dim 16 juin 2024 - 04:06

Point de vue sur le cercle en Franc-maçonnerie

On trouve dans les rituels maçonniques des interprétations de la métaphore du cercle et de son centre.

Le cercle représente le tout fini et infini, l’unité et le multiple, le plein et la perfection ; souvent  il figure le Créateur de l’Univers. Il y est dit aussi que le cercle est l’Esprit humain, foyer de la Connaissance.

Le centre est avant tout celui du cercle. Le cercle et son point central partagent les mêmes propriétés : perfection, homogénéité, absence de début et de fin. De ce fait, comme on va le voir, cercles et centre sont souvent assimilés l’un à l’autre. Sous forme de point, le centre devient le cercle parfait.

La doctrine hermétiste propose en son premier principe d’enseignement ce qu’est l’unité dont la représentation est le cercle. On en trouve la preuve et l’énoncé dans la Table d’Émeraude : «Toutes les choses sont et proviennent d’Un, par la médiation d’Un. Toutes les choses sont nées de cette chose unique… Son symbole est le cercle un qui s’achève en soi-même». Le serpent qui se mord la queue (l’ourobouros), exprime l’univers à «Un le Tout».

Le Centre est aussi considéré comme l’origine, le point de départ de toutes choses ; c’est le point principiel, sans forme et sans dimensions, donc indivisible, et, par suite, la seule image qui puisse être donnée de l’Unité primordiale. Le centre est donc le lieu de l’incréé, l’endroit mythique qui empêche toute dispersion. Il est de ce fait toujours vide, et sa représentation parfaite est le moyeu de la roue, que l’on retrouve au cœur des rosaces et par où passe un axe invisible, celui du monde. Il est ainsi le lieu où se trouve la Cause première, mère de toutes les causes de la manifestation. Là seulement se perçoit la Connaissance. C’est de ce point central, le Un originel, que partent tous les rayonnements, toutes les énergies, toutes les lois causales et les fonctions créatrices qui ont donné naissance aux mille et une formes de la création.

Sur le plan métaphysique, dans une note de bas de page,  (note21  de bas de la page 19) Jean-Marie Ragon, dans son ouvrage De la maçonnerie occulte et de l’initiation hermétique nous dit«ce terme éminent vers lequel se dirige toute philosophie, ce besoin impérieux de l’esprit humain, ce pivot auquel il est contraint de rattacher le faisceau de ses idées ; l’unité, cette source, ce centre de tout ordre systématique, ce principe de vie, ce foyer inconnu dans son essence, mais manifeste dans ses effets ; l’unité, ce nœud sublime auquel se rallie nécessairement la chaîne des causes, fut l’auguste notion vers laquelle convergèrent toutes les idées de Pythagore»

Le nom même de la roue (rota) évoque immédiatement l’idée de rotation; et cette rotation est la figure du changement continuel auquel sont soumises toutes choses manifestées ; dans un tel mouvement, il n’y a qu’un point unique qui demeure fixe et immuable, et ce point est le Centre. Le centre n’a pas un sens comme simple point géométrique, il est symboliquement essence de toute chose et tout être. C’est donc sur ce point central que le sens s’efface au profit de l’essence, «le cercle merveilleux est jaillissement, son centre reste immobile» (Maître Eckhart).

L’Unité renferme tous les nombres. L’Unité émane ses puissances seulement par l’addition d’elle-même, seule source de création de tous les nombres. L’Unité a pour racine carrée, cubique et essentielle, elle-même l’UNITÉ. L’Unité distribue son influence dans tous les plans[1].

L’unité crée en se divisant, et ceci peut être symbolisé de plusieurs façons différentes, dépendant du comment l’unité originelle est sensiblement représentée. L’unité peut être convenablement représentée par un cercle, mais le fait que le cercle est incommensurable indique que cette figure appartient à un niveau symbolique au-delà de la raison et de la mesure. En philosophie géométrique le cercle est le symbole de l’unité non manifestée, tandis que le carré représente l’unité posée, pour ainsi dire manifestée.

Selon Euclide le point n’a pas de parties, c’est-à-dire qu’il n’entre en relation ni avec le temps, ni avec la matière. Sorti du temps et de l’espace, il échappe à l’usure, tout en symbolisant l’unité fondatrice du tout. Ce particularisme fait de lui le point fixe dans la mouvance, l’axis mundi universel. Personne ne serait capable de le situer précisément. On sait seulement qu’on procède de lui et qu’on revient à lui. L’intuition nous amène à considérer sa présence en tout être et toutes choses. Son omniprésence et son invisibilité font de lui le plus habile magicien de la création.

