ven 12 avril 2024 - 14:04

Interview exclusive : Amande Pichegru à la rencontre des sœurs, des frères et des profanes à Vichy !

Amande Pichegru, en qualité de Grand Maître de la fédération française du Droit Humain International sillonne la France et participe à de multiples conférences et aussi à des tenues dans les loges du Droit humain.

C’est ainsi que le Mardi 17 juin une conférence publique était organisée au Centre Culturel de Vichy et le Mercredi 18 juin, une tenue de la RL La Paix du DH accueillait le GM !

La salle du centre culturel était bien remplie par près de 200 spectateurs et les colonnes de la RL La Paix étaient, elles aussi, bien fournies de frères et sœurs des différentes loges vichyssoises.

L’occasion pour le correspondant de 450.FM de Vichy de proposer à Amande Pichegru une interview exclusive. Cet entretien avait aussi la particularité d’intervenir à la fin de mandat du GM qui doit descendre de charge pour le prochain convent de la fédération française du Droit Humain qui se déroulera à Aubervilliers du 25 au 27 août 2023.

Amande Pichegru, pour celles et ceux qui ne la connaissent pas, a une personnalité très attachante qui allie simplicité et spontanéité ! Possédant une voix et une élocution claire et mélodieuse qui suscitent l’empathie, on peut comprendre que ses prestations soient recherchées et marquent les auditoires !

Michel pour 450.FM : Merci d’accepter cette interview exclusive pour 450.fm. Vous voilà à Vichy et il n’y a pas si longtemps, vous étiez à Moulins pour une autre conférence, connaissiez-vous notre département ? Y avez-vous des souvenirs personnels ?

Amande Pichegru : Je ne connaissais pas ces deux Orients de l’Allier avant ma venue pour mes conférences. Ces deux évènements m’ont permis de découvrir deux villes superbes avec un patrimoine magnifique, et surtout des Frères et Sœurs, du DROIT HUMAIN et d’autres obédiences, pour qui la fraternité est une réalité concrète. Par la qualité de leur accueil, à peine arrivée dans l’Allier, je m’y suis sentie chez moi. Les souvenirs de moments riches en émotion resteront gravés dans mon cœur. C’est la magie de la franc-maçonnerie !

Michel : De votre expérience de GM, quels enseignements tirez-vous quant au fonctionnement des loges maçonniques dans un pays comme la France ?

A.P. : La dynamique des loges est très inégale. Certaines ont une grande confiance en leur capacité à construire des personnes éclairées et engagées et ainsi participer au progrès du monde. Lea plupart des loges débordent d’initiatives en tenue et dans l’espace public. Elles osent sortir des sentiers battus du maçonniquement correct dans les thématiques initiatiques et sociétales traitées dans les planches. Leurs membres sont plus à l’aise pour se dévoiler… Logiquement, ces loges garnissent aisément leurs colonnes de nouveaux maillons. D’autres, en revanche, sont encore sur la réserve, cultivent l’entre-soi, notamment générationnel et sociologique. Elles ont du mal à transmettre la flamme à certains jeunes maçons qui sont pourtant demandeurs et bien formés pour prendre des responsabilités et enrichir leur parcours initiatique. L’obédience est là pour donner à ces loges les outils de leur mise en mouvement. À elles de s’en emparer !

Michel : En qualité de Grand Maitre National de la fédération française du DROIT HUMAIN, avez-vous pu, par votre intervention personnelle, faire avancer un dossier qui vous tient à cœur ?

A.P. : Incontestablement, celui qui était au cœur de mon programme : « Rassembler ce qui est épars » ! Après les épisodes de confinements Covid, il était capital de redynamiser les loges, ranimer leurs travaux avec énergie et enthousiasme, leur permettre de renouer des liens fraternels forts entre leurs membres et avec d’autres ateliers, en France comme à l’International. Pendant mon mandat, mes déplacements dans plus d’une soixantaine d’Orients de métropole et d’outre-mer ont été autant d’occasions de créer des moments de grande fraternité et d’échanges avec les ateliers, d’écouter leurs besoins et projets, de leur insuffler un nouvel élan. Dans cette logique, j’ai aussi mis l’accent sur la communication interne qui, via une lettre mensuelle aux membres et un site intranet enrichi, a permis à chaque Frère et Sœur d’avoir une connaissance plus fine de la vie des loges et de la Fédération afin que, dans notre grande diversité, nous soyons fiers de notre appartenance au DROIT HUMAIN. Je suis également heureuse du tournant pris par notre Fédération pour une meilleure visibilité dans l’espace public afin que le DROIT HUMAIN prenne sa juste place dans l’environnement maçonnique global : celle de 2ème plus vieille obédience de France et celle de l’unique organisation maçonnique mixte internationale au monde, unique dans l’histoire, unique par son implantation dans plus de 60 pays des 5 continents. Enfin, avec plus de 50 conférences publiques, colloques, spectacles, afterworks… organisés dans divers Orients, les loges du DROIT HUMAIN n’auront jamais eu autant d’initiatives pour aller à la rencontre des profanes ! Notre forte présence sur les réseaux sociaux, ainsi que dans la presse régionale, nous a donné une visibilité importante pour « prendre place » dans la cité.

