Le Manuscrit Vuillaume sort de l’ombre : les deux premiers tomes dévoilés aux Rencontres Écossaises de Grenoble du SCPLF-REAA

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Plus de deux siècles après leur rédaction, les rituels consignés par Claude-André Vuillaume retrouvent le chemin des mains, du regard et de l’étude. Le Suprême Conseil pour la France du Rite Écossais Ancien et Accepté entreprend la publication d’un ensemble documentaire exceptionnel sous le titre Rituel des trente-trois degrés de l’Écossisme. Les deux premiers tomes seront disponibles à l’occasion des Rencontres Écossaises de Grenoble, les 19 et 20 septembre 2026. Les quatre volumes suivants viendront compléter cette monumentale entreprise éditoriale en 2027.

Quand un manuscrit oublié redevient une source vivante

Il est des archives qui dorment et d’autres qui attendent. La nuance est essentielle. Les premières appartiennent au silence du passé ; les secondes semblent patienter jusqu’à ce qu’un regard suffisamment attentif vienne à nouveau les éclairer. Le Manuscrit Vuillaume appartient incontestablement à cette seconde catégorie.

En 2019, la Bibliothèque nationale de France numérise, au sein de Gallica, trois manuscrits conservés sous les cotes Smith-Lesouëf 125 à 127. Parce qu’ils n’étaient pas intégrés au fonds maçonnique proprement dit, ces documents fondamentaux avaient jusque-là largement échappé au regard des historiens de la Franc-Maçonnerie. Ils sont alors repérés et étudiés par les chercheurs de la Fondation Latomia, qui parviennent à identifier leur rédacteur : Claude-André Vuillaume, 33e, auteur du célèbre Tuileur, et à dater leur rédaction de 1822.

Cette date suffit presque à dire l’importance de l’ensemble. Nous nous situons aux premières années de l’installation et de la structuration du Rite Écossais Ancien et Accepté en France, dans la proximité immédiate de la réorganisation du Suprême Conseil en 1821. Le Suprême Conseil du 33e degré avait été créé en France en 1804 ; les décennies suivantes furent celles des ajustements, des transmissions, des recompositions institutionnelles et rituelles dont devait naître une tradition durable.

Le manuscrit ne constitue donc pas seulement une curiosité bibliophilique. Il offre quelque chose de beaucoup plus précieux : un témoignage rituel situé dans le temps, au moment où le REAA français prend forme, organise ses degrés et transmet son architecture initiatique.

Trente-trois degrés, trois manuscrits, six tomes

Devant l’importance historique et rituelle de ces documents, la Commission Histoire du Suprême Conseil pour la France a souhaité en assurer la publication. L’ensemble paraîtra sous le titre Rituel des trente-trois degrés de l’Écossisme et permettra de parcourir progressivement la totalité de l’édifice écossais.

L’édition ne se contente pas de reproduire un texte ancien

Elle restitue des manuscrits remarquablement illustrés, dans lesquels figurent des lithographies issues notamment de l’édition de 1820 du Tuileur de Vuillaume, mais aussi des dessins originaux, plans, signes d’ordre, bijoux, tableaux de Loge, objets et tabliers du Rite. Chaque grade est accompagné de représentations du Franc-Maçon dans les décors et les postures d’ordre caractéristiques. L’ensemble compte 107 illustrations en pleine page, auxquelles viennent s’ajouter de nombreuses illustrations insérées dans le texte ainsi qu’un appareil de notes explicatives particulièrement développé.

Le choix éditorial consiste à répartir les trois manuscrits originaux en six tomes, accompagnés de leur transcription et d’un abondant apparat critique.

Le premier volume couvre les 1er au 3e degrés, complétés notamment par les rituels funèbres et celui de Passé-Maître ; le deuxième conduit du 4e au 14e degré. Viendront ensuite le tome 3, consacré aux 15e à 18e degrés ; le tome 4, aux 19e à 27e degrés ; le tome 5, aux 28e à 30e degrés ; enfin le tome 6, qui conduira du 31e au 33e degré, avec un supplément historique.