S’il est d’abord un point de départ, le centre est aussi un point d’aboutissement ; tout est issu de lui, et tout doit finalement y revenir. Puisque toutes choses n’existent que par le Principe et ne sauraient subsister sans lui, il doit y avoir entre elles et lui un lien permanent, figuré par les rayons joignant au centre tous les points de la circonférence ; mais ces rayons peuvent être parcourus en deux sens opposés : d’abord du centre à la circonférence, et ensuite de la circonférence en retour vers le centre. Le point était la source profonde de toutes choses cachées au cœur de la Création et le placer dans un cercle revenait à en indiquer la source sacrée. Dans ce contexte, le cercle sans le point n’a aucune signification et sans le cercle, le point n’en a pas plus. C’est la raison pour laquelle les cultes monothéistes, qui conservèrent ce signe, en conservèrent aussi le sens depuis Akhenaton qui en fit le symbole de son Dieu. Parfois, le point est entouré de plusieurs cercles concentriques, qui semblent représenter les différents états ou degrés de l’existence manifestée, se disposant hiérarchiquement selon leur plus ou moins grand éloignement du Principe primordial.

Il apparaît que dans toutes les traditions spirituelles, la notion de centre du monde est constante. Les centres spirituels sont Rome et Antioche pour les catholiques ; Lhassa (Tibet), Lumbini (Népal) pour les bouddhistes ; Memphis, Thèbes, Le Caire, pour les Égyptiens antiques ; Constantinople (Istanbul), Alexandrie, Aksoum en Éthiopie (lieu qui abriterait l’arche d’alliance) pour les Orthodoxes ; le mont Athos (en Grèce), Athènes et Olympie pour les Grecs antiques ; la Mecque, Médine et Jérusalem pour les musulmans ; Jérusalem, et Bethléem (ville d’origine du roi David) pour les Juifs, etc.

Comment l’unité peut passer à la dualité sans perdre son caractère de singularité et d’unicité ? Éliphas Lévi dans son Cours de Philosophie Occulte précise : «Il y a quatre manières de concevoir l’Unité :

  • Comme universelle, produisant et embrassant tous les nombres, n’ayant, par conséquent, point de binaire, unité innombrable, inconcevable, infinie, universelle, absolument nécessaire et absolument incompréhensible, le Un ; Le Un donne ce qu’il n’est pas. 
  • Comme relative et manifestée, ayant un binaire, commençant le nombre et le résumant en s’agrandissant toujours; ce qui la rend progressivement indéfinie, le Un plusieurs.
  • Comme vivante, et fécondant en soi-même le mouvement et la vie, le Un et plusieurs.
  • Comme visible et révélée par la forme universelle.

Ces quatre notions de l’Unité sont représentées par le Tétragramme divin, dont la figure hiéroglyphique est la croix.»

  • La croix de Jérusalem rappelle qu’aux quatre coins du Monde, symbolisés chacun par une croix en miniature, tout dérive de l’Unité et tout y retourne. Tel est le message donné par la représentation où les quatre Évangélistes ou Évangiles occupent la place des quatre croix. Lorsque les quatre petites croix occupent les extrémités des branches au lieu des quatre coins, la croix est dite recroisetée. Elle suggère que même éloignés du centre, nous pouvons toujours le retrouver à tout moment. Quand les quatre croix ne sont plus séparées, mais reliées par un cercle centré à l’intersection des branches, nous retrouvons un sens similaire avec la croix dite celtique.
  • La croix aux branches égales s’inscrit aussi dans le cercle. Elle prend cette apparence chez certains peuples d’Amérique centrale et celtiques. La croix constitue alors un symbole du centre se déployant jusqu’à la périphérie et représente le Monde dans son Unité (centre) et sa manifestation (roue cosmique). Cette roue est surtout répandue sous la forme de 6 ou 8 rayons, notamment dans les traditions celtique et hindoue.
  • De cette représentation découle directement celle du chrisme, inscrit ou non dans un cercle. Sous sa forme simple, les premiers chrétiens ont vu en lui les deux initiales grecques I et X de “Iêsous Christos”. Quant à sa forme constantinienne, elle résulte de l’union des deux premières lettres grecquesX et P de «Christos». La boucle qui transforme l’I du Chrisme simple en P du Chrisme constantinien rappelle la boucle supérieure de la croix ansée et fait écho au trou de l’aiguille, à la voie directe ou verticale d’accès aux Cieux.

