jeu 08 décembre 2022 - 16:12

EXCLUSIF : Interview de Francis Wolff, professeur émérite de philosophie à l’ENS

Le week-end prochain se tient à Toulouse l’évènement maçonnique le plus important de l’année ! Le 7e Salon Maçonnique, organisé par l‘Institut Toulousain d’Études Maçonniques (ITEM).

Une conférence inaugurale E-X-C-E-P-T-I-O-N-N-E-L-L-E 

Au cœur de ville, samedi 26 novembre à 9 h 45, le salon ouvre avec une conférence plénière du philosophe de l’École normale supérieure (ENS) Francis Wolff, spécialiste reconnu de l’universalisme. Il traitera du sujet « La raison de l’Universel », thème issu des travaux que l’on retrouve dans son ouvrage Plaidoyer pour l’Universel (Hachette, Coll. Pluriel, 2021). Un texte lumineux contre le relativisme d’aujourd’hui.

Francis Wolff a bien voulu répondre à nos questions.

450.fm : Francis Wolff, vous êtes actuellement professeur émérite de philosophie à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm. Vos écrits rencontrent de plus en plus un écho plus que favorable parmi les francs-maçons. Pourquoi d’après-vous ?

Francis Wolff : Depuis une dizaines d’années, mon travail s’est progressivement recentré autour de la notion d’humanité: les vicissitudes de son histoire scientifique, politique et morale, et les remises en cause contemporaines qu’elle traverse. 

Ainsi, un de mes derniers livres (Plaidoyer pour l’universel) est sous-titré: Fonder l’humanisme. Je n’ignorais pas que cette notion est au centre de la réflexion des francs-maçons, mais ma recherche était purement philosophique, comme le suggère l’idée de « fondement » . 

Il me semble en effet que nous avons perdu tous les fondements traditionnels (un Dieu créateur qui aurait fait tous les hommes égaux à son image; une Nature généreuse qui nous aurait accordé les mêmes droits à tous et à chacun(e)) qui permettaient d’asseoir l’adhésion en l’humanisme: comment y croire encore à l’heure de l’antispécisme et du transhumanisme ? 

Je pense donc que les francs-maçons ont trouvé dans mes travaux de quoi alimenter leurs réflexions, discuter leurs convictions et chercher à en affermir les bases. C’est ce qu’on appelle « philosopher ». Je ne l’ai pas cherché, mais je m’en réjouis vivement.

450.fm : Comment « La raison de l’Universel », thème de votre conférence inaugurale du 7e Salon maçonnique de Toulouse s’inscrit-elle dans la thématique « Transmettre et reconstruire » ?

FW : J’ignore quel était le but des organisateurs en me faisant l’honneur de me confier cette conférence inaugurale. Ce que je peux vous dire, c’est que je ressens moi aussi cette double nécessité, de transmettre et de reconstruire. 

Transmettre le sens de l’humanité, c’est-à-dire non pas seulement l’enseigner ou l’expliquer verticalement, mais aussi le faire vivre horizontalement par le dialogue et l’argumentation. 

Reconstruire les valeurs universelles, à l’heure où elles sont remises en question, à droite comme à gauche: à droite avec la montée des nationalismes et des replis xénophobes, à gauche, avec la montée des revendications identitaires aux lieu et place des revendications égalitaires.

450.fm : Chez Fayard et toujours dans cette belle collection « Histoire de la pensée« , vous avez, en 2017, publié Trois utopies contemporaines. Dans cet opus, vous nous dites que nous avons perdu les deux repères qui permettaient autrefois de nous définir entre les dieux et les bêtes. Quels seraient selon-vous, dans notre période post Covid, les repères qui doivent jalonner la démarche de notre Humanité.

FW : Je ne vous cacherai pas que j’ai vu dans cette pandémie comme la confirmation de ce que j’avais écrit dans Trois utopies contemporaines et dans Plaidoyer pour l’universel. 

Nous avons avec les pandémies et les crises écologiques la preuve que les pires maux sont désormais globaux et qu’ils menacent l’humanité comme telle, ce qui rend un peu dérisoires tous les replis identitaires, même s’ils apparaissent comme un « sauve qui peut » généralisé. 

En outre, nous avons pu constater l’inanité des apologies naïves du « vivant » auxquelles on assiste depuis quelques années. Nous avons vu que tous les vivants ne se valent pas. Qu’est-ce que cette pandémie, sinon le fait qu’une espèce vivante ou se comportant comme telle (virus, bactérie), par son mode d’évolution, d’adaptation à son milieu, de reproduction indéfinie, de mutations permanentes, de création illimitée de variants, menace une autre espèce vivante (l’humanité). Il faut donc choisir entre les vivants. 

Ce sont deux des leçons du Covid.

Et pour répondre plus précisément à votre question, je vous propose trois repères qui sont pour moi la définition de l’humanisme et qu’il s’agit donc d’approfondir ou de fonder. Un : l’humanité est une communauté morale. Deux : l’humanité est la seule source de valeurs. Trois: tous les êtres humains ont une valeur égale.

Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Retraité, Yonnel Ghernaouti a fait l’essentiel de sa carrière dans une grande banque ancrée dans nos territoires. Petit-fils du compagnon de l’Union Compagnonnique des Devoirs Unis Pierre Reynal, dit « Corrézien la Fraternité », il s’est engagé depuis fort longtemps sur le sentier des sciences traditionnelles et des sociétés initiatiques. Chroniqueur littéraire et membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France, il collabore à de nombreux ouvrages liés à l’Art Royal et rédige des notes de lecture pour « La Chaîne d’Union », revue trimestrielle d'études maçonniques, philosophiques et symboliques du Grand Orient de France. Initiateur des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, il en est le Commissaire général.

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