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La Kabbale, de l’hébreu qabbalah, « réception », désigne la tradition mystique et ésotérique juive qui s’est épanouie au Moyen Âge autour du Bahir et du Zohar, avec sa doctrine des dix sefirot. Christianisée à la Renaissance, elle a nourri l’ésotérisme occidental et, par lui, une partie de la franc-maçonnerie : mots hébreux des rituels, spéculations sur les lettres et les nombres, références dans certains hauts grades. Son influence réelle sur les loges est pourtant débattue, et il importe de distinguer la Kabbale historique de ses usages maçonniques.
Un mot qui signifie « réception »

Le terme dérive de la racine hébraïque q-b-l, « recevoir ». La Kabbale se présente comme un savoir reçu et transmis, ce qui l’apparente, dans l’esprit de nombreux francs-maçons, à la notion de transmission initiatique. Pour la tradition juive, il s’agit avant tout d’une lecture approfondie de la Torah et d’une réflexion sur la nature de Dieu et de la création.
Les grands textes
La Kabbale historique se forme en Provence et en Espagne aux XIIe et XIIIe siècles. Le Sefer ha-Bahir (« Livre de la Clarté »), apparu au XIIe siècle, en est considéré comme l’un des premiers écrits ; le Zohar (« Livre de la Splendeur »), attribué à Moïse de León à la fin du XIIIe siècle, en est le monument. Un texte plus ancien, le Sefer Yetsirah (« Livre de la Formation »), avait déjà développé une spéculation sur les dix nombres et les vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu.
Au XVIe siècle, l’école de Safed, autour d’Isaac Louria, renouvelle profondément la doctrine. Au XXe siècle, l’historien Gershom Scholem a fondé l’étude scientifique de la Kabbale, notamment avec Les Grands Courants de la mystique juive.
Sefirot et Arbre de vie
Au cœur de la Kabbale se trouvent les dix sefirot, émanations ou attributs divins, disposées en un schéma appelé Arbre de vie, reliées par vingt-deux sentiers. Trois colonnes s’y dessinent : la rigueur, la miséricorde et, entre elles, l’équilibre. Nombre d’auteurs maçonniques ont rapproché ces colonnes des deux colonnes du Temple, Jakin et Boaz, et de la recherche d’un point d’équilibre entre elles.
De la Kabbale chrétienne à la franc-maçonnerie

À la Renaissance, Pic de la Mirandole puis Johannes Reuchlin intègrent la Kabbale à la pensée chrétienne ; au XVIIe siècle, la Kabbala denudata de Christian Knorr von Rosenroth la rend accessible en latin. Cette Kabbale chrétienne irrigue l’hermétisme et le rosicrucianisme, que la franc-maçonnerie des hauts grades rencontrera au XVIIIe siècle.
Les rituels maçonniques utilisent de nombreux mots hébreux, empruntés le plus souvent à la Bible plutôt qu’à la Kabbale proprement dite. Certains rites ou courants accordent une place plus explicite à la spéculation kabbalistique, notamment dans la mouvance martiniste et illuministe. Au XIXe siècle, Albert Pike consacre de longs développements à la Kabbale dans Morals and Dogma (1871), au point d’en faire une clé des symboles maçonniques, thèse aujourd’hui jugée excessive par les historiens.
Une influence à relativiser
Les historiens soulignent que la franc-maçonnerie est née dans un milieu chrétien, britannique, où la Kabbale juive était peu connue, et que les Juifs n’ont été admis que progressivement dans les loges. L’influence kabbalistique est donc surtout indirecte et tardive, passant par l’ésotérisme chrétien. La Kabbale reste en revanche pour bien des maçons une méthode de lecture symbolique : chercher sous la lettre un sens caché, comme la guématrie attribue une valeur numérique aux lettres.
Repères
- Étymologie : hébreu qabbalah, « réception ».
- Textes : Sefer Yetsirah, Bahir (XIIe s.), Zohar (XIIIe s.).
- Notions : sefirot, Arbre de vie, guématrie, Ein Sof.
- Relais vers la maçonnerie : Kabbale chrétienne de la Renaissance, hermétisme, hauts grades.
- Auteur de référence pour l’histoire : Gershom Scholem.
Le saviez-vous ?

La Kabbale a aussi servi d’arme à l’antimaçonnisme : les pamphlétaires de la fin du XIXe siècle ont présenté la référence à la Kabbale comme la preuve d’une prétendue « judéo-maçonnerie ». Cette accusation, qui associait antisémitisme et antimaçonnisme, est l’une des racines du mythe du complot judéo-maçonnique.
Lecture maçonnique et lecture juive
Il importe de ne pas confondre la Kabbale vivante, qui reste une tradition religieuse juive enseignée dans un cadre d’observance, avec ses usages symboliques en loge. Les francs-maçons qui s’y intéressent l’abordent le plus souvent comme herméneutique, c’est-à-dire comme art d’interpréter, et non comme doctrine à adopter.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Hermétisme, Rose-Croix, Ésotérisme, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré.
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