jeu 25 juillet 2024 - 17:07

Dévoilement des secrets maçonniques anciens : “Les Constitutions de Roberts (1722)”

Jules Mérias, également connu sous le nom de Gilles Pasquier – nous l’apprenons par le site de l’éditeur –, fut initié le vendredi 13 novembre 1970 à la Grande Loge de France (GLDF). En 2055, notre frère fêtera donc ses cinquante-cinq de maçonnerie !

Douze ans plus tard, il rejoignait la régularité maçonnique. Il devint alors membre de divers ateliers maçonniques, parcourant divers grades.

Érudit passionné, Jules Mérias s’est distingué par ses nombreux ouvrages et articles consacrés à l’alchimie et à l’initiation maçonnique, qu’il explore comme des voies métaphysiques. Refusant de confondre opinions et vérités, il se sert de l’histoire pour retrouver les sources authentiques de l’initiation. À travers ses travaux, il met en lumière les invariants techniques des traditions ésotériques, transcendant ainsi les divergences doctrinales.

Pour Jules Mérias, il n’existe pas de secret maçonnique au sens trivial du terme, semblable à celui de Polichinelle. Ses recherches et écrits témoignent d’une quête profonde de la vérité et d’une volonté de partager ses découvertes avec un public avide de connaissances métaphysiques.

Ceux qui le connaissent apprécie son désir ardent de transmettre et sa mise en œuvre, avec une belle générosité, des valeurs de la maçonnerie.

Son dernier opus – ouvrage doté de rabats sur la première et la quatrième de couverture, offrant ainsi des informations supplémentaires sur la collection et l’auteur – explore la genèse et l’importance des Constitutions de Roberts, un manuscrit maçonnique majeur publié en 1722, juste avant les célèbres Constitutions dites d’Anderson de 1723. L’initiative pour ces documents est née de la nécessité de corriger et d’unifier les anciens textes gothiques des Constitutions maçonniques.

Image des Constitutions de Roberts avec l’aimable autorisation de la Grande Loge de l’Iowa

Quelques mots sur ces Constitutions de Roberts, premier texte imprimé dédié exclusivement à la franc-maçonnerie. Document prétend provenir d’un manuscrit vieux de cinq cents ans, bien que cette ancienneté soit douteuse et probablement exagérée par Roberts. Ce texte inclut des nouveaux articles attribués à une Assemblée générale de 1663, qui furent ensuite intégrés aux Constitutions dites d’Anderson et utilisées jusqu’en 1784. Contrairement à certaines affirmations, ce pamphlet ne mentionne pas de degrés maçonniques spéculatifs et philosophiques. Ces Constitutions connurent une deuxième édition, publiée par R. Spencer, dans une collection dite « Vieilles Constitutions des francs-maçons » de 1722 à 1730. À ce jour, il existe seulement deux exemplaires connus, un à la bibliothèque de la Grande Loge de l’Iowa et un autre prêté à la Grande Loge Unie d’Angleterre par Sir Lacon Threlford.

Les Constitutions de Roberts sont considérées comme une possession littéraire inestimable pour la maçonnerie américaine et ont été réimprimées par la National Masonic Research Society en 1916, avec une introduction de l’érudit maçonnique Joseph Fort Newton.

Ces constitutions représentent une étape clé dans l’évolution des pratiques et des règles maçonniques, offrant un aperçu précieux des traditions et des lois qui régissaient la maçonnerie au début du XVIIIe siècle.

Nous tenons donc à exprimer notre profonde gratitude à Jules Mérias pour son travail remarquable de vulgarisation dans notre domaine. Par son engagement et sa passion, il rend accessible des connaissances qui ne le sont pas forcément pour le maçon de colonnes, permettant ainsi au lecteur de s’instruire et de mieux comprendre les mystères de la franc-maçonnerie. Son œuvre ouvre des portes vers un savoir précieux, souvent réservé à un cercle restreint, et offre à chacun la possibilité d’explorer et d’apprécier la richesse de notre patrimoine maçonnique. Grâce à son dévouement, les trésors de notre tradition sont désormais à la portée de tous, favorisant une plus grande compréhension et appréciation de notre héritage.

Image de la Grande Loge de l’Iowa

Après une présentation avec son « Autour des Constitutions de Roberts », l’auteur s’attache à détailler ce qu’il qualifie de « d’affirmation sans preuve », analysant des affirmations non prouvées entourant la légitimité et l’origine des Constitutions de Roberts, remettant en question certaines des croyances établies.

