mar 23 avril 2024 - 16:04

Somme : les liens secrets entre les Templiers et Montdidier

De notre confrère lebonhommepicard.fr – Par Armand Prin

Hugues-Nicolas Neuville, passionné par l’histoire locale, suppose qu’au moment du procès des Templiers, des responsables de la commanderie locale ont pu être enfermés dans les cachots du site du Prieuré de Montdidier. Il émet également l’hypothèse selon laquelle qu’un trésor a pu être caché dans le secteur par des membres de l’ordre religieux et militaire.

Le Prieuré de Montdidier accueillera bientôt un musée d’art et d’histoire locale. Il s’agit là d’un projet auquel Catherine Quignon, maire de la cité de Parmentier, tient beaucoup. L’édile annonce qu’une petite salle sera dédiée aux Templiers. Elle ne cache pas une admiration pour les Templiers : ” J’aime beaucoup les Templiers, avec un sens de la justice, avec des valeurs humanistes. Ils ont libéré Saint Louis. Il y a de nombreux mythes et légendes qui les entourent. 

Savez-vous qu’il peut exister un lien entre ce bâtiment et les Templiers ?  Il faut savoir que l’ordre religieux était jadis fortement implanté dans le secteur de Montdidier. Et il se pourrait bien qu’ils aient un lien méconnu avec le site du Prieuré.

Un ordre religieux et militaire à la fois

Au fait, qui étaient les Templiers ? Historien régionaliste, Pascal Lenoir évoque, dans son Almanach de l’Oise 2013 (2012, Association des Deux Montagnes), « un ordre religieux militaire qui fut fondé en 1118 à Jérusalem par huit chevaliers (…) Les Templiers constituaient une synthèse originale des deux idéaux les plus nobles d’alors : la vie chevaleresque et la vie monastique. Cette organisation comprenait des chevaliers et des chapelains issus de la noblesse, mais aussi des sergents, des écuyers et des domestiques. L’autorité suprême appartenait à un grand maître élu par ses pairs. Les templiers portaient un ample manteau blanc marqué d’une grande croix rouge. Leurs principales missions étaient d’assurer la garde des lieux saints en Palestine et de protéger les pèlerins qui s’y rendaient. Au XIIIe siècle, les papes leur confèrent d’importants privilèges. Les Templiers relevaient directement de l’autorité papale.  Ils étaient totalement indépendants des évêques et n’étaient pas soumis de paiement des taxes seigneuriales ou royales dont dépendaient leurs biens ».

De nombreuses possessions dans le secteur

Cet ordre à la fois militaire et religieux avait de nombreuses possessions dans notre secteur. Dans l’ouvrage Le troisième Templier, Payen de Montdidier , publié en 2020 par Hugues-Nicolas Neuville et Christian Wyttynck, on peut lire : « Montdidier fut l’une des premières localités de France et même d’Europe à voir des Templiers s’y installer.(…) La commanderie de Fontaine-sous-Montdidier était très étendue [avec], tout d’abord, une maison du Temple qui existait dans la cité de Montdidier. Elle est sans doute donnée aussi par Nirvard en 1130 et était le siège de la baillie. »

À noter que, lorsque l’ordre du Temple est arrêté en 1307, sur ordre du roi Philippe le Bel, il se situe alors au sommet de sa puissance, notamment financière. Les Templiers auraient caché un immense trésor. 

Un trésor caché par ici ?

