lun 08 août 2022 - 16:08

Le prêtre lyonnais, persuadé d’être le successeur du prophète

De nos confrères tribunedelyon.fr et journal-d-une-demonologue.fr

En 1876, un prêtre au passé trouble se rend à Lyon, persuadé d’être le successeur du prophète Eugène Vintras. L’abbé Boullan se croyait en effet investi d’une mission divine visant à combattre le mal par des pratiques peu conventionnelles.

L’histoire commence en 1824, lorsque Joseph-Antoine Boullan naît à Saint-Porquier, un petit village du Tarn-et-Garonne. Peu d’éléments de son enfance sont connus hormis celui de son engagement précoce dans la voie religieuse. Après de brillantes études au séminaire de Montauban, le jeune homme est envoyé à Rome pour passer un doctorat en théologie.

Là-bas, il fera partie de la Congrégation du Précieux-Sang, où il s’imposera des flagellations sanglantes afin de « faire pénitence pour le peuple ». De retour en France, Joseph-Antoine Boullan s’installe dans le couvent alsacien des Trois-Épis. Profondément intéressé par les études mystiques et le néo-spiritualisme, le jeune homme se passionne pour les faits surnaturels.

En 1853, il s’attelle à la traduction de La Vie divine de la Sainte-Vierge, un exercice qu’il reproduira à maintes reprises avec la publication d’autres œuvres pieuses une fois installé à Paris. Jusque-là, peu d’éléments vont à l’encontre de ce prêtre semble-t-il dévoué à « souffrir pour les autres ». Mais le caractère pervers de ses pratiques se révélera lorsqu’il fondera la congrégation religieuse de l’Œuvre de la Réparation.

Exorcisme et hosties sanglantes

Joseph-Antoine Boullan

Régulièrement sollicité pour exorciser les bonnes sœurs souffrant de troubles psychiques, l’abbé Boullan entre en lien avec Adèle Chevalier, une religieuse frappée de cécité qui recouvra miraculeusement la vue après s’être rendue au sanctuaire alpin de La Salette. Ensemble, ils fondent l’Œuvre de la Réparation dans la ville de Sèvres en 1859, dans laquelle ils entretiennent une liaison secrète.

Autorisée provisoirement par l’évêque de Versailles, la congrégation se fait toutefois vite remarquer. Afin « d’exorciser le mal », Joseph-Antoine Boullan et Adèle Chevalier s’adonnent à des pratiques infâmes auprès des religieuses. Il fut rapporté que le prêtre crachait dans la bouche de celles-ci, qu’il leur faisait boire son urine et les badigeonnait de cataplasmes à base de matières fécales « afin de les soigner ».

Le prêtre menait des rituels d’amour et de gloire, dans lesquels il fallait se frotter nu en groupe. Il délivrait également des « hosties sanglantes » qui suintaient le sang.

Des accusations d’escroqueries

Par-delà ces pratiques jugées satanistes, Adèle Chevalier et Joseph-Antoine Boullan sont accusés d’escroquerie. Le couple recevait de l’argent de religieux voulant s’attirer les faveurs de la Sainte Vierge. À l’issue de ces révélations, ils furent tous deux condamnés à trois ans de prison.

Plus sordide encore, une rumeur raconte que l’abbé Boullan aurait fait disparaître l’enfant né de son union cachée avec Adèle Chevalier. Les pratiques hérétiques de l’abbé Boullan conduisirent à son éviction de l’Église en 1875 et à l’arrêt des Annales de la Sainteté, une revue pieuse dont il était le rédacteur en chef. 

Usurpation de prophétie

C’est à la suite de ce bannissement que l’abbé Boullan s’intéressa à la doctrine d’Eugène Vintras, le soi-disant prophète Élie et fondateur de l’Œuvre de la Miséricorde. « Mon dessein est d’aller à Lyon, le principal but de ce voyage est d’étudier de plus en plus profondément la mission d’Élie », écrira-t-il dans une lettre adressée à la congrégation lyonnaise. Le prêtre déchu débarque à Lyon le 20 février 1876.

À la mort d’Eugène Vintras, Joseph-Antoine Boullan se déclare comme son successeur, une affirmation vite rejetée par la communauté du prophète. Qu’importe, l’abbé Boullan persiste dans sa foi en créant le Carmel d’Élie. En parallèle, il continue de « guérir les possédés » en compagnie de Madame Thibault, une voyante avec qui il habite dans un immeuble rue de la Martinière.

Une mort sur-médiatisée

Considéré comme « sorcier et fauteur d’une secte immonde » dans le milieu de l’occultisme, l’abbé Boullan se déclara comme martyr, persuadé qu’on lui voulait du mal. Quelques jours avant sa mort le 4 janvier 1893, le vieil homme confia à ses proches qu’il allait mourir, convaincu que le célèbre occultiste Stanislas de Guaita l’avait envoûté.

L’histoire de sa mort à la suite d’un mal mystérieux fit couler beaucoup d’encre. Selon Nicolas Le Breton, spécialiste des « histoires décalées » lyonnaises, ce qui a rendu cette affaire célèbre, c’est le « barouf médiatique  » qui s’en est suivi entre les rares défenseurs de l’abbé et ses détracteurs.