Les Constitutions de Roberts, publiées en 1722, occupent une place particulière dans l’histoire de la franc-maçonnerie. Toutefois, leur légitimité et leur origine ont toujours été sujettes à débat. Cette section se consacre à une analyse critique des affirmations entourant ce document, en remettant en question certaines des croyances établies.

Les Constitutions de Roberts apparaissent dans un contexte de grande effervescence maçonnique en Angleterre. Elles se présentent comme une codification des pratiques et des règlements maçonniques, censées garantir l’unité et la régularité des loges. Cependant, leur origine reste floue, et certains historiens questionnent la véracité de plusieurs aspects de ce document.

Des affirmations contestées avec, en premier lieu, la légitimité de l’auteur. En effet, l’identité de Roberts lui-même est enveloppée de mystère. Il n’existe que peu de preuves concrètes permettant d’affirmer avec certitude que Roberts possédait l’autorité ou les connaissances nécessaires pour compiler un tel document. Cette incertitude jette un doute sur la validité des Constitutions attribuées à son nom.

Ensuite les Constitutions de Roberts prétendent s’appuyer sur des traditions anciennes et authentiques de la maçonnerie. Cependant, plusieurs éléments de leur contenu semblent être des ajouts ou des modifications postérieurs, visant à renforcer leur crédibilité. La prétention à une ancienneté immémoriale est donc sujette à caution.

1re de couv., détail

Enfin, certains passages de ces Constitutions montrent des traces évidentes d’influences politiques, notamment stuartistes. Cette dimension politique pourrait avoir été intégrée pour servir des intérêts particuliers plutôt que pour refléter une tradition maçonnique pure. Cette instrumentalisation politique soulève des questions sur la véritable intention derrière la publication de ce texte.

Et puis, nous constatons le manque de sources primaires. Les archives et les documents primaires qui pourraient confirmer les assertions desdites Constitutions sont rares. Cela suggère que beaucoup des affirmations pourraient être des reconstructions ou des mythes plutôt que des faits historiques. Bien sûr, que la maçonnologie et les historiens contemporains ont commencé à déconstruire ces mythes, utilisant des méthodes rigoureuses pour analyser les documents maçonniques. Leurs recherches montrent que plusieurs des prétendues traditions anciennes ne peuvent être tracées de manière fiable avant le début du XVIIIe siècle. Finalement, l’analyse des affirmations entourant les Constitutions de Roberts révèle de nombreuses zones d’ombre et incite à une réévaluation critique. Ce que met en lumière Jules Mérias. Cette démarche est essentielle pour une compréhension plus précise et authentique de l’histoire maçonnique, permettant aux pratiquants modernes de mieux appréhender leur héritage.

Nous retiendrons aussi l’analyse des influences politiques sur la maçonnerie de l’époque où, à l’aube du XVIIIe siècle, la franc-maçonnerie était profondément influencée par les courants politiques qui divisaient l’Angleterre. Parmi ces courants, les Stuartistes et les Hanovriens jouaient un rôle déterminant. Le chapitre « Maçons stuartistes et maçons hanovriens » détaille comment ces influences politiques ont façonné les pratiques maçonniques et les documents qui en résultent.

Les Stuartistes étaient des partisans de la dynastie des Stuart, qui avait été déposée lors de la Glorieuse Révolution de 1688. Ils cherchaient à restaurer le roi Jacques II et ses descendants sur le trône britannique. Cette faction attirait de nombreux maçons qui voyaient dans les idéaux royalistes une continuité avec les valeurs traditionnelles de la chevalerie et de la monarchie sacrée. Les maçons stuartistes se réunissaient souvent dans des loges secrètes, utilisant des symboles et des rituels chargés de références monarchiques et catholiques.

Image de la Grande Loge de l’Iowa

En contraste, les Hanovriens soutenaient la maison de Hanovre, instaurée après la chute des Stuart. Les Hanovriens représentaient la nouvelle vague politique protestante, qui prônait un gouvernement plus libéral et parlementaire. Les maçons hanovriens, quant à eux, tendaient à privilégier des loges plus publiques et accessibles, intégrant des éléments de rationalisme et de la philosophie des Lumières dans leurs pratiques. Ils se distinguaient par un engagement envers la modernisation et la réforme sociale.

