mar 06 décembre 2022 - 19:12

Carcassonne. Une loge maçonnique sous le Premier Empire (1807-1815)

De notre confrère ladepeche.fr

La franc-maçonnerie, très effacée durant la Révolution, connut sous le Premier Empire un nouveau départ, matérialisé dans notre ville par les vestiges d’une loge.

Au début du XIXe siècle, le bastion Montmorency, dépourvu de tout rôle militaire, était la propriété du pharmacien Dominique Reboulh. Celui-ci loua une partie des pièces qu’il avait aménagées sur la terrasse du fortin à la loge Napoléon, fondée le 29 juin 1807. Après son adhésion à cet atelier, il lui concéda également une pièce de terre, pour l’entretien de laquelle des jardiniers de la préfecture furent initiés en qualité de « frères servants » ; de ce jardin fut tiré un feu d’artifice le 13 juin 1812.

D’importants aménagements

Pour ses séances ordinaires, la loge disposait donc d’une salle, que les frères aménagèrent avec beaucoup de soins et à grands frais. C’est ainsi que fut acquis un accessoire symbolique très utilisé dans les cérémonies, « l’étoile flamboyante », mais on fit également l’acquisition de 24 chaises, de bancs « à pliant », et que des gradins furent disposés suivant le rituel maçonnique. Par ailleurs, on commanda à Paris, chez le célèbre tapissier Réveillon, un papier peint « bleu céleste parsemé d’étoiles argent fin avec draperies et bordures », puis un deuxième papier, imitant la pierre de taille, pour le vestibule. Ces divers achats grevèrent le budget de la loge, dont les finances ne furent jamais saines.

Plus mystérieuse aujourd’hui, la « salle du milieu », une salle souterraine de 6,60 mètres sur 8 mètres, est couverte d’une voûte en berceau, peinte comme les parois en noir avec parfois des larmes blanches, et ne reçoit pas la lumière du jour. Diverses illustrations macabres y sont toujours visibles, parfois séparées par un compas posé sur une équerre : un hibou sur une souche évoque la tristesse et la mort, un squelette dont le bras gauche s’appuie sur une faux est accompagné d’une tête de mort, une frise comporte neuf crânes séparés par des tibias entrecroisés, enfin une tête de mort est également surlignée de deux tibias. Plusieurs inscriptions en partie effacées qui complètent ces peintures tournent manifestement autour du thème de la mort, de la nécessité de mourir, puis de ressusciter pour avoir accès à la révélation.

La légende d’Hiram

En complément de ce qui précède, une scène toujours en blanc sur fond noir évoque la découverte du corps d’Hiram, l’architecte du temple de Salomon, tué par ses compagnons, le récit des péripéties de ce meurtre servant de support aux rites initiatiques des francs-maçons. La hiérarchie maçonnique comportait en effet trois grades, apprenti, compagnon, maître, et c’est au cours de la séance d’initiation au grade de maître que se trouvait évoquée la légende d’Hiram, dans la « salle du milieu » tendue de noir et plongée dans une obscurité quasi-totale.

Dès lors, pour Pierre Costeplane, c’est le rôle de « salle du milieu » qu’a joué cette cave au début du XIXe siècle, ce qui explique les inscriptions, la décoration macabre ainsi que les divers symboles dont elle fut dotée.Costeplane (P.), La loge maçonnique du bastion Montmorency, Bull. Sesa, 1975.Nous remercions pour sa compréhension le personnel de l’Ephad Korian.

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