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Au centre de la province de Santa Fe, le petit village de Zenón Pereyra attire l’attention pour une raison singulière : ses rues, ses façades et plusieurs de ses bâtiments semblent conserver l’empreinte discrète mais persistante de la franc-maçonnerie. Loin d’être un simple décor, cette présence symbolique compose un véritable langage patrimonial qui permet de lire l’histoire du lieu autrement.
Le sujet fascine parce qu’il relie architecture, mémoire locale et culture initiatique. Dans ce village, la masonería ne se résume pas à une rumeur ou à une légende urbaine : elle apparaît comme une clé d’interprétation du plan urbain, des ornements et même de certains édifices publics et privés.
Un village pensé à l’origine
Zenón Pereyra a été fondé à la fin du XIXe siècle par Zenón Pereyra, personnage associé à la franc-maçonnerie et présenté comme détenteur du degré 33, le plus élevé du Rite écossais ancien et accepté. Cette origine est importante, car elle aide à comprendre pourquoi la localité a été conçue avec des références récurrentes à la géométrie, à l’ordre et au symbolisme maçonnique.
L’un des éléments les plus cités est le tracé du village, qui comporte 33 rues, un chiffre qui renvoie directement au grade maçonnique 33. Plusieurs sources évoquent aussi une organisation du plan urbain avec une orientation particulière par rapport au nord, comme si l’implantation du village répondait à une logique symbolique autant que pratique.

Les symboles visibles
Ce qui frappe à Zenón Pereyra, c’est la répétition de signes maçonniques sur les façades et dans les détails architecturaux. Les sources mentionnent notamment l’escuadra y compás, l’étoile, le cercle solaire à trois rayons, les colonnes, les leones protecteurs, les triangles, les mandiles et les medallas masónicas.
Cette accumulation n’est pas décorative au hasard. Dans la lecture maçonnique, l’escuadra symbolise la rectitude, le compás rappelle la mesure et la maîtrise de soi, tandis que certains motifs solaires évoquent la lumière du savoir. Les trois marches observées à certaines entrées renvoient, selon les interprétations locales, aux trois premiers degrés de la franc-maçonnerie ou aux idéaux de liberté, égalité et fraternité.
Un parcours patrimonial
Le village a progressivement transformé cette singularité en atout culturel. Des circuits de visite permettent aujourd’hui d’identifier les principaux points d’intérêt liés à cet héritage symbolique. Le parcours met en valeur des maisons anciennes, des bâtiments publics, des rejas, des corniches et des mausolées qui témoignent de l’importance de cette culture visuelle dans l’histoire locale.
Parmi les lieux souvent évoqués figurent l’ancien magasin des Gagliardi, le musée local, la bibliothèque populaire et le cimetière, où l’on retrouve des éléments comme l’escuadra, le compás, le triangle, la clepsidra ailée ou l’acacia, symbole récurrent dans l’iconographie maçonnique. L’ensemble donne au visiteur l’impression d’un musée à ciel ouvert, où le patrimoine architectural devient aussi un support d’interprétation historique.
Pourquoi cela intrigue autant
L’intérêt pour Zenón Pereyra tient à une double curiosité. D’un côté, il y a le charme d’un village rural qui a conservé des traces visibles de son origine. De l’autre, il y a le mystère de la franc-maçonnerie, souvent entourée de fantasmes, mais ici abordée à travers des éléments concrets et observables.
Cette lecture patrimoniale permet de sortir du cliché du secret absolu. Les symboles maçonniques, loin d’être uniquement réservés à l’ombre des loges, apparaissent ici dans l’espace public, au cœur d’une localité fondée à une époque où l’architecture parlait volontiers par signes. Le résultat est un récit historique très lisible : celui d’une communauté née avec une identité fortement marquée par son fondateur et par l’imaginaire maçonnique de son temps.
Ce que ce cas raconte de l’Argentine
Au-delà de Zenón Pereyra, cet exemple montre combien la franc-maçonnerie a pesé sur certaines formes de l’urbanisme et de l’institutionnalisation en Argentine. La présence de symboles dans un village entier rappelle que les loges ont parfois laissé des traces concrètes dans l’architecture, les plans de ville et les édifices publics.
Cela explique aussi pourquoi Zenón Pereyra suscite aujourd’hui l’intérêt des historiens, des curieux et des amateurs de patrimoine. Le village offre un cas rare où le symbolique, le fondateur et le bâti se rejoignent dans un même paysage.
Une lecture pédagogique
Pour comprendre Zenón Pereyra, il faut donc lire ses bâtiments comme on lirait un texte. Chaque détail peut avoir une valeur symbolique : les colonnes pour la stabilité, le compas pour la mesure, le triangle pour l’équilibre, les lions pour la garde, le soleil pour la lumière, les trois marches pour l’ascension initiatique.
C’est cette cohérence qui rend le village si particulier. Il ne s’agit pas seulement d’une curiosité touristique, mais d’un patrimoine porteur de sens, où la franc-maçonnerie apparaît comme une grammaire visuelle inscrite dans la pierre.
Caractéristques
Population : 1835
937 hommes
898 femmes
Superficie : 244 km²
Densité de population : 7,52 habitants/km²
Altitude : 107 mètres au-dessus du niveau de la mer
Code postal : S2409
Préfixe téléphonique : 03564
Fondée le 05/12/1891
Sainte patronne : Sainte Justine