Michel : Du fait de votre formation personnelle, être anglophone a-t-il constitué un avantage dans votre activité de Grand Maître National ?

A.P. : En 2022, j’ai eu le grand plaisir de participer au Convent International de notre Ordre qui se tient à Paris tous les cinq ans. L’anglais est l’une des trois langues, avec l’espagnol et le français, à être utilisée dans l’exécution de nos rituels. Maîtriser d’autres langues étrangères permet naturellement de vivre encore plus pleinement l’internationalisme du DROIT HUMAIN et de nouer aisément des contacts avec des Frères et Sœurs du monde entier. Cela dit, le R.E.A.A. agit tel un espéranto entre tous les membres du DROIT HUMAIN présents dans plus de 60 pays dans 5 continents – chacun en comprend le sens, quelle que soit sa langue.

Michel : Quelle est votre analyse des problématiques de la société française ?

A.P. : Ma grille d’analyse des enjeux de notre société est maçonnique. En tant que Grand Maître National, je regarde donc l’actualité à travers le prisme de nos rituels qui nous invitent à toujours chercher là où la liberté, l’égalité et la fraternité font défaut. L’ambition, l’ignorance et le fanatisme déclenchent encore des comportements des plus indignes. Heureusement, la pratique maçonnique nous apprend à les dominer et à toujours garder le cap vers la mise en œuvre de l’utopie de justice sociale proclamée par les premiers articles de notre Constitution Internationale. Je suis enfin très sensible à l’une des phrases de notre chaine d’union qui propose de faire le serment de « toujours maintenir lumineuse et droite la flamme de l’amour unique et de l’esprit humain » face à un monde « où règnent la matière, la violence et le mensonge…».

Michel : La démarche maçonnique est souvent présentée comme duale avec d’un côté le parcours personnel et de l’autre, l’engagement dans la cité, partagez-vous cette présentation ?

A.P. : Tout à fait ! La pratique maçonnique du DROIT HUMAIN repose sur 2 piliers : l’un initiatique pour la compréhension et la construction de soi, et l’autre sociétal pour la construction d’un monde meilleur. Les articles de notre Constitution internationale sont clairs : le travail au progrès de l’Humanité est notre objectif. Le travail initiatique sur soi est notre méthode pour y parvenir.

Michel : En qualité de  femme, avez-vous, vous-même été victime de violences du simple fait de votre genre ?

A.P. : Non. J’ai eu la chance de pouvoir construire ma vie personnelle et professionnelle sans portes qui soient restées fermées lorsque je voulais les ouvrir. En revanche, lors de mon entrée dans le monde maçonnique, j’ai trouvé très choquant le fait que certaines portes soient fermées aux femmes à cause de leur chromosome XX. Il arrive encore que des frères voulant faire œuvre de galanterie appellent les sœurs « Madame » au lieu de « ma sœur ». Cela est d’une grande violence, insupportable de condescendance et de misogynie ! C’est pour cela que le DROIT HUMAIN est exemplaire : car l’égalité y est effective dans nos loges depuis 130 ans et le genre est une non-question. Notre pratique maçonnique forme ainsi les frères à vivre dans une parfaite égalité avec les femmes dans leur vie profane, et les sœurs à ne plus accepter, en qualité de citoyenne, de laisser une quelconque place au différentialisme d’un autre temps.

Michel : Comment vivez-vous les témoignages des violences faites aux femmes et la relative impunité dont bénéficient certains hommes ?

A.P. : Je vis très mal la grande impunité des violences des hommes envers les femmes. Justice doit être rendue !

Michel : Un débat divise les intellectuels français au sujet du « wokisme », quelle est votre opinion ?

