Le vendredi 1er mai 2026, le Grand Orient de France donne rendez-vous au cimetière du Père-Lachaise (Paris 20e), pour son traditionnel rassemblement commémoratif consacré au 155e anniversaire de la Commune de Paris.

Le départ est fixé à 10 h, avec un rendez-vous à 9 h 30 au centre du Columbarium, pour un parcours de mémoire qui conduira les participants jusqu’au Mur des Fédérés en passant par plusieurs tombes de figures où se nouent engagement civique, combat laïque et histoire maçonnique.

Il est des rendez-vous qui dépassent l’hommage pour devenir une fidélité

Celui du 1er mai au Père-Lachaise appartient à bel et bien à cette catégorie. Année après année, le Grand Orient de France y rassemble celles et ceux qui veulent tenir ensemble la mémoire de la Commune, la défense de la République et l’exigence de la Laïcité. Cette édition 2026, marquant le 155e anniversaire de l’insurrection parisienne, reprend le chemin des pierres, des noms et des tombes, comme on remonte une chaîne de transmission. L’invitation lancée par Pierre Bertinotti, Grand Maître du Grand Orient de France, et les membres du Conseil de l’Ordre, rappelle que cette journée est à la fois un acte de souvenir, un geste public et une présence maçonnique dans la cité.

Le parcours annoncé traversera plusieurs sépultures emblématiques avant de s’achever devant le Mur des Fédérés
Seront honorés successivement Raoul Urbain, Pierre Tirard, François-Vincent Raspail, Alexandre Massol et Arthur Ranc. Cinq noms, cinq itinéraires, cinq manières d’avoir porté, chacun à sa façon, un idéal d’émancipation, de justice et de liberté de conscience.
Raoul Urbain incarne l’une des figures les plus saisissantes de cette mémoire

Élu de la Commune, déporté en Nouvelle-Calédonie après la Semaine sanglante, il appartient à cette histoire douloureuse des vaincus qui n’abandonnèrent ni leur espérance ni leur dignité. Son parcours maçonnique, plus tardif, n’en est pas moins significatif. Après son retour d’exil, il s’engage dans une franc-maçonnerie progressiste et mixte. Il devient en 1897 le premier président de la Grande Loge Symbolique Écossaise maintenue et mixte et Vénérable Maître de la loge Diderot n° 24. Sa présence dans ce parcours dit bien que la maçonnerie, pour certains anciens communards, fut aussi un lieu de relèvement, de reconstruction et de prolongement du combat social sous une autre forme.
Pierre Tirard offre un autre visage

Républicain modéré, élu à la Commune avant de s’en éloigner très vite, il demeura l’un de ces hommes de la IIIe République qui cherchèrent dans l’action publique un équilibre entre réforme et ordre institutionnel. Son engagement maçonnique est ancien et solidement ancré dans le Grand Orient de France. Dès les années 1860, il appartient à la loge L’École Mutuelle, dont il est Surveillant en 1867. Cette loge, foyer de débats sur l’école, la laïcité et la démocratie, apparaît comme l’un de ces ateliers où se forgèrent plusieurs cadres de la République à venir. Honorer Tirard, c’est rappeler que la mémoire communarde n’est pas seulement celle des barricades, mais aussi celle des tensions, des hésitations et des lignes de fracture au sein même du camp républicain.
Avec François-Vincent Raspail, nous remontons plus en amont encore, vers cette première génération de républicains qui firent circuler dans les sociétés de pensée, les loges et les réseaux militants une autre idée du peuple souverain

Chimiste, médecin populaire, pamphlétaire, député, candidat socialiste à l’élection présidentielle de 1848, Raspail fut un esprit insurgé bien avant la Commune. Son parcours maçonnique le rattache à la loge Les Amis de la Vérité, au sein du Grand Orient de France, dans le contexte bouillonnant des années 1820. Sa fréquentation des milieux carbonari éclaire également cette zone de contact entre initiation, conspiration libérale et aspiration démocratique. Sa tombe rappelle qu’avant 1871 il y eut 1830, 1848 et tout un souterrain républicain où la franc-maçonnerie tint sa part.
Alexandre Massol, quant à lui, représente une dimension plus philosophique, mais non moins combative, de la tradition maçonnique