Les divergences politiques entre Stuartistes et Hanovriens se reflétaient dans les rituels, les symboles et les cérémonies maçonniques. Les loges stuartistes mettaient souvent en avant des mythes et des légendes qui évoquaient une nostalgie du passé monarchique, tandis que les loges hanovriennes étaient plus enclines à intégrer des thèmes de progrès et d’égalité.

Les Constitutions maçonniques de l’époque, notamment celles de Roberts et d’Anderson, furent également influencées par ces divisions. Les Constitutions de Roberts, publiées en 1722, portent des traces de la tradition stuartiste, avec une emphase sur la continuité historique et la légitimité ancienne de la maçonnerie. En revanche, les Constitutions d’Anderson de 1723 reflètent une perspective plus hanovrienne, adoptant une approche plus rationaliste et universaliste.

Avec « Les maçons de la Grande Loge de 1717 et les autres », Jules Mérias compare les maçons affiliés à la Grande Loge de 1717 et ceux des autres loges, mettant en lumière les différences et similitudes dans leurs constitutions.

Constitutions de la franc-maçonnerie de Roberts1722 – The-Square-Magazine, tailleurs de pierre

L’année 1717 marque un tournant dans l’histoire de la franc-maçonnerie avec la fondation de la Grande Loge de Londres et de Westminster, connue aujourd’hui sous le nom de Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA). Cette création a conduit à des distinctions notables entre les maçons affiliés à cette nouvelle structure et ceux des loges indépendantes ou préexistantes. Cette section se consacre à une comparaison approfondie des différences et similitudes dans les constitutions et les pratiques maçonniques de ces deux groupes.

La Grande Loge de 1717 a été formée par quatre loges londoniennes qui ont décidé de s’unir pour renforcer la régulation et la standardisation des pratiques maçonniques. Cette initiative visait à créer une autorité centrale capable de garantir l’uniformité et la régularité des rites et des cérémonies.

L’un des principaux objectifs de la Grande Loge était de standardiser les rituels maçonniques. Cela impliquait l’adoption de constitutions communes, comme celles compilées par James Anderson en 1723, qui cherchaient à harmoniser les pratiques à travers toutes les loges affiliées.

La Grande Loge a introduit une structure hiérarchique avec des Grands Officiers, ce qui était moins courant dans les loges indépendantes. Cette centralisation (de l’autorité) visait à offrir une meilleure gouvernance et une supervision plus rigoureuse des activités maçonniques.

Les Constitutions dites d’Anderson, adoptées par la Grande Loge, mettaient l’accent sur la rationalité, le progrès et l’inclusion. Elles reflétaient une philosophie des Lumières, prônant la tolérance religieuse et la fraternité universelle.

En dehors de la sphère d’influence de la Grande Loge de 1717, de nombreuses loges continuaient à fonctionner selon des traditions plus anciennes et souvent plus localisées. Ces loges conservaient une grande autonomie et une diversité de pratiques.

Les loges indépendantes, ou loges de Saint Jean comme on les appelait parfois, possédaient une grande variété de rites et de cérémonies. Chaque loge pouvait développer ses propres rituels en fonction des traditions locales et des préférences de ses membres.

Contrairement à la Grande Loge, ces loges n’avaient pas de structure centrale ou de hiérarchie formalisée. Les décisions étaient prises de manière plus collégiale, et chaque loge était souveraine dans ses opérations internes.

Les constitutions et les pratiques des loges indépendantes s’inspiraient souvent de traditions plus anciennes, parfois remontant aux guildes de métiers médiévales. Ces loges valorisaient un lien plus direct avec l’histoire et les légendes maçonniques.

Sceau utilisé par la Première Grande Loge d’Angleterre sur ses premiers certificats maçonniques

L’auteur explore ensuite les principes doctrinaux présentés dans les Constitutions de Roberts, et comment ils ont influencé ou divergé des pratiques maçonniques contemporaines et analyse de la manière dont les Constitutions d’Anderson ont été formulées en réponse aux Constitutions de Roberts et leur impact sur la maçonnerie. Il développe aussi les doctrines spécifiques aux Constitutions d’Anderson, contrastant avec celles de Roberts et consacre un chapitre entier à l’étude des maçons latitudinaires et leur approche plus flexible et inclusive des rites et pratiques maçonniques. Explorant même, à la suite, « La Révélation faite à Noé » et son mythe dans les Constitutions et son symbolisme pour les maçons.

« En guise de conclusion » synthétise les principaux points abordés et leur signification pour la maçonnerie moderne.

