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L’ouverture des travaux est la séquence rituelle par laquelle une loge passe de la simple réunion de personnes à l’état de loge « au travail ». Elle vérifie que le Temple est à couvert, que les présents sont bien des maçons, que chaque officier est à sa place, puis fixe symboliquement l’heure et allume les lumières. Codifiée dès le XVIIIe siècle et variable selon les rites, elle a un pendant exact, la fermeture. Son enjeu dépasse la procédure : elle sépare un temps et un espace particuliers, et dispose chacun à travailler autrement qu’au-dehors.
Une séquence codifiée

Toutes les tenues commencent par une ouverture et s’achèvent par une fermeture, au grade auquel la loge travaille. Le rituel en précise chaque réplique et chaque geste. Le Vénérable Maître, à l’Orient, conduit le dialogue avec les Surveillants à l’Occident ; les autres officiers interviennent à leur tour. Une loge peut aussi ouvrir au premier grade puis passer aux grades supérieurs, ce que règlent des formules propres.
Les grandes étapes
Les obédiences et les ouvrages publics décrivent les étapes suivantes, dont l’ordre et la formulation varient selon les rites :
- La couverture extérieure : on s’assure que le Temple est fermé au monde profane, sous la garde du Couvreur.
- La couverture intérieure : on vérifie que tous les présents sont maçons et du grade requis.
- Le placement des officiers et le rappel de leurs fonctions.
- L’heure symbolique : on ouvre à « midi », on fermera à « minuit ».
- L’allumage des lumières ou des piliers, Sagesse, Force et Beauté.
- Selon les rites, l’invocation, l’ouverture du Volume de la Loi sacrée et la disposition de l’équerre et du compas.
- La batterie et l’acclamation, qui scellent l’ouverture.
Couvrir le Temple
Le premier souci du rituel est que le Temple soit à couvert, c’est-à-dire à l’abri des regards et des oreilles indiscrètes. Le vocabulaire vient du bâtiment : un édifice est couvert lorsque sa toiture est posée. Le Couvreur, ou Tuileur, garde la porte. Dans la tradition anglaise, le Tyler veille à l’extérieur et l’Inner Guard à l’intérieur. Cette précaution, qui fut longtemps une nécessité pratique, est devenue un symbole : on laisse dehors les métaux, les préoccupations et les conflits du monde profane.
De midi à minuit

Le rituel déclare qu’il est « midi » à l’ouverture et « minuit » à la fermeture. Le temps de la loge n’est donc pas celui de l’horloge : c’est un temps symbolique, celui de la pleine lumière, pendant lequel les ouvriers travaillent. Cette convention, commune à de nombreux rites, rappelle les heures du chantier et inscrit la tenue dans un cycle complet, du zénith au nadir.
Lumières, invocation et acclamations
Dans de nombreux rites, l’ouverture s’accompagne de l’allumage des trois piliers ou lumières, liés à la Sagesse, la Force et la Beauté. L’invocation au Grand Architecte de l’Univers et l’ouverture du Volume de la Loi sacrée sont de règle au REAA, au Rite Écossais Rectifié et dans les rites anglais ; elles sont facultatives ou absentes dans les obédiences adogmatiques, le Grand Orient de France ayant supprimé l’obligation de croyance en 1877.
L’ouverture se conclut par une batterie, série de coups frappés en cadence propre au grade, et, dans les rites français, par une acclamation : « Houzzé » au REAA, « Vivat » au Rite Français. Le rite anglais de style Émulation ne connaît pas d’acclamation de ce type.
Pourquoi ouvrir ?
Pour l’anthropologie des rites, l’ouverture est un rite de séparation : elle marque la frontière entre deux espaces et deux temps. Pour les maçons, elle est aussi une disposition intérieure. Les officiers réaffirment leur fonction, les membres se placent à l’ordre, le silence s’installe : chacun quitte sa position sociale pour devenir un ouvrier parmi d’autres. Une loge mal ouverte, disent volontiers les anciens, travaille mal.
Le saviez-vous ?
La fermeture reprend les mêmes étapes en sens inverse. Elle se termine souvent par une formule invitant les membres à garder le silence sur les travaux et à rapporter au-dehors ce qu’ils ont appris. Ouverture et fermeture forment ainsi un diptyque, comme les deux battants d’une porte.
Pour approfondir : ouvrages de référence
- Oswald Wirth, Le Livre de l’Apprenti, 1894.
- Arnold van Gennep, Les Rites de passage, 1909.
- Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Fermeture, Couvreur, Batterie, Acclamations : la voix joyeuse et solennelle de la Loge, Grand Architecte de l’Univers mal interprété (antimaçonnisme).
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