P comme Patente en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La patente est l’acte par lequel une autorité maçonnique, Grande Loge, Grand Orient ou Suprême Conseil, autorise une loge ou un atelier à se constituer et à travailler. Elle porte le nom de l’atelier, son numéro, son rite, la date de sa constitution et les signatures des dignitaires. Sans elle, une loge est dite « sauvage ». Par extension, le mot désigne aussi les brevets qui confèrent un pouvoir maçonnique à une personne, comme la célèbre patente d’Étienne Morin en 1761.

Le mot

Patente

Le terme vient des lettres patentes de l’ancienne monarchie : des lettres « ouvertes », scellées de façon à pouvoir être lues sans briser le sceau, par lesquelles le roi accordait un droit ou un privilège. La Franc-maçonnerie française a repris le mot pour ses actes constitutifs. Les maçons anglais parlent plutôt de warrant ou de charter, termes qui expriment la même idée d’autorisation délivrée par une autorité supérieure.

Une invention de l’ère des Grandes Loges

Avant 1717, les loges se réunissaient sans autorisation centrale. La création de la Grande Loge de Londres, puis des autres Grandes Loges, introduit le principe selon lequel une loge doit être constituée par une autorité reconnue. Une loge sans patente est dite « sauvage » ou irrégulière. En France, la Grande Loge puis le Grand Orient (1773) délivrent des constitutions aux ateliers, et la chasse aux loges non constituées anime une partie de l’histoire maçonnique du XVIIIe siècle.

Contenu et procédure

  • Une demande est présentée par un groupe de maîtres, souvent parrainé par une loge existante.
  • L’obédience examine le projet : nombre de fondateurs, rite pratiqué, lieu de réunion, cohérence avec le réseau existant.
  • La patente mentionne le titre distinctif, le numéro, l’Orient (la ville), le rite et la date.
  • Elle est remise lors d’une cérémonie de consécration ou d’allumage des feux, souvent présidée par un dignitaire de l’obédience.

Un document présent en tenue

Patente

Dans de nombreuses obédiences, la patente doit être présente dans le temple pendant les travaux, souvent à l’Orient, pour que la loge puisse travailler régulièrement. Elle est confiée à la garde du Vénérable Maître. Sa perte ou son retrait est grave : une obédience peut suspendre ou retirer la patente d’un atelier qui manque à ses règles, ce qui équivaut à le mettre en sommeil ou à le dissoudre.

Patentes de hauts grades

Le mot s’applique aussi aux documents délivrés à des personnes. Le plus célèbre est la patente d’Étienne Morin, datée du 27 août 1761, qui l’autorisait à répandre en Amérique les hauts grades de la maçonnerie dite de perfection. Ce document a joué un rôle clé dans la genèse du Rite Écossais Ancien et Accepté. Les Suprêmes Conseils délivrent de même des patentes aux ateliers de perfectionnement placés sous leur juridiction.

Patente et régularité

La patente établit la légitimité d’une loge au sein de son obédience. Elle ne règle pas, à elle seule, la question de la régularité au sens international, qui dépend des relations entre obédiences et des critères que chacune adopte (par exemple les principes de reconnaissance de la Grande Loge Unie d’Angleterre de 1929). Une loge peut être parfaitement constituée par son obédience sans être reconnue par une autre.

Une lecture symbolique

Patente

La patente rappelle qu’aucune loge ne naît d’elle-même : elle reçoit sa lumière d’une chaîne de transmission. Comme l’initié reçoit l’initiation d’une loge, la loge reçoit son existence d’une autorité qui l’inscrit dans une filiation. Le document, souvent encadré et orné de sceaux, matérialise cette continuité entre les générations de bâtisseurs.

Repères

  • Origine du mot : les lettres patentes royales.
  • Équivalents anglais : warrant, charter.
  • Loge sans patente : loge « sauvage ».
  • Patente célèbre : Étienne Morin, 27 août 1761.
  • Délivrée par : Grande Loge, Grand Orient ou Suprême Conseil.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Loge, Obédience, Constitutions, Régularité, Loge Sauvage, Allumage des Feux, Fondation de la loge écossaise d’Étienne Morin à Bordeaux, 1745 (date historique).

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