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Le symbolisme désigne à la fois l’ensemble des symboles d’une tradition et la manière de les interpréter. En Franc-maçonnerie, il est devenu au fil des siècles un véritable champ d’étude, avec ses manuels, ses revues et ses écoles de pensée. Du XVIIIe siècle, qui hérite des emblèmes de la Renaissance, au XIXe, qui les rationalise, puis au renouveau symboliste initié par Oswald Wirth et prolongé par Jules Boucher ou René Guénon, la façon de lire les symboles a profondément changé. Comprendre cette histoire aide à situer les interprétations proposées aujourd’hui en loge.
Un système plutôt qu’une collection

Si le symbole est l’unité, le symbolisme est le système : la manière dont les symboles s’articulent entre eux, se répondent d’un grade à l’autre et composent un parcours. Le pavé mosaïque, les colonnes, la pierre brute et l’étoile flamboyante prennent sens les uns par rapport aux autres, comme les mots d’une langue.
XVIIIe siècle : emblèmes et Lumières
Les premières loges spéculatives revendiquent l’héritage des bâtisseurs et réinterprètent la pierre et les outils comme des leçons morales. Elles puisent aussi dans les livres d’emblèmes de la Renaissance, dans l’Antiquité égyptienne fantasmée, dans les mystères antiques et, pour les hauts grades, dans l’imaginaire chevaleresque. Les penseurs des Lumières cherchent à donner une cohérence rationnelle à ce matériau hétéroclite.
XIXe siècle : tuileurs et laïcisation
Le XIXe siècle est l’âge d’or des tuileurs, aide-mémoire imprimés qui décrivent les grades et leurs symboles. Jean-Marie Ragon publie des cours interprétatifs et un Tuileur général (1861). Dans le même temps, la Franc-maçonnerie française, surtout sous la Troisième République, tend à dépouiller les symboles de leur contenu religieux et à les réduire à des signes de reconnaissance ou à des allégories morales.
Le renouveau symboliste

À partir des années 1890, un mouvement réagit contre cet appauvrissement. Oswald Wirth publie Le Livre de l’Apprenti en 1894, premier manuel consacré à l’explication des symboles d’un grade, puis fonde en 1912 la revue Le Symbolisme. D’autres suivent : Amélie Gedalge, Édouard Plantagenet, Edmond Gloton. En 1948, Jules Boucher propose avec La Symbolique maçonnique une synthèse des trois grades en un volume.
René Guénon, qui voit dans les symboles l’expression d’une Tradition primordiale, exerce à partir de l’entre-deux-guerres une influence considérable sur une partie des maçons, notamment à la Grande Loge de France. Après 1945, l’intérêt pour les symboles est renouvelé par les travaux de philosophes et d’anthropologues comme Ernst Cassirer, Gaston Bachelard, Mircea Eliade ou Gilbert Durand.
Plusieurs écoles d’interprétation
- Lecture morale : chaque symbole enseigne une vertu, comme l’équerre la droiture.
- Lecture historique : on cherche l’origine documentée du symbole, du chantier au rituel.
- Lecture ésotérique ou traditionnelle : le symbole renvoie à une sagesse universelle.
- Lecture psychologique : le symbole parle de l’inconscient et des étapes de la transformation de soi.
- Lecture philosophique : le symbole donne à penser et ouvre au questionnement.
Ces lectures ne s’excluent pas. Les loges les pratiquent souvent ensemble, et la liberté d’interprétation est revendiquée comme un principe par la plupart des obédiences.
Symbolisme et recherche historique
La création à Londres, en 1886, de la loge de recherche Quatuor Coronati, puis en France de loges d’études comme Villard de Honnecourt, a introduit une exigence critique : distinguer ce que disent réellement les sources de ce que les commentateurs ont projeté sur elles. Le symbolisme contemporain s’efforce de concilier rigueur historique et richesse de l’interprétation.
Le saviez-vous ?

Les manuels de Wirth et de Boucher ont été réédités et refondus au fil du temps, certains de leurs développements occultistes étant retirés des éditions récentes : signe que le symbolisme maçonnique continue d’évoluer avec ses lecteurs.
Pour approfondir : ouvrages de référence
- Oswald Wirth, Le Livre de l’Apprenti, 1894 ; Le Livre du Compagnon, 1911 ; Le Livre du Maître, 1922.
- Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.
- Jean-Pierre Bayard, Le Symbolisme maçonnique traditionnel, 1972.
- René Guénon, Symboles de la Science sacrée, Gallimard, 1962.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Symbole, Tuileur, Planche, Rituel, Tableau de Loge (ou Tapis de Loge), Loge de recherche.
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