Hugues-Nicolas Neuville, maire de Villers-Tournelle depuis 2020, est aussi un passionné d’histoire locale.  Ce membre du Cercle-Maurice Blanchard (association dédiée à l’histoire et au patrimoine du secteur du Grand Roye), a réalisé notamment de nombreuses recherches sur les Templiers.  Des recherches qui lui permettent d’avancer une hypothèse : les Templiers auraient pu laisser une partie de leur trésor dans les environs de Montdidier. Ce secteur proche apparaissait comme un point d’ancrage pour eux. Parmi les neuf premiers membres de l’ordre, un enfant du pays : Payen de Montdidier. Et d’insister : ” Montdidier fut l’une des premières localités de France et même d’Europe à voir des Templiers s’installer.  Basée à Fontaine-sous-Montdidier (…), la commanderie de Fontaine-sous-Montdidier a fait son apparition en 1128. Cette structure est la 3e fondation de l’ordre. En 1307, la commanderie gérait de très vastes domaines. Elle s’étendait à Montdidier, Rocquencourt, Belle-Assise, Jumel, et Rollot… avec plusieurs maisons templières dépendantes, dont une à Montdidier. La richesse de la commanderie devait être immense, car les revenus fonciers et agricoles étaient très importants. ” À noter encore que « l’économe de l’ordre du Temple de Paris était Jean de Tour, il a été arrêté en 1307. Il fut le précepteur (le commandeur) de la commanderie de Fontaine-sous-Montdidier. Il connaissait donc très bien le secteur. Il a pu penser y faire cacher quelque chose  “.

Une autre hypothèse, pas forcément connue non plus, qu’avance le maire de Villers-Tournelle : au moment du procès, il est probable que des cadres de la commanderie de Fontaine-sous-Montdidier aient été emprisonnés quelque temps dans les cachots de l’actuel Prieuré (alors château).  L’emprisonnement a pu durer quelques semaines, « pour un pré-interrogatoire, lors d’une phase transitoire, avant d’acheminer ces prisonniers ensuite vers Paris. Lors de l’arrestation, les bâtiments de l’ordre, de la commanderie et de ses dépendances, ont été fouillés, un inventaire a été effectué. Il y avait quatre cachots, quasiment au sous-sol du bâtiment de l’époque. Cet édifice a été fortement remanié au début du XIVe siècle et a été bien endommagé en 1918 ».

Hugues-Nicolas Neuville note d’une façon générale : «  La rafle n’étant pas légale, moins le roi (NDLR Philippe le Bel) laissera de traces écrites, mieux il se portera. Dans notre département, seuls quelques documents ou des traces de graffitis ont subsisté dans les châteaux des prévôtés de Picquigny et de Beauquesne. Toutes les prévôtés de tous les bailliages ont participé à cette gigantesque opération dans tout le territoire français, il s’agissait de contrôler plus de dix mille sites, de capturer des milliers de personnes, les transporter, les nourrir, les loger, les interroger. Il s’agissait aussi de fouiller tous les domaines et de faire les inventaires de tous les objets trouvés, de comptabiliser tout le bétail, et surtout de questionner ” à chaud ” la population qui gravitait autour des cadres templiers, il fallait déjà trouver des indices susceptibles de les faire condamner.

Les enquêtes vont durer sept années, les interrogatoires vont se multiplier et les actes de torture ne seront pas rares.

Hugues-Nicolas Neuville, passionné par l'histoire locale, suppose qu'au moment du procès des Templiers, des responsables de la commanderie locale ont pu être enfermés dans les cachots du site du Prieuré de Montdidier. Il émet également l'hypothèse selon laquelle qu'un trésor a pu être caché dans le secteur.

Selon Hugues-Nicolas Neuville, les frères sergents et les chevaliers du Temple du secteur étaient notamment enfermés au Prieuré de Montdidier, pendant une durée inconnue.

L’objectif n’est plus seulement d’éliminer les Templiers, mais aussi de prendre possession de tous leurs biens fonciers, de toutes leurs richesses en général, il fallait renflouer les caisses du royaume qui étaient bien vides depuis des années. 

Le niveau d’organisation devait être à la hauteur de leurs ambitions. Les principaux sites spécialisés pour questionner les nombreux prisonniers, ne sont pas très nombreux sur le territoire français, et sont le plus souvent dans des villes importantes du royaume avec un château pouvant accueillir des bourreaux qualifiés, des clercs pour écrire directement les aveux, et les membres de la fameuse Inquisition. Des villes de moyenne importance devaient garder les prisonniers qui attendaient leur transfert juste avant leur interrogatoire, (…). »

« Il est raisonnable de penser que la population subalterne qui œuvrait manuellement dans les domaines a été interrogée rapidement sur place, elle ne connaissait que superficiellement l’organisation »

Notre interlocuteur développe : « Il est raisonnable de penser que la population subalterne qui œuvrait manuellement dans les domaines a été interrogée rapidement sur place, elle ne connaissait que superficiellement l’organisation, elle pouvait juste recouper les informations. Il leur était sûrement demandé de ne pas quitter leur village et de continuer d’entretenir le domaine.