Le chrisme existe sous différentes formes :

  • le chrisme formé des premières lettres des mots Ιησούς Χριστός (Jésus-Christ), soit I et X (iota et khi),
  • le chrisme formé des deux premières lettres du seul mot Χριστός (Christ), soit X et P (khi et rhô) : c’est la forme la plus ancienne, celle adoptée par l’empereur Constantin (voir plus bas),
  • le chrisme complet formé des lettres X et P complétées des lettres grecques alpha et omega, le tout parfois inclus dans un cercle.

On lui trouve différentes significations :

  • Comme monogramme originel d’Osiris
  • Les anciens Grecs utilisaient un signe, une superposition des lettres grecques chi (Χ) et rhô (Ρ), abréviation du mot χρήσιμον, chrêsimon, chrisme en français, qui  signifie «chose utile» pour marquer des passages dignes d’intérêt dans leurs textes (repris sous forme d’astérisque pou r indiquer un renvoi textuel). Par la suite, ce Chi-Rho fut adopté par les chrétiens. Le chrisme mystique de Constantin figurant sur le labarum (fanion) avec la devise  «par ce signe tu vaincras» a été donné en songe à l’empereur avant une bataille. L’église en a fait un de ses symboles christiques (l’alpha et l’oméga).
  • Par ses six branches, le chrisme évoque la croix complète : celle qui s’étend dans toutes les directions faisant naître la sphère et représentant à la fois notre monde terrestre, mais aussi l’univers tout entier.
  • Le chrisme gnostique appelé pendule à Salomon, symbole compagnonnique, est un abrégé de principes architecturaux. On le rencontre fréquemment sculpté ou peint sur de nombreuses églises romanes et gothiques, particulièrement sur celles jalonnant le Chemin de Compostelle. Selon la légende compagnonnique, à l’occasion de la construction du Temple, beaucoup d’étrangers qui parlaient des langues différentes avaient été embauchés. Le roi Salomon leur aurait donné un système de signes applicables à la construction, permettant aux ouvriers de se comprendre sur le chantier sans recours à un langage articulé,  sous une apparence de pendule, ou plutôt d’une croix dans un cercle, les chiffres étant remplacés par des signes, des traits de charpente ou de coupes de pierre. Par une série de tracés, on obtient un ensemble de carrés et de cercles. Cet ensemble de signes, toujours utilisé, semble-t-il, par les compagnons des Devoirs, disposé sur un cercle, porte le nom de la Pendule à Salomon et se trouve lié au chrisme que l’on retrouve tout au long  du chemin de Saint Jacques. Ce symbole synthétise l’ensemble de la tradition des compagnons s’appuyant sur d’anciens apports hébraïques, égyptiens, grecs, celtiques et chrétiens. Tout l’art roman de la construction est fondé sur le tracé de la croix celtique, elle-même conçue d’après une symbolique parfaitement codifiée et selon des proportions qui ne doivent rien au hasard. Cette croix, dite aussi croix druidique, est composée de trois cercles concentriques de diamètres établis aux proportions suivantes : 9 – 27 – 81. Le premier cercle, le plus grand, c’est le Keugant : il représente le chaos où n’existe rien d’autre que Dieu. De ce cercle, du néant Dieu fait naître les choses. Dans le second cercle (Abred), passent les âmes, cercle de la vie terrestre, lieu et temps d’expression du bien et du mal. D’Abred, les âmes peuvent retourner au néant ou bien s’élever en Gwenwed, dernier cercle, celui de la fusion en Dieu, la Réintégration  (ou apocastase).  Villard de Honnecourt, maître d’œuvre de la cathédrale de Cambrai, construite entre 1225 et 1272, utilisa cette fameuse croix pour dresser plans et épures des «vaisseaux de pierre» qu’il devait bâtir. Si l’on ne retient que les consonnes de l’expression «pendule à Salomon», PNDLSLMN, on en déduit des acronymes d’indications dissimulées aux profanes (en kabbale on appelle ce procédé le notarikon). «Pends-le s’il ment» ce qui serait un avertissement de ne pas tenter de tromper le tuilage à l’entrée de la cayenne.
  • Le Chrisme, horloge planétaire : pour beaucoup, le chrisme représente un bâton (P) fiché en terre avec ses deux axes (X). Il donnerait ainsi la mesure du lieu, le midi lié à la méridienne locale. La partie horizontale marquée par l’alpha et l’oméga serait  la ligne des équinoxes. Ce symbole christique associe le Fils avec la route solaire journalière et annuelle, il sert alors d´horloge astronomique.

