Ce qui est fascinant dans la Franc-maçonnerie, c’est qu’un jour, un Frère a eu l’idée du maillet pour rappeler à l’ordre les orgueilleux, comme si l’outil lui-même portait en germe la sanction de la tentation. Les esprits freudiens y verraient sans doute, non sans malice, une manifestation phallique mobilisant la testostérone des plus sûrs d’eux-mêmes. Cela expliquerait aussi pourquoi le tablier vient, symboliquement, masquer les parties génitales : l’homme s’y sent alors à la fois protégé, investi, presque consacré, prêt à régner sur son petit empire, son modeste royaume d’apparat de 65 m2.

Mais tout pouvoir a son revers. Car si sa durée semble parfois sans limite, son espace réel, lui, ne dépasse guère la porte de la rue. Le trône s’arrête souvent au seuil du temple, et l’autorité, si elle n’est pas nourrie d’humilité, se dissout dès qu’elle quitte le décor où elle s’exhibe.
La prochaine fois que vous croiserez un dignitaire vaniteux, un grand maître honoris causa qu’il s’est lui-même décerné, ou quelque ancien qui garde le maillet depuis si longtemps que sa main en tremble à force d’habitude, observez bien ces figures de carton-pâte.
Elles sont si avides de se remplir d’elles-mêmes qu’elles s’affublent de superpouvoirs à durée illimitée, comme si le prestige devait compenser l’insécurité, et l’apparat masquer le vide.
Et pourtant, certains apprentis les contemplent avec envie, persuadés qu’un jour, eux aussi, accéderont à ce fauteuil, à ce rang, à ce petit théâtre d’ombre et de lumière. Ce qu’ils n’ont pas encore compris, c’est que le vrai pouvoir dans la Loge est souvent celui qu’on voit le moins : celui du couvreur. Lui a su faire vivre sa Loge pendant son mandat, puis il a eu la sagesse de retourner à l’Occident, l’épée classique en main, pour laisser mûrir en lui les fruits de ce qu’il a transmis.
Maintenant que vous connaissez la vérité, je vous invite à avoir une pensée pour tous ces malades qui nous gouvernent sans sagesse. Il faut les entourer de notre amour, car ils en ont besoin plus qu’ils ne l’admettent. Ils se sentent tellement seuls.

Texte salutaire, et même nécessaire.
Merci à Pierre d’Allergida d’avoir attiré l’attention du monde maçonnique sur ce sujet préoccupant.
Car oui, nous en connaissons tous, parmi d’anciens grands maîtres, qui, malheureusement, n’ont rien compris à l’essence même de la franc-maçonnerie. L’outil y devient ornement, la charge se transforme en théâtre, et la quête intérieure se dissout dans une mise en scène du pouvoir.
Il faut aussi évoquer ceux qui demeurent sous l’emprise affective, relationnelle ou domestique de celles ou ceux pour lesquels ils ont souvent tracé les pistes, ouvert les voies, aménagé les réseaux ou préparé les marches du pouvoir. Cela vaut, bien sûr, pour tous les sexes et toutes les configurations. Là encore, l’autorité affichée masque parfois une dépendance profonde.
Il est des dérives qui ne prêtent plus à sourire. Elles interrogent notre capacité collective à rester fidèles à l’esprit initiatique, là où l’humilité devrait toujours primer sur l’apparat.