mar 06 décembre 2022 - 11:12

Les Cahiers Bathilde Vérité N°1

Hermès ou la fortune d’un nom-Du Dieu malin au grand initié

Travaux de la Loge Nationale de Recherche de la Grande Loge Féminine de France

Édition Numérilivre, 2022, 128 pages, 15 €

Ce premier cahier, qui avec sa couverture blanche, immaculée et lumineuse, synonyme de pureté, d’innocence, de paix, de sagesse mais aussi de simplicité et de sobriété, est mise en valeur grâce à la symbolique de l’illustration que nous devons à Françoise Sabadell, Vénérable Maître de la Loge Nationale de Recherche Bathilde Vérité N°1, est une sorte de cadeau offert à toutes les Sœurs à l’occasion de l’anniversaire de l’Obédience.

Françoise Sabadell, dans le paysage maçonnique français, n’est pas une inconnue. Certains s’en souviennent, en 2015, au 13e Salon Maçonnique du Livre de l’Institut Maçonnique de France, à La Bellevilloise à Paris, elle avait animé une table ronde sur « Les femmes en franc-maçonnerie » et, en 2016, une autre sur « Des rites et des ‘’Hommes’’ ». Et plus près de nous, en 2021, au 12e Salon Lyonnais du Livre Maçonnique dont le thème était « La Franc-Maçonnerie, une tradition futuriste » Françoise Sabadell avait participé à la table ronde « Tradition et progrès : affrontement ou enrichissement mutuel ».

Illustration de notre TCS Françoise Sabadell

L’illustration de la première de couverture aiguise notre sagacité et suscite tout notre intérêt puisqu’elle comporte, à bien y regarder, moult emblèmes alchimiques.

Mis en scène par des légendes, contes et récits, l’arbre – central, véritable pilier et axe du monde – l’arbre – aux branches chargées de Soleil, Lune et d’étoiles – joue les intermédiaires entre les mondes souterrains, terrestre et célestes et nous transmet comme pouvoirs la force, la sagesse aussi accompagnée d’une certaine idée de l’immortalité.

Les 4 éléments

De la science d’Hermès, y sont figurés les quatre éléments que sont le Feu, Air – deux têtes avec un mouvement respiratoire produisant du souffle –, Eau – deux flaques de part et d ‘autre de l’arbre –, Terre et leurs représentations symboliques simplifiées à base de triangles équilatéraux – triangles dont Platon avait exalté la beauté mystique. L’alchimie étant le domaine des symboles –

Tableau alchimique

reçus d’antiques traditions issues de la Mésopotamie, de l’Assyrie, de la Perse, de l’Egypte et même la Chine ou l’Inde – il nous faut les trois principes métalliques : le soufre , le mercure , le sel que nous trouvons sous forme florale, à droite de l’arbre.

Sceau GLFF
Sceau GLFF

Mais revenons sur la Grande Loge Féminine de France (GLFF). Créée en 1945, l’Union maçonnique féminine de France devient officiellement, en 1952, la Grande Loge Féminine de France. Et c’est en 1959 que le Rite Écossais Ancien et Accepté devient le rite de l’obédience en remplacement du Rite d’Adoption. Pour mémoire, souvenons-nous que dès 1774, des Loges féminines, appelées Loges d’Adoption, existent sous l’égide de loges masculines du Grand Orient de France.

Catherine Lyautey, Grande Maîtresse

La GLFF compte aujourd’hui près de 14 000 Sœurs et est forte de 452 Loges réparties en France métropolitaine mais aussi en Outre-Mer, dans l’Océan indien, le Moyen Orient et les continents africain et européen (4 continents et 20 pays). Depuis 2021 elle est présidée par Catherine Lyautey.

Depuis 77 ans donc, la GLFF permet l’émancipation, le perfectionnement et l’autonomie des femmes qui se rassemblent autour des valeurs de la République : Liberté, Égalité, Fraternité. Connue pour le sérieux de ses commissions nationales – Droits des Femmes, Histoire et de Recherches Maçonniques, Laïcité, Éthique et Bioéthique – la GLFF qui œuvre aussi auprès des instances européennes avec l’Institut Maçonnique Européen (IME) a un double objet : la démarche initiatique et spirituelle d’une part, la défense des droits des femmes et de la laïcité d’autre part. Prônant toujours la promotion de valeurs de progrès.