Un chrisme est actuellement le logo de la revue Compagnons et Maîtres d’Œuvres de la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment.

La monade hiéroglyphique (Monas Hieroglyphica, 1564) est  un ouvrage de John Dee qui l’écrivit en état de transe en douze jours en janvier 1564. Il prétend donner là une écriture occulte pour expliquer toutes choses. Cette écriture s’explique par de simples figures : point, cercle, droite, croix, deux demi-cercles ; et par de simples opérations : rotations, déstructurations, combinaisons et permutations. En résumé, pour lui, «ni le cercle sans la droite, et ni la droite sans le point ne peuvent être artificiellement produits. C’est donc par la vertu du point et de la monade (auusi appelée monogène) que les choses ont commencé d’être, en principe. Et toutes celles qui sont affectées à la périphérie, quelque grandes qu’elles soient, ne peuvent, en aucune manière, manquer du secours du point central.»

Par exemple, le hiéroglyphe de Mercure est fait d’un croissant [figure] tourné vers le haut [opération], d’un cercle, d’une croix. La monade hiéroglyphique consiste en la composition, de haut en bas, d’une figure qui synthétise les symboles traditionnels de l’astronomie et de la cosmologie : croissant (la Lune), cercle avec un point central (le Soleil), croix (les quatre Éléments), deux demi-cercles (le signe du Bélier). On trouve les nombres 1 (le point), 2 (la droite), 3 (la croix : deux lignes perpendiculaires se sectionnant sur un point), 4 (les quatre segments de la croix), qui sont les nombres de la Décade (tétraktys) de Pythagore. On trouve aussi les sept planètes alors connues : Soleil, Lune, Mercure, Mars, Vénus, Jupiter, Saturne, car le Soleil c’est le cercle et le point, la Lune c’est le croissant, Mercure c’est le croissant plus le cercle plus la croix, etc. (Pour comprendre les 24 théorèmes de la Monade.

D. – Quel est le nombre génératif ? R. – Dans la divinité, c’est l’unité ; dans les choses créées, c’est le nombre 2 ; parce que la divinité 1 engendre 2, et que dans les choses créées, 2 engendre 1 (discours de l’Orateur dans le grade hermétique le Vrai Maçon tel que rapporté par Jean-Marie Ragon dans son livre De la maçonnerie occulte et de l’initiation hermétique)..

Plotin dépasse le dualisme et touche le point le plus difficile d’accès, le plus éloigné de nous, le plus ardu à saisir par la pensée qui pourtant le recherche tant. Ce point porte un nom : la simplicité. Et comme elle est à l’origine de tout, Plotin la nomme, tout simplement, l’Un. À écouter ici.

La kabbale en tant qu’ontologie permet de penser le rapport entre le Un et la création plurielle. Une réflexion de Michel Attali, Comment dire D.ieu ? à écouter

La couronne Kéther, de l’arbre des séphiroth, est une autre expression de l’unité, elle est Principe créateur d’où fusent toutes les potentialités de la création éternelle. C’est l’œuf cosmique, le centre d’union-émanation d’où l’éclair créateur a jailli pour illuminer les ténèbres, ce point est Unique (R. Guénon). Pour la kabbale, l’humain a un centre mathématique. Adam, אָדָם, vaut 45, son centre est 23, nombre de lettres du verset Genèse 1,3 au moment de la création de la lumière, riche de tous les sens à venir !

Que faisons-nous dans le temple, tournant autour du tapis de loge ? Que représente le fil à plomb au centre de la voûte étoilée ? N’est-ce pas le milieu désigné comme convergence entre les extrêmes représentés par des points opposés de la circonférence, lieu où les tendances contraires se neutralisent pour ainsi dire et sont en parlait équilibre comme les alternances du pavé mosaïque qui sont transcendées dans l’unité.