L’histoire obscure de l’abbé inspira l’auteur Joris-Karl Huysmans qui raconte les faits dans son roman de 1891 intitulé Là-bas. Quant aux hosties sanglantes du prêtre, l’écrivain les aurait récupérées et envoyées au Vatican, où elles seraient, encore aujourd’hui, conservées.

Biographie de l’abbé Boullan

Il y aurait beaucoup à dire sur ce personnage singulier. Je vais tenter d’être la plus brève possible.

Joseph-Antoine Boullan, connu sous le nom de l’Abbé Boullan, est un prêtre français du XIXe siècle, né à Saint-Porquier le 18 février 1824 et mort à Lyon le 4 janvier 1893. Pourquoi parler de lui ? Parce qu’il fut condamné pour satanisme, ce qui n’est pas banal pour un prêtre. De plus, son histoire est plutôt bizarre.

Joseph-Antoine Boullan fit de brillantes études au séminaire de Montauban et fut ordonné prêtre le 23 septembre 1848 puis vicaire de la paroisse Saint-Jean toujours à Montauban pendant deux ans.

Puis, il se rendit à Rome où il obtint son doctorat en théologie. En Italie, il fit partie des missionnaires du Précieux Sang et prêcha plusieurs missions avant de revenir dans son pays natal où il est nommé supérieur de la maison que la congrégation possédait aux Trois-Épis, près de Turckheim, en Alsace.

L’Abbé Boullan s’intéressait beaucoup aux choses de l’occulte et publia un premier ouvrage, en 1853, une traduction de la « Vie Divine de la Sainte-Vierge », extrait du livre de la « Cité Mystique » écrit par Marie d’Agreda.

Les sectes sataniques mises au grand jour

Courant XIXe, le satanisme était à la mode, mais très caché. Le grand public n’en savait rien et était loin de se douter de ce qu’il se tramait derrière leur dos.

Pourtant, la presse parlait de cas d’envoûtements, de messes noires célébrées, de maniaques du sacrilège, d’hommes se donnant à Satan par des rites bestiaux… De nombreux documents attestent ces faits et encore de nos jours, il y a des choses comme cela qui se passent dans le monde entier.

Mais, à l’époque de l’abbé Boullan, tout cela fit scandale, notamment avec la sortie du livre de Huysmans « Là-bas » qui raconta les effroyables rites sataniques du passé et du présent.

Ce livre fut publié en 1890 et mit au grand jour l’horreur de la banalité qui se perpétrait partout, les sacrilèges faits en l’honneur de Satan, les obscénités des messes noires.

Huysmans présente de nombreux documents, des grimoires, des pièces authentiques des procès de sorcellerie, des documents précis… Il se documenta sur la magie moderne chez des occultes et des spirites. Au départ sceptique, il assista aux séances de spirites, mais son scepticisme s’évanouit très vite : il ne pouvait continuer à nier à l’existence en des forces obscures devant des faits incontestables de matérialisations, de lévitation d’objets…

Huysmans connaissait un certain M. François, qui travaillait au Ministère de la Guerre et qui était un médium. Les deux hommes ont fait des évocations dans l’appartement de l’auteur de la rue de Sèvres et ont assisté à des faits troublants, comme la matérialisation du Général Boulanger mort en 1891.

De toutes ces expériences, Huysmans fut persuadé que quelque chose, une intelligence étrangère, existait.

Enfin, un astrologue parisien, Eugène Ledos et l’abbé Boullan achevèrent de le documenter sur le Satanisme moderne.

Nous avons retrouvé une correspondance entre Huysmans et Boullan dans laquelle l’auteur lui demandait son concours pour achever son ouvrage. Boullan répondit qu’il l’aiderait. Cette correspondance volumineuse date du 6 février 1890 au 4 janvier 1893, date de la mort de l’abbé Boullan.

Mais revenons à l’ouvrage « Là-bas », qui est en fait une défense en règle du surnaturel basé sur des faits, les uns purement historiques se rapportant à la sorcellerie du moyen âge et les autres des faits se rapportant au satanisme moderne.

Pour Huysmans, les spirites, les occultistes, les rose-croix, à force d’invoquer des larves, car ne peuvent attirer les anges, finissent par amener des esprits maléfiques dans notre monde et donc, sans même sans rendre compte, tombent dans le satanisme.

L’auteur raconte que des messes noires sont célébrées partout en France. Il prend l’exemple de ce chanoine, appelé Docre, officiant dans les environs du Gand, qui s’était fait tatouer, sous la plante des pieds, l’image de la croix, pour toujours marcher sur le Sauveur et qui entretenait des souris blanches nourries avec des hosties consacrées et du poisson. L’incubât et le succubat étaient fréquents dans les cloîtres. D’ailleurs, l’armée de Satan se recrutait surtout dans le sacerdoce.

Alors oui, la vérité fait mal, car Huysmans affirme que de nombreux satanistes appartiennent à l’Église.

Oui, des messes noires se faisaient dans des temples, des locaux hermétiquement fermés, et les fidèles étaient liés au secret absolu de ces pratiques.

Et dans son ouvrage, on trouve l’abbé Boullan, que l’auteur met en opposition au chanoine Docre. L’abbé Boullan y est présenté comme un docteur, un savant, un homme très intelligent, qui a dirigé la seule revue mystique de Paris, un théologien reconnu, un maître de la jurisprudence divine. Mais, ses exorcismes, son combat contre le mal, ses luttes contre les incubes qu’il allait combattre dans les couvents le perdirent.

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