Louise Thérèse d’Orléans, Duchesse de Bourbon par Louis-Michel van Loo, Musée des Beaux-Arts, Narbonne

Sur le plan littéraire, nous lui devons la belle collection Voix d’Initiées qui permet déjà de faire connaître et de porter les réflexions et les travaux des membres de l’obédience (ouvrages disponible sur www.conform-edition.com). Collection récompensée en 2012, dès son deuxième livre,  par un prix littéraire de l’Institut Maçonnique de France (IMF), en catégorie Essais, pour Cris, révoltes et dévoilements – Des violences faites aux femmes (Éd. Conform, 2012). Les violences faites aux femmes furent la Grande Cause Nationale de l’année 2010. Une juste récompense pour un ouvrage qui fut réédité et complétée par le rapport de la Commission des DDF au Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (Cedaw) en 2014.

Désormais, la GLFF publie Les Cahiers Bathilde Vérité. Un premier numéro de belle facture.

Après une préface de la grande maîtresse. Qui évoque. Le passé est donc l’origine. De la loge nationale de recherche. Qui fut acceptée par un vote au Convent en 2019 de la GMF. Marie-Dominique Massoni, première Vénérable Maîtresse de cette Respectable Loge, en donne la thématique « Sous le signe d’Hermès et l’égide de Bathilde ». Nos sœurs « ont décidé d’approcher les origines et les évolutions du légendaire liées à Hermès et à Todd réunis à Alexandrie ».

Signature de Louise Marie Thérèse Bathilde d’Orléans

En 16 chapitres, Les Cahiers Bathilde Vérité nous offre un fabuleux et merveilleux voyage. À commencer par plusieurs textes qui décrivent le profil d’Hermès.

Hermès Trismegiste

Dont un, plus particulièrement, qui raconte l’histoire de sa prime enfance, un hymne homérique à Hermès. Pour beaucoup, ce cahier permet de découvrir des aspects méconnus de la vie d’Hermès, que les Grecs ont désigné sous le nom d’Hermès trismégiste (Hermès trois fois grand), dieu lunaire des Égyptiens Thot qui, dans l’Égypte antique était essentiellement le dieu de l’écriture et le scribe des dieux au savoir illimité. La civilisation gréco-égyptienne, développée sous les Ptolémées, attribua une extrême importance à Hermès Trismégiste.

Représentation d’Hermès Trismégiste tiré de Viridarium chymicum, D. Stolcius von Stolcenbeerg, 1624

Sous l’influence des idées évhéméristes, néoplatoniciens et chrétiens le regardèrent comme un ancien roi d’Égypte, inventeur de toutes les sciences, dont il aurait enfermé les secrets dans des livres mystérieux. Avec la Tabula Smaragdina , la Table d’émeraude, qui reste, encore aujourd’hui, un des textes les plus célèbres de la littérature alchimique et hermétique.

Hermes mercurius Trismegistus, cathédrale de Sienne

Ne voit-on aps apparaître, à partir du IIIe ou du IIe siècle av. J.-C., apparaître dans l’Égypte hellénistique des textes grecs attribués au personnage mythique d’Hermès Trismégiste, détenteur de toutes les connaissances, et regroupant un ensemble hétéroclite de textes (les Hermetica) à caractère parfois alchimique, mais aussi magique, astrologique ou médicinal, qui culmine avec les traités mystico-philosophiques du Corpus Hermeticum

La Table d’émeraude gravée sur un rocher dans une édition de l’Amphitheatrum Sapientiae Eternae (1610) de l’alchimiste allemand Heinrich Khunrath.