La pointe inversée, à l’intérieur, du pyramidion, indique le centre de la pierre. Le franc-maçon travaille au centre laissant à la périphérie les lourdeurs et les rumeurs de la vie. Un des secret des constructeurs serait de rectifier la pierre pour essayer d’en faire un «diamant», jusqu’à en trouver le centre. Ce centre qui, sous une autre formulation et par simple antimétabole du langage codé des alchimistes est ce que la symbolique appelle «la Pierre Cachée» du VITRIOL, indiquant qu’en réalité la quête consiste à rechercher ce qui est caché dans la pierre.

Au Régime émulation, sur le tableau, le point représente l’individu humain et le cercle désigne les limites de ses devoirs envers Dieu et les autres Hommes. Les deux lignes parallèles perpendiculaires représentent Moïse et Salomon, c’est à dire le dispensateur de la Loi et le bâtisseur de son Temple.  Une tradition plus  «modern» adoptée par certaines Loges (particulièrement les Loges US) -préférée des praticiens du REAA  ou du RéR- plus néotestamentaire, laisse à penser qu’il s’agit des deux bienheureux saint Jean pour ce qu’ils configurent, pour les uns, les solstices et pour les autres les deux piliers de la chrétienté.

L’Église chrétienne a remplacé le culte romain de Janus par celui des deux saints Jean en choisissant ces personnages parce qu’ils ont le même nom, et en plaçant leurs fêtes aux dates des solstices. Jean le Baptiste ouvre la porte estivale et annonce le cycle d’obscuration. Jean l’Évangéliste ouvre la porte hivernale et annonce le cycle d’illumination.

 «L’expression «Maçonnerie johannite» a été introduite par le Révérend Dr George Oliver (1783-1870) pour désigner le système de maçonnerie dont les deux saints Jean sont reconnus comme les patrons, et à qui les Loges sont dédicacées. Ce système contredisait celui du Révérend Dr Samuel Hemming (1768-1828), auteur du rituel de «synthèse» adopté par la Grande Loge Unie d’Angleterre, lors de sa création, en 1813, par la fusion des Moderns et Anciens, et dans lequel la dédicace des Loges était faite à Moïse ou à Salomon».

Un document ancien, la Charte de Cologne, signale qu’avant l’an 1440, la société des Francs-maçons était connue sous le nom de «Frères de Jean», et qu’ils ont commencé à s’appeler «Maçons Francs et Acceptés» à Valenciennes. Le Vénérable Maître : D’où venez-vous, mon Frère ? Le Frère visiteur : D’une loge de Saint-Jean. Le Vénérable Maître : Que fait-on dans une loge de Saint-Jean ? En fait la Charte de Cologne est un faux en écriture notoire qui fut sans doute rédigé vers 1780 en France et ceci pour contrecarrer les bulles papales et autres condamnations de l’église catholique. Le document est en latin médiéval, mais avec des éléments du XVIIIe siècle comme l’étoile flamboyante qui y est mentionnée alors qu’elle n’apparaît dans les Manuscrits qu’au début du XVIIIe siècle.

La grande humilité de Jean le Baptiste lui faisait dire : «Il s’en vient quelqu’un de plus puissant que moi, dont je ne suis pas digne de délier la courroie des sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint» (Luc 3,16). Il dévoila aux gens cette exigence d’intériorité, ainsi qu’une notion d’universalisme, jusque-là totalement absentes. Jean le Baptiste affiche sa rupture avec la classe sacerdotale d’Israël. Il rejette tout compromis et exhorte le croyant à vivre selon sa foi, sous peine d’être exposé à la «colère qui vient» et dit avec force que le Seigneur attend un changement réel et radical de mode de vie : «produisez donc des fruits qui témoignent de votre conversion!». Les Templiers vénéraient Jean le Baptiste. Ils doivent une partie de leurs connaissances gnostiques aux Johannites d’Orient ou chrétiens originaux. L’Agneau de Dieu était leur sceau et la tête coupée de Jean Baptiste faisait partie de leurs emblèmes.