Grenoble 2026 : les deux premiers tomes disponibles

C’est donc un rendez-vous éditorial autant qu’initiatique qui attend les participants aux prochaines Rencontres Écossaises, organisées à Grenoble les samedi 19 et dimanche 20 septembre 2026. Le site officiel du Suprême Conseil pour la France confirme ces dates,

À cette occasion, les deux premiers tomes du Rituel des trente-trois degrés de l’Écossisme seront disponibles. Ce premier ensemble permettra déjà de suivre un arc essentiel de la progression écossaise, depuis les trois grades symboliques jusqu’au 14e degré. Les tomes 3, 4, 5 et 6 paraîtront au cours de l’année 2027, achevant ainsi la publication de l’intégralité du corpus Vuillaume.

Le choix de présenter ces premiers volumes lors des Rencontres Écossaises n’a d’ailleurs rien d’anodin. Ces journées sont devenues au fil des décennies un lieu de dialogue entre histoire, philosophie, science, symbolisme et spiritualité, prolongeant par la réflexion ce que le Rite propose par l’expérience. En 2026, elles se tiendront à Grenoble autour de grandes interrogations liées notamment à la Création et à la pensée initiatique.

Le rituel comme mémoire en mouvement

L’intérêt d’une telle publication dépasse naturellement la seule histoire documentaire. Un rituel ancien n’est pas un fossile que l’on placerait sous verre ; il est une strate de mémoire. Il révèle ce qu’une génération de Maçons recevait, pratiquait, transformait et transmettait. En confrontant ces textes de 1822 aux usages contemporains, le lecteur peut mesurer ce qui demeure, ce qui s’est déplacé, ce qui s’est enrichi et parfois ce qui s’est effacé.

C’est là que l’entreprise prend une véritable dimension initiatique. La Tradition n’est pas la répétition mécanique du passé ; elle est transmission d’un dépôt vivant. Encore faut-il connaître ce dépôt, revenir aux sources, examiner les mots, les gestes, les décors et les symboles avant de prétendre en comprendre l’esprit. Le Manuscrit Vuillaume nous offre précisément cette possibilité : remonter le cours du Rite jusqu’à une époque où nombre de ses formes étaient encore proches de leur élaboration française.

On pourrait presque y voir le geste de l’archéologue rejoint par celui du Maçon.

L’un retire patiemment les couches du temps ; l’autre cherche derrière les formes successives la pierre première dont procède l’édifice. Tous deux savent que l’ancien ne vaut pas parce qu’il est ancien, mais parce qu’il permet de mieux interroger le présent.

Avec cette édition en six tomes, le Suprême Conseil pour la France accomplit ainsi un véritable travail de conservation et de transmission. Les deux premiers volumes proposés à Grenoble ouvriront la porte ; les quatre autres, attendus en 2027, permettront d’achever le parcours jusqu’au 33e degré. Deux cents ans après que Claude-André Vuillaume eut fixé sur le papier rites, signes, décors et enseignements, son manuscrit revient ainsi parmi les Maçons non comme une relique, mais comme une parole retrouvée de la mémoire écossaise.

Les Rencontres Écossaises 2026 auront lieu à Grenoble les 19 et 20 septembre. Pour les amoureux du REAA, de son histoire et de ses sources, le rendez-vous prendra cette année une dimension particulière : celle de pouvoir enfin ouvrir les premiers volumes d’un manuscrit qui, après deux siècles de silence, recommence à transmettre.

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Aratz Irigoyen
Aratz Irigoyen
Né en 1962, Aratz Irigoyen, pseudonyme de Julen Ereño, a traversé les décennies un livre à la main et le souci des autres en bandoulière. Cadre administratif pendant plus de trente ans, il a appris à organiser les hommes et les dossiers avec la même exigence de clarté et de justice. Initié au Rite Écossais Ancien et Accepté à l’Orient de Paris, ancien Vénérable Maître, il conçoit la Loge comme un atelier de conscience où l’on polit sa pierre en apprenant à écouter. Officier instructeur, il accompagne les plus jeunes avec patience, préférant les questions qui éveillent aux réponses qui enferment. Lecteur insatiable, il passe de la littérature aux essais philosophiques et maçonniques, puisant dans chaque ouvrage de quoi nourrir ses planches et ses engagements. Silhouette discrète mais présence sûre, il donne au mot fraternité une consistance réelle.

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