Nous trouvons enfin une traduction de la Lettre Antimaçonnique et de la préface de Roberts parues dans The Post Man, la préface aux Constitutions de Roberts – introduction et contexte historique de la préface des Constitutions de Roberts – ainsi qu’un fac-similé des Constitutions de Roberts, brochure de septembre 1722et une reproduction du fac-similé des Constitutions de Roberts, permettant une analyse textuelle précise, etc.

Une bibliographie donne les références et sources utilisées pour la rédaction de l’ouvrage, offrant des pistes pour des recherches complémentaires.

Les Constitutions de Roberts (1722)-Un Ancien Devoir au temps des Constitutions d’Anderson de Jules Mérias est un ouvrage essentiel pour comprendre les fondements de la maçonnerie moderne et l’évolution de ses textes fondateurs. Chaque chapitre offre une analyse détaillée des documents historiques et de leur impact sur la pratique maçonnique, faisant de ce livre une ressource précieuse pour les chercheurs et les passionnés de franc-maçonnerie.

La Franc-Maçonnerie dévoilée, la collection

Avec cette collection, les Éditions Symbolon ont pour ambition de rendre accessible à tous, chercheurs passionnés comme curieux éclairés, qu’ils soient ou non membres de l’Ordre, des textes précieux et souvent introuvables consacrés à ce phénomène sociologique, philosophique et sociétal qu’est la Franc-Maçonnerie depuis plus de trois siècles.

Cette collection offre des fac-similés, des reproductions fidèles de livres anciens, de dessins et de gravures, aussi proches que possible des sources originales grâce à des procédés de numérisation avancés. Les imperfections présentes dans les éditions originales sont donc volontairement préservées, ajoutant à l’authenticité de ces réimpressions.

Actuellement, cette collection comporte cinq titres, chacun représentant un trésor du patrimoine maçonnique, mis à la disposition de tous ceux qui désirent approfondir leur compréhension de cette auguste confrérie.

Les Constitutions de Roberts (1722)-Un Ancien Devoir au temps des Constitutions d’Anderson

Jules Mérias

Symbolon Éditions, Coll. La Franc-Maçonnerie dévoilée, 2024,106 pages, 16 €

Bandeau Facebook de l’éditeur
Le YouTube “INTERVIEW J CARLETTO” : “constitutions de Roberts

3 Commentaires

  1. “Douze ans plus tard, il rejoignait la régularité maçonnique.” Pourrait-on en finir une bonne fois pour toutes avec ce marronnier ! La GLDF es aussi régulière qu’il est possible de l’être comme bon nombre d’autres pratiques maçonniques. Elle n’est pas “reconnue” par la GLUA ce qui n’a rien à voir avec sa pratique régulière. On peut être un maçon (ou une maçonne) régulier sans être reconnu par quiconque !

  2. Très intéressant ..La première Constitution Maçonnique de FRANCE 17 22⚜️ dite Constitution de
    ROBERTS🔺
    La première Constitution Maçonnique ANGLAISE
    17 23⚜️ ISSAK NEWTON 🔺 et 4 autres Compagnons ✡️
    Merci très bien Compris.

  3. Très intéressant ..La première Constitution Maçonnique de FRANCE 17 22⚜️ dite Constitution de
    ROBERTS🔺
    La première Constitution Maçonnique ANGLAISE
    17 23⚜️ ISSAK NEWTON 🔺 et 4 autres Compagnons ✡️
    Merci très bien Compris.

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Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti est directeur de la rédaction de 450.fm. Il a fait l’essentiel de sa carrière dans une grande banque ancrée dans nos territoires. Petit-fils du Compagnon de l’Union Compagnonnique des Compagnons du Tour de France des Devoirs Unis (UC) Pierre Reynal, dit « Corrézien la Fraternité », il s’est engagé depuis fort longtemps sur le sentier des sciences traditionnelles et des sociétés initiatiques. Chroniqueur littéraire, membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France (IMF) et médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie (Musée de France), il collabore à de nombreux ouvrages liés à l’Art Royal et rédige des notes de lecture pour plusieurs revues obédientielles dont « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France et « Chemins de traverse » de la Fédération française de l’Ordre Mixte International Le Droit Humain ou encore « Le Compagnonnage » de l’UC. Initiateur des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, il en a été le commissaire général. En 2023, il est fait membre d'honneur des Imaginales Maçonniques & Ésotériques d'Épinal (IM&EE).

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