A. P. : Le wokisme est un concept flou. Je comprends le « wokisme » comme un mouvement de pensée et de militance qui cherche à essentialiser certaines caractéristiques des individus (leur couleur de peau, leur genre, etc…). Il en fait une composante essentielle de leur identité pour expliquer les injustices qu’ils subissent à travers ce prisme et pour combattre ces injustices par une violence symbolique ou réelle contre d’autres personnes présentées comme discriminantes. C’est souvent réducteur, excluant, vindicatif, voire grotesque. C’est l’inverse de la démarche d’inclusion et d’universalisme que nous pratiquons au DROIT HUMAIN et qui se refuse absolument à essentialiser les individus via l’une ou l’autre de leur caractéristique. Je comprends aussi que les mouvements réactionnaires et liberticides instrumentalisent le terme de wokisme pour disqualifier d’un revers de main tout mouvement ou personne voulant mettre en lumière des injustices…

Michel : Dans la perception de la franc-maçonnerie par l’opinion publique française, quelle est, selon vous, la place des préjugés ?

A.P. : Elle est encore trop importante. Face aux complotistes de tout poil qui se donnent les moyens techniques et créatifs de diffuser massivement leurs âneries, c’est aux francs-maçons d’expliquer qui ils sont, ce qu’ils font et d’investir, avec plus d’énergie et de consistance, les espaces où l’opinion publique se forme : les réseaux sociaux, la presse…et d’aller davantage à la rencontre des citoyens. Les préjugés se lèvent aisément lorsque nos membres acceptent de se dévoiler dans leur entourage personnel, professionnel, associatif… La capacité et le courage de se dévoiler est le cœur de l’enjeu pour contrer les infox et les préjugés.

Michel : Y-a-t ’il un sujet que vous regrettez de ne pas être suffisamment pris en compte dans les thèmes de réflexions des loges ?

A. P. : Oui, l’ADN du DROIT HUMAIN ! Nos pionniers, les sujets qu’ils traitaient en loge et les chantiers militants sur lesquels ils œuvraient dans la société étaient courageux, iconoclastes, perturbateurs, transgressifs, empêcheurs de « maçonner en rond ». Il nous faut rester fidèles à cet héritage. Notre ADN doit rester vivace, nous en avons la légitimité et les ressources. Je serai chagrinée que certains de nos membres ne se sentent pas autorisés à déployer davantage cet ADN dans le choix de leurs travaux sociétaux. Notre Constitution internationale nous précise bien que nous ne nous imposons « aucune limite à la recherche de la vérité » ! Ne nous en privons pas !

Michel : Êtes-vous consciente du débat intergénérationnel qui existe parmi les maçons ?

A. P. : Évidemment, car l’intergénérationnel se vit au quotidien dans nos loges ! Leur capacité à réunir sur les mêmes colonnes autant de générations, de jeunes actifs aux vieux retraités, est remarquable pour bien réfléchir aux questions intergénérationnelles qui se posent dans notre société.

Michel : Quel est votre avis sur la place de plus en plus importante prise par l’Intelligence Artificielle ?

A. P. : Archimède aurait dit « Donnez-moi un point d’appui et avec un levier, je soulèverai le monde ». Si l’intelligence artificielle est sans conteste un levier impressionnant, la responsabilité des francs-maçons est de trouver le juste point d’appui pour que le monde change avec l’A.I. conformément à leurs idéaux de justice sociale. Cette question a de quoi provoquer de très nombreuses planches et riches débats en loge !

Michel : Cela m’amène à vous demander ce que vous pensez de l’évolution du transhumanisme ?

A. P. : Je répondrai exactement de la même manière avec Archimède !

Michel : Auriez-vous un message à transmettre aux lecteurs de 450.fm ?

A. P. : Aux francs-maçons d’autres obédiences, je dirais : dès la rentrée, visitez nos loges du DROIT HUMAIN, vous serez toujours les bienvenus pour construire et partager notre égrégore ! Pour les non-maçons, je dirais : ne soyez pas intimidés par la franc-maçonnerie, demandez simplement via notre site internet à rencontrer l’un de nos membres. La franc-maçonnerie est une société ouverte.

Interview réalisée par Michel pour 450.FM


Pour mieux connaître le Droit Humain Internationnal

L’histoire du Droit Humain International

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Alain Bréant
Alain Bréant
Médecin généraliste, orientation homéopathie acupuncture initié en 1979 dans la loge "La Voie Initiatique Universelle", à l'orient d'Orléans, du GODF Actuellement membre de la RL "Blaise Diagne" à l'orient de Dakar - GODF Auteur sous le pseudonyme de Matéo Simoita de : - "L'idéal maçonnique revisité - 1717- 2017" - Editions de l'oiseau - 2017 - "La loge maçonnique" - avec la participation de YaKaYaKa, dessinateur - Editions Hermésia - 2018 - "Emotions maçonniques " - Poèmes maçonniques à l'aune du Yi King - Editions Edilivre - 2021

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