.

L’après-midi prolongera cette tension féconde

Après la remise du Prix littéraire des Rencontres Écossaises, Jean-Paul Thomas puis François Gerin aborderont l’apprentissage et la connaissance de la création par la science, avant qu’Annie Chevallier ne conduise la réflexion vers « “Vivre” la vie : un processus de création continue ». On passe ainsi de l’origine cosmique à l’activité créatrice, puis de celle-ci au vivant : non plus seulement quand et comment quelque chose advient, mais comment la création demeure à l’œuvre dans le devenir.

Le dimanche ramènera explicitement cette matière vers le Rite.

Jacques-Azot

Henri Lustman traitera de « La Création dans le REAA », avant une table ronde conduite par Charles Tordjman, les conclusions de Gérard Audouin et la clôture par Jacques Azot. Tout au long des Rencontres, Francis Vidil ponctuera les travaux d’improvisations au piano inspirées principalement des jours de la Genèse. Ce choix musical est loin d’être accessoire. Il rappelle que la création ne s’épuise jamais dans son commentaire : à côté du concept demeure le son qui naît, se déploie, se transforme puis disparaît. L’improvisation sera peut-être, en elle-même, la plus immédiate des démonstrations.

Depuis 1984, une histoire intellectuelle de l’écossisme

Pour mesurer l’importance de Grenoble, il faut revenir à l’histoire des Rencontres. Le REAA lui-même plonge ses racines dans une histoire transatlantique complexe : le premier Suprême Conseil du 33e degré est constitué à Charleston en 1801 et le Suprême Conseil du 33e degré en France apparaît en 1804 autour de Grasse-Tilly.

Deux siècles plus tard, l’enjeu des Rencontres n’est évidemment plus d’établir une juridiction mais de créer un espace où l’Écossisme puisse se penser au contact de la culture contemporaine.

La première édition, organisée à Lyon en 1984, avait pour thème « L’Initiateur invisible ». Suivirent « Savoir et connaissance » à Tours en 1985, « Image et symbole » à Royaumont en 1986, « Initiation et réalisation » à Strasbourg en 1987, « La Chevalerie spirituelle » en 1988, « Orient et Occident » en 1989, puis « Hermétisme et alchimie » à Fontainebleau en 1990. L’association loi de 1901 chargée de l’organisation des colloques fut formellement créée par le SCPLF le 15 mai 1987, les Rencontres précédant donc de trois ans leur structure associative propre.

La succession des thèmes raconte à elle seule une histoire de la pensée initiatique contemporaine. Le Mythe en 1994, le Sacrifice en 1995, le Mal en 1998, le Temps en 1999, le Feu en 2001, la Vérité en 2003, les Mystères en 2006, « Ramsay et la Tradition » en 2007, « La Quête du sacré » en 2010, « L’Universalité du Rite Écossais Ancien et Accepté » en 2011, « Logos, souffle et lumière » en 2013, « De l’Incompréhensible au Mystère » en 2015, La Tradition en 2017, L’Initiation en 2018 et L’Un en 2019 dessinent une véritable cartographie des grandes préoccupations de l’écossisme spiritualiste.

Après le report de 2020 vint « Ordo ab Chao » à Clermont-Ferrand en 2021, puis « Dire, parole et langage » à Angers en 2022. Depuis, la cohérence apparaît plus nettement encore : « Dire l’indicible » en 2023, « Dire et vivre l’Idée » en 2024, « Le Réel » en 2025 et maintenant « La Création ». On peut lire cette succession comme une progression : après avoir interrogé ce qui peut être dit, ce qui excède la parole, ce que l’idée donne à penser et ce que le réel oppose à nos constructions, voici venue la question de l’acte qui fait surgir une forme nouvelle. Rien n’autorise à dire que cette continuité a été programmée dès l’origine ; elle n’en possède pas moins, rétrospectivement, une remarquable logique initiatique.