Les frères sergents des domaines français n’étaient pas des chevaliers combattants, mais des administrateurs très compétents, ils étaient les vrais responsables des fermes templières, ils avaient des compétences variées, financières, agricoles, commerce, banque, etc… Ce sont principalement eux qui étaient recherchés  (…). Ils devaient être quatre ou cinq pour gérer une ferme ou un moulin et diriger les manouvriers, par conséquent, ils devaient être entre quarante ou cinquante pour gérer les 10 domaines de la commanderie de Fontaine.

Quant aux chevaliers, ils étaient tous des combattants, et avec sûrement davantage de connaissances sur l’organisation générale du Temple au niveau de la France, voire dans d’autres pays. C’étaient eux les plus recherchés par l’inquisition et les plus interrogés, c’est parmi eux qu’il y a le plus de décès suite aux tortures (…).

Dans la commanderie de Fontaine, il ne devait y avoir que quelques chevaliers vieillissants ou atteints de lèpre, il y avait une maladrerie près de la commanderie.

« Il y a encore quatre cachots pouvant contenir entre 10 et 12 personnes »

Cette population de prisonniers ayant certaines connaissances correspond exactement avec les capacités carcérales du château de Montdidier. D’ailleurs, il y a encore quatre cachots pouvant contenir entre 10 et 12 personnes. 

Il était donc très facile pour les prévôts et les soldats royaux de transférer les prisonniers en charrette à bœuf ou même à pied pour ceux de Fontaine-sous-Montdidier, qui n’est distant que de 3,6 km du centre-ville de Montdidier. Le chemin le plus direct existe encore de nos jours.

Bien sûr ,nous n’avons pas encore trouvé de trace écrite de ce transfert probable de prisonniers du Temple vers les geôles de Montdidier, mais, comme à Beauquesne, toutes les conditions sont réunies pour que cela se soit passé ainsi : une commanderie à proximité, de nombreux domaines, une prévôté, un imposant château fort et une faible distance qui les sépare. (…)

Ces prisonniers du castel montem desirii ne pouvaient pas rester très longtemps sur le site, il faut bien se dire que les Templiers et les habitants de notre ville vivaient ensemble depuis presque deux cents ans, ils se connaissaient très bien (…).

« Bientôt 720 ans que les faits se sont déroulés, (…) mais cette histoire demeure dans nos esprits et de merveilleuses légendes se sont créées, les Templiers fascinent toujours autant les habitants de notre canton souvent à la recherche de quelques vestiges »

Bientôt 720 ans que les faits se sont déroulés, les murs se sont écroulés, les manuscrits ont été brûlés, mais cette histoire demeure dans nos esprits et de merveilleuses légendes se sont créées, les Templiers fascinent toujours autant les habitants de notre canton souvent à la recherche de quelques vestiges.

Bientôt le site (NDLR du Prieuré) va s’ouvrir au public, des cachots seront visibles et certainement une partie des locaux sera réservée à la découverte de ces nobles guerriers, de leurs adjoints financiers et de ces immenses domaines agricoles qui servaient à financer la guerre en Palestine. »

ARMAND PRIN

La piste d’un trésor des Templiers dans le secteur de Montdidier dissimulé par certains ?

Hugues-Nicolas Neuville se désole : « De nombreuses pages concernant les Templiers en Picardie ont été arrachées dans des archives au siècle dernier. Quelqu’un du secteur s’est beaucoup intéressé à cette histoire . Il cherchait quelque chose visiblement. Des manuscrits sur les Templiers à Montdidier ont été emportés. Je crains qu’on ne puisse un jour retrouver ces pièces.»

Décidément, la forte présence des Templiers a engendré des comportements extrêmement curieux et paradoxaux : «Comment se fait-il qu’un historien local de renom, quelques dizaines d’années plus tard, n’évoque pas la présence locale des Templiers dans son livre ? D’autant plus qu’il habitait rue de la… Commanderie. Vraiment, c’est très mystérieux.»    A.P.

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