L comme Loge d’Adoption en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La loge d’Adoption est la forme sous laquelle des femmes ont été admises en franc-maçonnerie en France à partir du milieu du XVIIIe siècle : des loges féminines, ou mixtes, rattachées à une loge masculine qui les « adoptait » et en garantissait la régularité. Reconnue par le Grand Orient de France en 1774, la maçonnerie d’Adoption a connu son apogée à la fin de l’Ancien Régime, puis sous l’Empire, avant de renaître au XXe siècle sous l’égide de la Grande Loge de France. Elle est l’ancêtre direct de la Grande Loge Féminine de France.

Les origines au XVIIIe siècle

Loge d’Adoption
Source : Wikimedia Commons – Didier Descouens – Public domain

Les Constitutions d’Anderson (1723) excluent les femmes des loges. Pourtant, dès les années 1740, des femmes participent à des réunions maçonniques en France : les plus anciennes traces documentées concernent Bordeaux (loge L’Anglaise, 1746) et Brioude (1747). Le plus ancien manuscrit connu de rituel d’Adoption date de 1761 ; les grades et fonctions y sont désignés au féminin.

La reconnaissance de 1774

Le 10 juin 1774, le Grand Orient de France reconnaît les loges d’Adoption et les place sous son autorité, à condition qu’elles portent le nom de la loge masculine à laquelle elles sont rattachées et soient présidées conjointement par son Vénérable. En 1775, la duchesse de Bourbon, sœur du duc de Chartres, Grand Maître du Grand Orient, devient grande maîtresse de toutes les loges d’Adoption de France et préside la loge La Candeur. L’aristocratie et la haute bourgeoisie s’y pressent.

Rituels et grades

Le rite d’Adoption s’écarte des thèmes de la construction et de la chevalerie. Il puise dans l’Ancien Testament et met en avant les vertus et la bienfaisance. Il comporte classiquement quatre grades : Apprentie, Compagnonne, Maîtresse et Maîtresse parfaite. Les rituels publiés au XVIIIe siècle évoquent des épisodes bibliques comme le jardin d’Éden, l’arche de Noé, la tour de Babel ou l’échelle de Jacob, lus comme des étapes morales.

De l’Empire à l’éclipse

Interrompue par la Révolution, la maçonnerie d’Adoption reprend vers 1798. Sous l’Empire, l’impératrice Joséphine en est la grande maîtresse, et plusieurs dames de la cour y participent. Le XIXe siècle voit ensuite son déclin, dans une société où le Code civil renforce la subordination juridique des femmes. Les débats sur l’initiation des femmes se déplacent : Maria Deraismes est initiée en 1882 dans une loge masculine du Pecq, et l’obédience mixte du Droit Humain naît en 1893.

La renaissance du XXe siècle

En 1901, la Grande Loge de France ranime les loges d’Adoption : la loge Le Libre Examen tient sa première tenue le 20 mars 1901, suivie en 1907 de La Nouvelle Jérusalem. En 1935, la GLDF accorde l’autonomie à ces loges, qui conservent toutefois leurs liens. Après la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle de nombreuses sœurs furent déportées ou résistantes, elles forment en 1945 l’Union maçonnique féminine de France, qui devient en 1952 la Grande Loge Féminine de France.

  • 1746 : premières traces de loges d’Adoption à Bordeaux.
  • 10 juin 1774 : reconnaissance par le Grand Orient de France.
  • 1775 : la duchesse de Bourbon grande maîtresse.
  • 1901 : renaissance sous l’égide de la Grande Loge de France.
  • 1945 : Union maçonnique féminine de France.
  • 1952 : Grande Loge Féminine de France.
  • 1959 : la GLFF adopte le REAA et abandonne le rite d’Adoption.

Une mémoire vivante

En 1959, la GLFF adopte le Rite Écossais Ancien et Accepté et renonce au rite d’Adoption. Une dizaine de sœurs attachées à l’ancien rite fondent alors la loge Cosmos, réintégrée en 1977, qui reste la seule loge connue à travailler encore au rite d’Adoption. La maçonnerie d’Adoption témoigne d’une ouverture encadrée : elle a permis aux femmes d’entrer dans l’univers initiatique, tout en les maintenant longtemps sous tutelle masculine.

Le saviez-vous ?

Hors de France, d’autres formes de sociabilité mixte inspirées de la maçonnerie ont existé au XVIIIe siècle, comme l’Ordre des Mopses, né dans l’espace germanique, dont le nom vient du carlin (Mops en allemand), emblème de la fidélité.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Jan A. M. Snoek, Initiating Women in Freemasonry: The Adoption Rite, Brill, 2012.
  • Gisèle et Yves Hivert-Messeca, Comment la franc-maçonnerie vint aux femmes, Dervy, 1997.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Naissance de la Grande Loge féminine de France, 22 septembre 1952 (date historique), Fondation du Droit Humain par Maria Deraismes et Georges Martin, 4 avril 1893 (date historique), Initiation de Maria Deraismes au Pecq, 14 janvier 1882 (date historique), Mixité, Rite d’adoption (Rite maçonnique).

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