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La tolérance est l’une des valeurs cardinales de la Franc-maçonnerie. Elle désigne la capacité d’accueillir des opinions, des croyances et des modes de vie différents des siens, sans renoncer à ses propres convictions. Née de la lassitude des guerres de religion et de la pensée des Lumières, elle est inscrite dès 1723 dans les Constitutions d’Anderson, qui veulent réunir des hommes que leurs opinions auraient séparés. Elle est aussi une pratique quotidienne de la loge, où l’on apprend à écouter sans interrompre et à contredire sans blesser.
Un mot et une histoire

Le mot vient du latin tolerare, « supporter, endurer ». À l’origine, la tolérance est donc une forme de patience envers ce que l’on désapprouve. Le sens moderne s’affirme avec les guerres de religion : l’édit de Nantes (1598) est un édit de tolérance civile, révoqué en 1685. John Locke publie en 1689 sa Lettre sur la tolérance, qui défend la séparation du pouvoir civil et des affaires de conscience. En 1763, Voltaire écrit son Traité sur la tolérance à l’occasion de l’affaire Calas. En 1787, l’édit de tolérance rend un état civil aux protestants de France.
Dans les Constitutions d’Anderson
La Franc-maçonnerie spéculative naît en 1717, dans une Angleterre marquée par les conflits religieux du siècle précédent. Le premier article des Constitutions d’Anderson (1723) demande au maçon d’obéir à la loi morale et l’oblige seulement à « cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord », laissant à chacun ses opinions particulières. La loge devient ainsi un « centre d’union » où peuvent se retrouver des hommes de confessions différentes. Les mêmes Constitutions interdisent en loge les querelles de religion et de politique, autre manière de protéger la concorde.
Une valeur inscrite dans les textes
La tolérance figure aujourd’hui dans les textes fondamentaux de nombreuses obédiences. Le Grand Orient de France, par exemple, affirme dans sa Constitution que la Franc-maçonnerie a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même et la liberté absolue de conscience. Les obédiences dites régulières mettent l’accent sur la tolérance religieuse entre croyants ; les obédiences libérales l’étendent aux incroyants et aux convictions philosophiques.
La tolérance en loge

La tolérance n’est pas qu’un principe ; elle est une discipline que la loge enseigne par ses règles. On y demande la parole, on parle à son tour, on s’adresse au Vénérable et non directement à un frère, on ne répond pas à chaud. L’apprenti, dans les rites français, garde le silence pendant une période : il apprend d’abord à écouter. Ces usages, parfois jugés formels, organisent la confrontation des idées sans affrontement des personnes.
Les limites de la tolérance
La tolérance n’est ni indifférence ni relativisme. Elle ne signifie pas que tout se vaut, ni qu’il faut tout accepter. La tradition philosophique a souligné ce paradoxe : une tolérance illimitée envers l’intolérance finirait par se détruire elle-même. La Franc-maçonnerie trace ses propres limites : le respect de la dignité humaine, le refus du fanatisme et des discriminations. On peut tolérer une opinion que l’on combat ; on ne tolère pas ce qui nie l’humanité d’autrui.
Tolérance, laïcité et liberté de conscience
En France, la tolérance maçonnique a nourri l’engagement de nombreux frères en faveur de la laïcité et de la liberté de conscience, notamment sous la IIIe République. Certains auteurs préfèrent d’ailleurs parler de respect plutôt que de tolérance, jugeant ce dernier mot trop condescendant : on « tolère » ce qu’on supporte à peine. Le débat sur le mot fait lui-même partie de la réflexion maçonnique.
Repères

- 1598 : édit de Nantes.
- 1689 : John Locke, Lettre sur la tolérance.
- 1723 : Constitutions d’Anderson, article premier « Concernant Dieu et la religion ».
- 1763 : Voltaire, Traité sur la tolérance.
- 1787 : édit de tolérance en faveur des protestants.
- 1789 : article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen sur la liberté d’opinion, même religieuse.
Le saviez-vous ?
Voltaire, auteur du Traité sur la tolérance, fut initié en franc-maçonnerie le 7 avril 1778, quelques semaines avant sa mort, dans la loge des Neuf Sœurs à Paris, en présence de Benjamin Franklin. Il est souvent cité comme figure tutélaire de la tolérance maçonnique.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Liberté de conscience (antimaçonnisme), Laïcité, Fraternité, Respectable.
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