sam 20 avril 2024 - 06:04

Lieu symbolique : Masgot (Creuse), un exemple fascinant de l’art brut grâce à François Michaud, tailleur de pierre

Masgot, un hameau de la commune de Fransèches dans le département de la Creuse, en Nouvelle-Aquitaine, offre un exemple fascinant de l’art brut en France, principalement grâce à l’œuvre d’un homme : François Michaud (1810-1890).

Masgot, hameau de la commune de Fransèches (Creuse).

Au XIXe siècle, cet autodidacte a transformé le village en un musée à ciel ouvert, parsemant les jardins, les façades des maisons et les rues de sculptures surprenantes. Ces œuvres, taillées directement dans la pierre, représentent des figures humaines, des animaux et des motifs décoratifs, témoignant de la créativité et de la vision unique de Michaud.

Seule représentation connue de François Michaud.

Ce qui rend Masgot particulièrement intéressant, c’est que François Michaud est considéré comme un pionnier de l’art brut en France, un genre artistique caractérisé par des œuvres créées en dehors des traditions académiques, souvent par des autodidactes ou des artistes marginaux.

Par sa pratique d’autodidacte inspiré, François Michaud peut être considéré comme l’un des premiers représentants connus de l’art brut, avant l’abbé Fouré, créateur des rochers sculptés de Rothéneuf, ou le facteur Cheval, auteur du Palais idéal d’Hauterives.

Son travail à Masgot précède et annonce des mouvements artistiques qui n’ont été reconnus qu’au milieu du XXe siècle, grâce à des figures comme le peintre, sculpteur et plasticien Jean Dubuffet (1901-1985), premier théoricien d’un style d’art auquel il a donné le nom d’« art brut ».

Aujourd’hui, Masgot attire les visiteurs intéressés par l’art, l’histoire et la culture rurale française. Le village offre non seulement un aperçu de l’ingéniosité artistique de Michaud mais sert aussi de rappel puissant de la manière dont l’art peut imprégner et transformer la vie quotidienne, même dans les endroits les plus inattendus. Les efforts de conservation et de mise en valeur de Masgot permettent de préserver cet héritage unique et de continuer à inspirer les générations futures par l’exemple remarquable de François Michaud.

François Michaud, tailleur de pierre et sculpteur

François Michaud, tailleur de pierre originaire de la Creuse, a laissé une empreinte indélébile dans le paysage artistique français, en particulier à travers son œuvre au hameau de Masgot.

Maison de François Michaud.

Issu d’une famille de paysans, paysan lui-même, Michaud exerçait également le métier de tailleur de pierre, une compétence relativement courante dans cette région rurale de France, réputée pour ses traditions de travail de la pierre. Il restera toute sa vie durant dans son village à exercer et perfectionner sa maîtrise de la sculpture du granit.

Ce qui distingue François Michaud des autres tailleurs de pierre, c’est sa démarche artistique unique, qui l’a poussé à transformer son village natal en une galerie d’art à ciel ouvert. Sans formation artistique formelle, Michaud a commencé à sculpter des pierres autour de sa maison et dans le village, créant des œuvres qui reflétaient à la fois son imagination débordante et son profond enracinement dans la culture et l’environnement de la Creuse.

Ses sculptures varient des représentations figuratives d’êtres humains et d’animaux à des motifs ornementaux et des symboles. Ces œuvres, réalisées avec une grande maîtrise technique et une sensibilité artistique instinctive, sont considérées aujourd’hui comme des exemples précoces d’art brut en France. Il orne donc les maisons du village de petites statues naïves qu’il nomme ses « marmots » et se distingue également par son souci du confort et de l’aspect pratique de l’aménagement.

L’art de Michaud a été largement ignoré de son vivant, et c’est seulement après sa mort que l’importance de son travail a été reconnue. Le hameau de Masgot, grâce aux efforts de conservation et de valorisation, est devenu un site d’intérêt culturel et historique, attirant des visiteurs fascinés par l’histoire de cet artiste autodidacte et par ses créations.

L’œuvre de François Michaud à Masgot reste un témoignage éloquent de la capacité de l’art à transcender les frontières de la formation académique et à s’exprimer de manière profondément personnelle et authentique. Sa contribution à l’art brut et au patrimoine culturel de la Creuse fait de lui une figure emblématique, célébrée pour avoir révélé la beauté et l’expressivité du travail de la pierre à travers un prisme entièrement original.

Retour sur la légende du maçon creusois

Le maçon creusois fait référence à une tradition spécifique de migration professionnelle qui a marqué l’histoire de la Creuse, un département rural. Cette tradition remonte au XVIIe siècle et s’est prolongée jusqu’au XXe siècle, période durant laquelle de nombreux habitants de la Creuse, principalement des hommes, ont quitté leur terre natale pour travailler comme maçons et ouvriers du bâtiment dans les grandes villes de France, notamment à Paris.

La tradition du maçon creusois trouve son origine dans la pauvreté et le manque de terres agricoles fertiles dans la Creuse, qui ont poussé les habitants à chercher du travail ailleurs pour subvenir aux besoins de leurs familles. La maçonnerie était un métier de choix, car il ne nécessitait pas un capital important pour débuter et exploitait les compétences en travail de la pierre que beaucoup d’hommes de la région possédaient déjà.

1 COMMENTAIRE

  1. Merci pour cet article qui fait référence à l’histoire des maçons de la Creuse qui me tient à coeur. Je suis membre de l’association des maçons de la Creuse et en charge de l’annuaire numérique qui à ce jour recense 37 000 maçons migrants.
    Je me tiens à votre disposition si nos travaux vous intéressent ou si vous avez des informations qui pourraient enrichir notre annuaire numérique
    Cordialement
    Serge Montagne

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Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti est directeur de la rédaction de 450.fm. Il a fait l’essentiel de sa carrière dans une grande banque ancrée dans nos territoires. Petit-fils du Compagnon de l’Union Compagnonnique des Compagnons du Tour de France des Devoirs Unis (UC) Pierre Reynal, dit « Corrézien la Fraternité », il s’est engagé depuis fort longtemps sur le sentier des sciences traditionnelles et des sociétés initiatiques. Chroniqueur littéraire, membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France (IMF) et médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie (Musée de France), il collabore à de nombreux ouvrages liés à l’Art Royal et rédige des notes de lecture pour plusieurs revues obédientielles dont « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France et « Perspectives » de la Fédération française de l’Ordre Mixte International Le Droit Humain ou encore « Le Compagnonnage » de l’UC. Initiateur des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, il en a été le commissaire général. En 2023, il est fait membre d'honneur des Imaginales Maçonniques & Ésotériques d'Épinal (IM&EE).

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