Saint-simonien, proche de Proudhon, penseur d’une morale indépendante de toute tutelle religieuse, il fut l’un des artisans intellectuels de cette lente maturation qui conduisit la maçonnerie française à affirmer de plus en plus nettement son autonomie vis-à-vis du dogme. Membre puis Vénérable Maître de la loge Renaissance d’Hiram au Grand Orient de France, il porta dans l’Ordre une réflexion décisive sur la morale, la liberté de conscience et la responsabilité humaine. Le saluer dans ce parcours du 1er mai, c’est redire que la Laïcité n’est pas seulement une revendication politique. Elle est aussi une conquête intérieure, une discipline de la pensée, une manière d’ordonner la cité sans soumettre l’esprit.
Arthur Ranc, enfin, appartient à cette famille des républicains de combat qui traversèrent complots, prison, exil intérieur et engagement parlementaire

Journaliste, opposant farouche au césarisme, acteur de la Commune avant de s’en désolidariser lorsque la logique de l’affrontement devint irréversible, il demeura toute sa vie un défenseur de la cause laïque et de l’amnistie des communards. Initié en 1865 à la loge La Renaissance par les émules d’Hiram, il témoigne de ce moment où nombre de loges parisiennes furent à la fois des lieux de formation civique, de fraternité militante et de fermentation républicaine. Son nom, dans ce parcours, rappelle que la franc-maçonnerie du XIXe siècle ne fut pas un simple décor idéologique, mais un atelier où se travaillaient des convictions destinées à entrer dans l’histoire.
Ce parcours du Père-Lachaise a ainsi la force d’une procession républicaine au sens noble du terme

Il ne s’agit pas de muséifier quelques figures illustres, mais de reconnaître dans ces tombes des stations de mémoire active. Le cimetière devient alors un livre de pierre où se lisent les alliances parfois complexes, parfois douloureuses, entre l’idéal maçonnique, la question sociale, la liberté politique et la construction laïque. Les bannières, les sautoirs et les cordons annoncés comme bienvenus par les organisateurs prennent ici toute leur signification. Ils ne relèvent pas du folklore. Ils disent une filiation assumée, visible, offerte au regard public.
Le parcours s’achèvera enfin devant le Mur des Fédérés, haut lieu de mémoire où se concentre, dans la pierre même, l’écho tragique de la Semaine sanglante et le souvenir des derniers combats de la Commune.
Ce point d’aboutissement donne à l’ensemble de la matinée sa pleine intensité symbolique
Après les haltes consacrées à Raoul Urbain, Pierre Tirard, François-Vincent Raspail, Alexandre Massol et Arthur Ranc, viendra le temps du recueillement commun, puis celui des prises de parole.

Les discours prononcés au pied du Mur des Fédérés viendront inscrire cette commémoration dans le temps présent en rappelant que la République, la Laïcité, la justice sociale et la fidélité à la mémoire des vaincus ne relèvent pas d’une nostalgie, mais d’une vigilance toujours actuelle.
Ainsi, le parcours ne se contentera pas de visiter des tombes illustres
Il trouvera son accomplissement dans une parole publique, fraternelle et civique, à l’endroit même où l’histoire de la Commune continue d’interroger notre conscience collective. Le parcours indiqué par l’invitation se termine bien au Mur des Fédérés.

Lorsque le cortège parviendra enfin devant le Mur des Fédérés, ce ne seront pas seulement des morts que l’on saluera, mais une certaine idée de la fidélité. Fidélité aux vaincus, fidélité à la République, fidélité à cette Laïcité qui demeure l’un des grands ateliers inachevés de notre temps. En honorant Raoul Urbain, Pierre Tirard, François-Vincent Raspail, Alexandre Massol et Arthur Ranc, le 1er mai 2026 rappellera que la mémoire maçonnique n’a de sens que lorsqu’elle éclaire encore le présent et aide, contre toutes les obscurités, à refonder le pacte social.

De 14 h à 18 h, le musée de la franc-maçonnerie qui, depuis 2003, bénéficie de l’appellation « Musée de France », délivrée par le Ministère de la Culture accueillera, au siège du Grand Orient de France, les Frères et Sœurs de l’Obédience ainsi que leurs proches à l’occasion d’une après-midi portes ouvertes.
Les visiteurs pourront y découvrir la nouvelle exposition Lumières dans la ville – Paris et les francs-maçons, tandis que des visites guidées du musée et des Temples seront assurées par les médiateurs de l’association des Amis du musée.

Les Temples ne seront accessibles qu’accompagnés. Pour des raisons de sécurité, l’accès au site Cadet sera réservé aux membres de l’Obédience munis de leur passeport maçonnique et les invités devront être accompagnés par un membre du Grand Orient de France.
