mer 17 avril 2024 - 14:04

« Je m’étais complètement investie dans ma quête spirituelle » : l’ésotérisme peut aggraver le risque de psychose

De notre confrère canadien 24heures.ca – Par Gabriel Ouimet

Gabriel Morin et Cassandre Clermont-Moquin ont fait une psychose avant l’âge de 30 ans. Malgré des diagnostics différents, l’évolution de leurs symptômes a un point commun: ils étaient plongés dans des idées ésotériques.

Cassandre a toujours eu un intérêt pour la spiritualité. Mais au printemps 2019, à l’âge de 29 ans, la jeune femme quitte son conjoint et un emploi qu’elle aime pour se consacrer entièrement à sa «quête spirituelle». Elle analyse les moindres détails de son quotidien, à la recherche d’indices qui pourraient lui permettre d’accéder au bonheur et à la «lumière».

L’intérêt de Gabriel pour la spiritualité atteint quant a elle son apogée en 2018, l’année de ses 18 ans. Épuisé par les conflits quotidiens à la maison, il se tourne vers la méditation.

«À force de méditer, j’ai eu ce que les personnes spirituelles appellent un éveil. Je me sentais super bien, c’est indescriptible comme sensation de bien-être», raconte-t-il à 24 heures.

Les idées occultes dans lesquelles les deux jeunes adultes sont alors plongés se ressemblent: recherche d’indices sur sens de la vie dans des contextes anodins, impression d’avoir un accès privilégié à une entité spirituelle, etc.

Ces convictions se sont renforcées au rythme de l’aggravation de leurs symptômes psychotiques. Une fois hospitalisée, Cassandre a reçu un diagnostic de bipolarité. Gabriel en a reçu un de schizophrénie.

Se pourrait-il que leurs intérêts communs aient joué un rôle dans la dégradation de leur état respectif ?

L’ésotérisme, possible danger pour certains

Être convaincu de la présence d’extraterrestres sur Terre, croire à l’horoscope ou au destin, ressentir l’énergie spirituelle: en psychologie, on associe l’ésotérisme et le «non scientifiquement prouvé» au concept de «pensée magique». 

Même si ces idées ne mènent pas nécessairement à la psychose, elles peuvent déclencher ou aggraver les symptômes psychotiques, explique la Dre Tania Lecomte, directrice du Réseau Canadien pour la Recherche en Schizophrénie et Psychoses.

«Il a été démontré que les personnes qui ont plus de pensées magiques sont beaucoup plus à risque de développer un trouble psychotique s’ils vivent un traumatisme dans leur vie», ajoute-t-elle.

En 1983, les psychologues L.J Chapman et M.Eckblad ont mis sur pied un questionnaire servant «d’échelle de la pensée magique» qui permet aux professionnels de déterminer la propension d’une personne à développer des symptômes psychotiques dans sa vie.

L’œuf ou la poule ?

Le lien entre l’ésotérisme et la psychose n’apparaît pas toutefois toujours dans le même ordre, précise la psychologue.

Des personnes avec des prédispositions génétiques à la psychose pourraient être attirées par le monde de l’ésotérisme, ce qui pourrait ensuite influencer leur état. Chez d’autres personnes, les idées délirantes seraient plutôt symptomatiques du développement de la psychose.

«Il faut se demander c’est quoi la poule et c’est quoi l’œuf. On peut imaginer que quelqu’un qui a des prédispositions se mettra à accorder trop d’importance à des détails de la vie quotidienne pour trouver des réponses aux questions qu’elle se pose. Ensuite, pour plusieurs, la psychose commence quand la personne dit voir des signes que les autres ne voient pas», mentionne celle qui est aussi chercheuse au Centre de Recherche de l’Institut Universitaire en Santé mentale de Montréal (CR-IUSMM).

Des recherches indiquent qu’une activité en apparence banale comme la médiation, quand elle est pratiquée sans encadrement thérapeutique, peut aussi s’avérer problématique pour les personnes fragilisées, poursuit Tania Lecomte.

«Le hic, avec la méditation non guidée, c’est qu’elle peut entraîner des épisodes de dissociation. C’est la même chose pour les drogues hallucinogènes ou stimulantes, qui peuvent être ok pour certains, mais dangereuses pour d’autres», illustre-t-elle.

« J’essaie de rester dans ce qui est concret »

Plus de 5 ans après son rétablissement, Cassandre Clermont-Morin a pris ses distances avec les idées marginales qui l’ont habitée avant et pendant sa psychose.

«Les idées qui relèvent de l’ésotérique ne m’intéressent plus. Un peu par précaution, j’essaie de rester dans l’expérience humaine, dans ce qui est concret. J’essaie de moins aller dans l’invisible, l’inexplicable, l’abstrait. C’est mon côté rationnel qui prend plus de place maintenant», explique la mère de 32 ans.

Gabriel, qui partage aujourd’hui son expérience sur TikTok, a lui aussi appris à vivre avec sa condition. Il est médicamenté et les idées délirantes ont presque disparu. Lorsqu’elles reviennent, il sait qu’elles sont le fruit de sa maladie.

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