La revue Salix joue d’ailleurs un rôle essentiel dans cette continuité en conservant et prolongeant la réflexion née lors des Rencontres. Son numéro 54, paru en 2026, revenait précisément sur « Le Réel » d’Angers, transformant le temps éphémère du colloque en matière durable de lecture et de méditation. Les Rencontres ne sont donc pas seulement deux journées annuelles : elles produisent une mémoire.

Grenoble ouvre aussi un nouveau chapitre humain

L’édition 2026 possède une autre particularité, plus discrète mais historiquement importante. À Angers, en octobre 2025, Alain Chaize avait annoncé qu’il quittait la direction et l’organisation des Rencontres après trente-six années de service. Il précisait même qu’il ne serait pas présent à Grenoble.

Cette 42e édition constitue donc aussi un passage de témoin.

Dans une manifestation qui réfléchit depuis toujours à la Tradition, à la transmission et à la transformation, le symbole est puissant : il faut savoir conserver une œuvre sans la momifier, transmettre une méthode sans condamner ceux qui la reçoivent à reproduire indéfiniment les mêmes formes.

C’est peut-être ici que le mot création rejoint le plus profondément l’esprit traditionnel. Dans une perspective initiatique, créer ne signifie pas faire table rase. Le bâtisseur ne crée pas la pierre ; il l’extrait, l’éprouve, la taille et l’ordonne. Le musicien ne crée ni le silence ni les lois de l’harmonie ; il les habite pour qu’une forme encore inexistante puisse advenir. De même, une tradition vivante n’est ni répétition servile ni innovation sans mémoire. Elle demeure parce qu’elle engendre.

Le Prix littéraire, autre colonne de ces Rencontres

Il faut enfin compter avec ce qui est devenu, en quelques années, l’un des temps forts du week-end : le Prix littéraire des Rencontres Écossaises. Créé en 2022 avec le site littéraire La Griffe, il récompense des romans, essais, documents ou biographies touchant à l’ésotérisme, à la spiritualité et à la philosophie. Frédéric Lenoir fut le premier lauréat pour Jung, un voyage vers soi, suivi de Françoise Schwab pour son ouvrage consacré à Vladimir Jankélévitch, d’Antoine Sénanque pour Croix de cendre, puis, en 2025, de Heinz Wismann et Robert Redeker, couronnés ex æquo.

Pour 2026, le dossier officiel annonce onze finalistes

Leur diversité dit beaucoup de l’ambition intellectuelle du prix : Sophie Galabru avec Nos dernières fois, Paul-Victor Duquaire avec Penser la création, Camille de Villeneuve avec Aimer pour rien, Frédéric Nef avec L’esprit vivant de la nature, Catherine Bréchignac avec L’Odyssée de Luca, Sophie Nordmann avec La vocation de philosophe, Giorgio Agamben avec L’irréalisable, Joseph Raymond Bogmis avec Métaphysique et critique de la connaissance, Denis Bosomi Limbaya avec Les Chevaliers de la rationalité, Évelyne Grossman avec L’Art du déséquilibre et Julien d’Huy avec Dragon – Généalogie mondiale d’un mythe. La sélection ne cherche manifestement pas un « livre maçonnique » au sens étroit du terme : elle fait entrer dans le Temple des questions venues de la philosophie, de la science, de l’histoire des religions, de la littérature et de l’anthropologie.

Penser la création de Paul-Victor Duquaire résonne évidemment de façon presque programmatique avec le thème des Rencontres, puisqu’il examine la création divine, l’émancipation du sujet et la création symbolique. Mais d’autres ouvrages déplacent heureusement la question. Catherine Bréchignac met en scène un monde où l’opinion menace de supplanter l’argumentation et l’ignorance la science ; Sophie Nordmann défend la philosophie comme puissance de mise en question face aux dogmatismes et au prêt-à-penser. Quant à Julien d’Huy, en suivant à travers les continents la généalogie du dragon, il rappelle que l’humanité crée aussi en racontant, en transmettant et en métamorphosant ses mythes.