Jean l’évangéliste prend parti pour un judaïsme authentique, il fustige et condamne les chrétiens qui acceptent de manger les idolothytes (viande destinée aux sacrifices). Il est celui qui met en avant la plus grande spiritualité par l’usage du terme Logos. Ce symbolisme est la clé de voute de la pensée johannique, reprise par de nombreuses sectes et développée par la suite dans les Loges maçonniques sous la forme du Grand Architecte de l’Univers. Dans l’iconographie, saint Jean l’évangéliste est représenté tenant à la main un vase sacré d’où sort un serpent, symbole de la connaissance. Le vase sacré rappelle l’ésotérisme du Saint Graal dont la liqueur procure santé et connaissance. On attribue aussi à saint Jean le G (Lettre), en fait le petit gamma grec. L’on ne saurait oublier l’aigle, qui accompagne saint Jean, symbolisant le soleil par tous les anciens peuples. Saint Jean est parfois auréolé d’un nimbe représentant le quadruple Gamma, swastika mystique de la connaissance parfaite. C’est à Saint Jean l’Apôtre qui fut transmis toute chose. Il devient par-là l’image parfaite de l’initié dans la Franc-maçonnerie. L’expression «Maçonnerie johannite» a été introduite par le Révérend Dr George Oliver (1783-1870) pour désigner le système de maçonnerie dont les deux saints Jean sont reconnus comme les patrons, et à qui les Loges sont dédicacées. Ce système contredisait celui du Révérend Dr Samuel Hemming (1768-1828), auteur du rituel de «synthèse» adopté par la Grande Loge Unie d’Angleterre, lors de sa création, en 1813, par la fusion des «Modernes» et des «Anciens», et dans lequel la dédicace des Loges est faite à Moïse ou à Salomon. Selon la définition donnée par Oliver, le système pratiqué aux États-Unis est une Maçonnerie johannite.

Les instructions du 1er degré du Rite écossais Rectifié font référence aux deux saint Jean et précisent : la Loge de saint Jean et toutes les Loges portent le même nom pour rappeler à notre mémoire celui qui a été élu  par le GADLU pour venir annoncer la Grande Lumière et que tous les francs-maçons ont reconnu pour leur patron (St Jean Baptiste qui annonce la venue du Christ). Le rituel de ce Rite mentionne par ailleurs que les francs-maçons célèbrent la Fête de Saint Jean l’évangéliste parce qu’il a réuni  les ouvriers qui était dispersés.

Au Rite York, les deux st Jean sont les protecteurs de l’Ordre, symboles vivants du cycle de la Lumière et de la vie (saisons). Dans la Franc-maçonnerie des Anciens, l’un annonce la bonne nouvelle et l’autre en témoigne. Ils sont aussi l’évocation de Moïse et d’Aaron. Sur le tableau de loge du RY, les deux personnages sont aussi bien l’un que l’autre. Quand le RY est fidèlement et traditionnellement respecté, la loge est toujours ouverte à la gloire du G.A.D.L’U. et en mémoire des deux bienheureux saint Jean. 

La forme de la vesica piscis  (vessie ou ventre du poisson) est une forme créée par  l’intersection de deux cercles identiques, de telle manière que le centre de chacun soit sur le périmètre de l’autre, évoquant la forme du poisson mais également celle de la graine, de l’œil et du Yoni. Au temps du paganisme, ce glyphe était  associé à la déesse Vénus et représentait les organes génitaux féminins.

Dans les premières traditions (connues), l’être Suprême était représenté par un cercle, le symbole d’un être avec ni début, ni fin, existant continuellement, formé parfaitement et symétrique. L’addition d’un second cercle représente l’extension de cette unité vers la dualité mâle et femelle (appellations génériques).  La superposition des deux parties, mâles et femelles, crée une source «divine», dans la réunion des deux forces naturelles. Le motif du vesica piscis et ses dérivés, tel que la fleur de vie, l’arbre de vie et les fondamentaux géométriques, portent en eux cette vérité. 

La coutume des premiers chrétiens, consistant à communiquer par le biais d’une partie de dessin tracé dans la poussière, était une reprise des anciens pythagoriciens.Les représentations anciennes du Christ le dépeignent comme un bébé à l’intérieur du “Poisson Vesica” représentant l’utérus de Marie, et par là, la rencontre entre le ciel et la terre dans le corps de Jésus. En tant que tel, il est une porte entre les mondes, et symbolise le point d’intersection entre le plan de Dieu et le plan matériel. De plus, le poisson, signe de reconnaissance entre chrétiens, ictus en grec, Ιχθύς, est l’anagramme de Jesus Christ de Dieu le fils sauveur (Ièsous  Cristos  Théoun Uios Sôter).