Ces premiers Cahiers nous invite même à y lire une traduction de ce texte emblématique à travers la traduction d’Hortulain. Étant un texte difficile à comprendre pour les non-initiés, Hortulain, mystérieux alchimiste du XIVe siècle, proposa une explication à travers son célèbre commentaire. C’est ainsi que l’auteur partagea son interprétation détaillée des formules allégoriques présentes dans la Table d’émeraude : « Moi donc Hortulain, c’est-à-dire jardinier, ainsi appelé à cause des jardins maritimes, indigne d’être appelé disciple de philosophie, étant ému par l’amitié que je porte à mes très chers, j’ai voulu mettre en écrit la déclaration et explication certaine des paroles d’Hermès, père des philosophes, quoi qu’elles soient obscures ; et déclarer sincèrement toute la pratique de la véritable œuvre. »

Enfin, la question se pose de savoir qui était Bathilde Vérité, nom choisi par la Loge Nationale de Recherche. Louise Marie Thérèse Bathilde d’Orléans (1750-1822), duchesse de Bourbon et princesse de Condé, princesse du sang – fille du duc d’Orléans, femme de Louis-Joseph de Bourbon prince de Condé et mère du duc d’Enghien –, se découvre animée d’une foi en la République, comme son frère, Philippe Égalité et prend le nom de « citoyenne Vérité ». Menacée, elle offre ses biens à la République avant de se les voir confisquer. Miraculeusement réchappée de la Terreur, Bathilde d’Orléans est libérée après Thermidor et retourne s’installer au palais de l’Élysée.

En historienne reconnue, Françoise Moreillon est sans doute la Sœur qui en parle mieux. Extrait « Des femmes remarquables»dans La Chaîne d’Union 2014/1 (N° 67, p. 46 à 53) 

: « … La duchesse de Bourbon trouve dans la franc-maçonnerie, un milieu qui répond à ses aspirations sociales et spirituelles. La date et le lieu de l’acceptation de la duchesse de Bourbon dans la franc -maçonnerie n’est pas connue mais le registre de la Loge d’Adoption de La Candeur révèle qu’elle est une franc-maçonne active au moins de 1775 à 1785. Grande Maîtresse de toutes les Loges d’Adoption de France, la princesse Bathilde est aussi Grande Maîtresse de la loge La Candeur et son titre n’est pas seulement honorifique.

C’est entre ses mains que le 5 février 1778 la Comtesse Jules de Rochechouart prête son obligation et qu’elle est reçue au nombre des sœurs de la Loge de La Candeur. Le 22 avril 1779, elle se comporte de façon exemplaire en ne consentant à prendre connaissance du grade de Maçonne Parfaite, qu’après en avoir, elle-même, subi les épreuves, comme une simple maîtresse.

Elle qui a toujours souhaité, « qu’il n’y ait entre les hommes que les distinctions que doivent établir la vertu, l’esprit, les talents et l’instruction et que les lois répriment les fortunes considérables » vient goûter en loge au bonheur de l’égalité.

Bathilde Vérité, gravure de Pierre Adrien Le Beau (1774)

Elle qui refuse les dogmes et qui prêche le détachement à l’égard des autorités religieuses, la prière du cœur et l’oraison continuelle apprend dans ce lieu clos, à agir en référence à sa seule conscience.

La loge est pour les femmes comme pour les hommes un lieu privilégié en cohérence avec une époque où l’on prône l’égalité naturelle entre les êtres humains et où l’on rêve de régénérer le monde par la quête des vertus. Comme d’autres femmes instruites, la duchesse de Bourbon a trouvé dans la franc-maçonnerie, un milieu qui répondait à ses aspirations sociales et spirituelles… »

« Bathilde Vérité- La duchesse de Bourbon, citoyen Vérité », cours donné au Campus maçonnique le 8 juin 2021 par Françoise Moreillon – travail nourri des contributions de cinq autres sœurs –, conclut l’ouvrage.

Un premier Cahier qui laisse augurer d’une future livraison, en 2023, riche et intense. Un

incontournable à posséder dans sa bibliothèque.

Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Retraité, Yonnel Ghernaouti a fait l’essentiel de sa carrière dans une grande banque ancrée dans nos territoires. Petit-fils du compagnon de l’Union Compagnonnique des Devoirs Unis Pierre Reynal, dit « Corrézien la Fraternité », il s’est engagé depuis fort longtemps sur le sentier des sciences traditionnelles et des sociétés initiatiques. Chroniqueur littéraire et membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France, il collabore à de nombreux ouvrages liés à l’Art Royal et rédige des notes de lecture pour « La Chaîne d’Union », revue trimestrielle d'études maçonniques, philosophiques et symboliques du Grand Orient de France. Initiateur des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, il en est le Commissaire général.

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