Pourquoi Grenoble 2026 s’impose

Tout concourt finalement à distinguer cette édition. Quarante-deux Rencontres et plus de quatre décennies de continuité, une thématique qui touche simultanément aux religions, aux sciences et à l’initiation, des intervenants capables de croiser plusieurs disciplines sans les confondre, un Prix littéraire désormais installé, la musique intégrée au cheminement intellectuel, un passage de génération dans l’organisation et, pour décor, une métropole européenne de la recherche et de l’innovation : il est rare que le lieu, le moment et le sujet s’accordent aussi étroitement.

L’organisation a choisi Alpexpo, où les participants seront accueillis dès 8 heures le samedi ; les conférences auront lieu dans l’amphithéâtre Jean Prouvé de l’Espace 1968, tandis que repas et soirée de gala sont également prévus sur le site. Ce cadre donnera à ces Rencontres les dimensions d’un véritable congrès, mais leur enjeu demeure ailleurs : dans cette possibilité offerte à plusieurs centaines de femmes et d’hommes de suspendre pendant deux jours le bruit ordinaire du monde afin de revenir à une question qui les précède tous.

Car « créer » est peut-être l’un des verbes les plus maçonniques qui soient. Le Franc-Maçon ne reçoit pas une pierre achevée ni un Temple déjà construit. Il reçoit une matière, des outils, une tradition et une tâche. Entre ce qui est et ce qui pourrait être s’ouvre alors l’espace de son travail. Après avoir consacré les Rencontres de 2025 au Réel, le SCPLF-REAA pouvait difficilement choisir question plus exigeante que celle-ci : que faisons-nous de ce réel qui nous est donné ?

À Grenoble, les 19 et 20 septembre, il ne s’agira donc pas seulement de parler de la Création du monde. Il faudra aussi interroger cette faculté singulière qui permet à l’être humain de donner forme sans se croire tout-puissant, d’innover sans renier ce qu’il a reçu, de transformer sans détruire, de transmettre sans répéter. Entre le Drac et l’Isère, sous les trois massifs et à quelques minutes des « bulles » montant vers la Bastille, le SCPLF-REAA invite ainsi l’écossisme à ce qu’il sait faire de mieux lorsqu’il demeure fidèle à sa vocation : mettre en dialogue la raison et le symbole, le savoir et le mystère, la tradition et l’avenir.

Ces Rencontres offriront également aux participants l’occasion de découvrir et d’acquérir en avant-première les deux premiers tomes du Manuscrit Vuillaume, qui inaugurent une remarquable entreprise éditoriale consacrée à l’un des grands témoins de la tradition maçonnique. Une raison supplémentaire, s’il en fallait encore une, de faire de Grenoble 2026 un rendez-vous où la réflexion, la transmission et le livre se rencontreront sous le signe vivant de l’Écossisme.

Grenoble 2026 ne sera pas simplement une nouvelle édition des Rencontres Écossaises. Tout indique qu’elle sera l’un des grands rendez-vous maçonniques de cette rentrée. Et, pour qui considère le REAA comme une voie vivante plutôt que comme un patrimoine sous vitrine, probablement l’un des plus nécessaires.

Programmes et inscriptions – Rencontres Écossaises Grenoble, 2026.

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Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti est directeur de la rédaction de 450.fm. Chroniqueur littéraire, animé par sa maxime « Élever l’Homme, éclairer l’Humanité », il a siégé au bureau de l’Institut Maçonnique de France, est médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie, directeur de collection chez des éditeurs maçonniques et auteur de plusieurs ouvrages maçonniques. Il contribue notamment à des revues telles que « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France, « Chemins de traverse » de la Fédération française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain, et « Le Compagnonnage » de l’Union Compagnonnique. Il a également été commissaire général des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, qu’il a initiées.

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