Selon Jean 22,11, le nombre 153 apparait dans l’Évangile, comme étant le nombre de poissons que Jésus attrape lors de la pêche miraculeuse. Le nombre 153, 17ème nombre triangulaire, correspond au nombre de lignes que l’on peut établir dans un ensemble de 18 éléments. On trouve ces 18 éléments dans le tracé de la fleur de vie, croissance fractale faite d’une succession de Vesica Piscis. Dans cette représentation visuelle, le déploiement de l’unité par duplication successives est figuré par un cercle, dans l’espace et le temps. La duplication du cercle s’opère simultanément dans les six directions de l’espace, de manière isotropique par rapport au centre.

La vesica piscis est d’un grand intérêt pour les constructeurs car elle permettait de définir des mesures très particulières, notamment des racines qui ne sont pas calculables et bien d’autres mesures de nombres irrationnels telle la proportion divine.

Cette figure est la «mesure du poisson» pythagoricienne, symbole mystique désignant l’intersection du monde divin et du monde matériel, le commencement de la création.

La vesica piscis a été le  thème de plusieurs spéculations mystiques ; les premières furent probablement celles des Pythagoriciens qui la considéraient comme une figure sacrée. Pour eux, le rapport entre la largeur (longueur entre les extrémités du poisson sans la queue) et la hauteur était de 265/153, ce qui est une très bonne approximation de √3. C’est aussi la dimension de la corde, dans un cercle de rayon de 1, pour un arc de 120° (2x1sin 120/2) selon la Table des cordes construite par Ptolémée (cette table associe à la mesure d’un arc, donnée en degrés, la longueur de la corde sous-tendue par l’arc). La √3 contenue dans la Vesica Piscis est la puissance formatrice qui donne naissance au Monde des  Polygones. La Vesica Piscis se rapporte explicitement au 3, entrainant avec lui les deux valeurs symboliques qu’il porte : féminin et sacré. Pythagore «découvre» ainsi un 3 féminin et céleste. Et à cette occasion, l’on peut noter que le mot «céleste» gagne en nuance par rapport au ciel de la fécondité. Cette nouvelle définition est en rupture avec les mythes archaïques, où le ciel est masculin. Mais Pythagore doit choisir entre un héritage de type primitif et la vérité que les mathématiques dévoilent à ses yeux. La symbolique, qui deviendra tradition avec le temps, lui donnera évidemment raison de choisir les mathématiques !

Dans le système platonicien, La vesica piscis aurait constitué le signe des époptes, la main ouverte étant unie aux extrémités des doigts et les poignets se touchant.

La construction, par Dürer, du pentagone adjacent à l’hexagone, «à la manière dont, d’après la tradition, le créateur a conçu le plan de l’univers se trace avec une ouverture de compas inchangée», c’est-à-dire selon le principe de symétrie, ou de commensurabilité.

Cependant,  la notion de centre, pour caractériser l’individu ou la communauté, ne peut être séparée de celle de périphérie qui conditionne la possibilité de s’orienter dans le monde et de passer d’une situation à une autre en se “décentrant” en quelque sorte (comme avvec le pas de côté dans la marche du compagnon). Nous sommes tous des centres de l’univers, cependant, n’oublions pas que les autres sont donc aussi des centres de cet univers ! Penser à la périphérie, c’est tourner son regard vers les expériences du monde actuelles et passées. Les arbres ne croissent pas à partir du centre mais de l’écorce. La périphérie est le lieu des appartenances à des groupes, le centre celui où s’affirme le «je suis».

C’est dans une confrontation pacifique que devrait être envisagé ce que la FM, en tant que cercle, doit à ses rencontres avec les autres spiritualités pour être elle-même.

Delphine Horvilleur, L’identité est-elle un gros mot ? 


[1] Papus (Dr Gérard Encausse), La science des nombres,    labirintoermetico.com/06numerologia_cabala/papus_la_science_des_nombres.pdf

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Solange Sudarskis
Solange Sudarskis
Maître de conférences honoraire, chevalier des Palmes académiques. Initiée au Droit Humain en 1977. Auteur de plusieurs livres maçonniques dont le "Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique", prix littéraire de l'Institut Maçonnique de France 2017, catégorie « Essais et Symbolisme ».

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