ven 09 décembre 2022 - 11:12

III- Les Arts libéraux, le quadrivium

Quatre disciplines, formant un corpus scientifique, constituent le quadrivium : la géométrie, l’arithmétique, l’astronomie et la musique.

La Géométrie

Terrae mensuras per multas dirigo curas (Avec précision, je mesure la terre). À tout seigneur, tout honneur. C’est pourquoi ce sujet fera l’objet d’un article à part entière sous le nom de «Propos sur la géométrie»; à paraître la semaine prochaine.

L’Arithmétique

Ex numeris consto, quorum discrimina monstro (J’ai confiance dans les chiffres et je montre comment ils sont liés les uns aux autres).

L’Arithmétique est la science des nombres, de leurs relations, de leurs propriétés. On y fait entrer aussi, habituellement, quelques applications pratiques grâce aux quatre opérations : addition, soustraction, division, multiplication. Les «chiffres», les caractères, les marques, les signes calligraphiques servant à écrire les nombres ont une histoire universelle. Toutes les sociétés, de la préhistoire à l’ère des ordinateurs, ont essayé de représenter les quantités et les ordres, autrement dit les nombres. Le passage du nombre à la mesure posa la question du choix de l’unité de cette mesure.

À la valeur réelle de quantité des nombres, doit s’ajouter leur considération symbolique, leur caractère secret, ésotérique que les gnoses, en particulier celles hébraïque, grecque et islamique, approfondissent pour approcher la connaissance du monde.

La réduction théosophique consiste à réduire tous les nombres formés de plusieurs chiffres en un nombre d’un seul chiffre (de 1 à 9), et cela en additionnant les nombres qui les composent jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un. Soit le nombre 86, qui donne 8 + 6  = 14 et 1 + 4 = 5.

L’addition théosophique consiste à additionner arithmétiquement tous les nombres depuis l’Unité jusqu’à lui-même. Une formule permet de retrouver sa valeur : N (N+1)/2, où N est le nombre.

La valeur secrète d’un nombre est l’application de la réduction théosophique sur la valeur de l’addition théosophique.

86 a comme Réduction théosophique 5, son  addition théosophique est  3741, et sa Valeur secrète 6.

Le calcul théosophique ouvre les gangues sémantiques que sont les mots pour trouver l’en-ça avec sa valeur développée puis réduite, dans un mouvement d’apparition et de retrait, de voilement et de dévoilement de l’unité. Les valeurs secrètes des nombres  de 1 à N suivent une séquence qui se répète à l’identique «136163199» permettant des tracés géométriques selon les angles des segments les uns par rapport aux autres.

L’Astronomie

Ex astris nomen traho, per quae discitur présage (Je dois mon nom aux corps célestes et je prédis l’avenir).

«Remonter des ombres à la lumière qui les induit et de celle-ci à sa source unique, voilà une leçon de Platon, quand il parle de la connaissance. Il ne s’agit pas d’image poétique, mais du geste quotidien des astronomes.» (Michel Serres)

L’astronomie est la science qui a pour objet la connaissance des astres et des lois qui règlent leurs mouvements. Quand elle est purement descriptive, elle prend le nom d’uranographie(ciel) ou de cosmographie(monde). L’astronomie est l’une des quatre disciplines du Quadrivium, part scientifique de l’ensemble des sept Arts libéraux. «L’astronomie a été la seule approche possible de la mesure du temps et les astres par lesquels on mesura l’écoulement de l’abstraction font varier la lumière en fonction de leurs positions successives. Prendre en compte les jeux intentionnels de lumière dans une construction sacrée relèverait évidemment des questions d’orientation»

On attribue aux Chaldéens les premières notions de l’astronomie qui, à l’origine, ne se séparaient pas de l’astrologie. Leurs observations se rapportent surtout aux mouvements des constellations ainsi qu’à la marche du soleil et aux phases de la lune. On avait remarqué que le soleil, la lune et les planètes alors connues ne s’écartaient jamais dans leurs mouvements, dans un espace circonscrit ; cette observation donna l’idée de cette zone idéale, nommée Zodiaque, et de sa division en 12 signes.

Les égyptiens avaient des connaissances d’astronomie, ainsi que le prouvent l’orientation de leurs pyramides et leur zodiaque. Les Chinois se vantent de posséder dans leurs annales les observations astronomiques les plus anciennes.

L’histoire de l’astronomie ne commence, en Occident, que vers 600 av. J.-C. D’après la tradition, Thalès enseigna la sphéricité de la terre, l’obliquité de l’écliptique et expliqua les causes des éclipses. Vers la même époque, Pythagore devinait la rotation de la terre sur son axe et sa révolution annuelle autour du soleil qu’il plaçait au centre du monde. Cette période de découverte se poursuit avec Pythéas qui observa la longueur du méridien au solstice d’été, à l’aide d’un gnomon comme le fait Ératosthène (en 230 av. notre ère) pour calculer la circonférence de la Terre. C’est à l’aide d’un obélisque, en l’occurrence le phare d’Alexandrie, construit vers 300 av.J-C. qui en remplit le rôle, qu’Ératosthène calcule la première estimation de la circonférence terrestre. Ératosthène sait qu’à Syène – aujourd’hui Assouan en Égypte – le jour du solstice d’été, à midi, les rayons solaires tombent verticalement par rapport au sol parce qu’ils  éclairent un puits jusqu’à son fond. Au même moment à Alexandrie, ville située à peu près sur le même méridien mais plus au nord, le Soleil n’est pas au zénith. L’obélisque de cette ville y projette en effet vers le Nord une ombre bien mesurable. Avec la verticale du lieu, (la hauteur du phare), la longueur de l’ombre de l’obélisque permet de connaître l’angle que fait la direction du Soleil et par là même de déterminer celui que fait les deux villes à partir du centre de la Terre. Pour en déduire la valeur de toute la circonférence terrestre, il suffit à Ératosthène d’estimer la distance séparant les deux villes. On comptait alors 5000 stades et le calcul  de proportionnalité, avec un angle de 7 degrés et un stade de 157 mètres, donne au calcul 40349 km à comparer avec les 40074 actuellement mesurés.

À dater de la fondation de l’école d’Alexandrie, l’astronomie prit une forme plus rigoureuse ; les observations se firent alors au moyen d’instruments ingénieux propres à mesurer les angles, et les calculs s’exécutèrent à l’aide des méthodes trigonométriques. Hipparque, en 160 av. J.-C., inventa l’astrolabe, détermina la durée de l’année tropique, forma les premières tables du soleil, fixa la durée des révolutions de la lune relativement aux étoiles et à la terre, et découvrit la précession des équinoxes.

Le Ciel constitue donc bien l’archétype des archétypes, le symbole majeur où se rassemblent, s’organisent et s’expliquent tous les êtres et les choses de l’univers d’ici-bas. Pour Aristote, l’astrologie  est «la plus propre et la plus intime philosophie des sciences mathématiques; car elle fait la théorie de l’être à la fois sensible et éternel, tandis que les autres de ces études ne s’occupent point des êtres mais seulement de la géométrie ou des nombres». Le ciel est le modèle gigantesque du nombre et de l’ordre, comme l’avait bien vu, avant Képler, les Pythagoriciens. C’est le lieu métaphysique par excellence, le réservoir de la Toute Puissance par son élévation exemplaire, le modèle de toute intelligibilité par son ordre exemplaire, le lieu de maîtrise divine sur les destinées et les évènements. Képler pensait que le nombre des planètes et leur disposition n’étaient pas arbitraires, mais une manifestation de la volonté de Dieu. Il avait encastré les planètes connues à l’époque dans les 5 solides parfaits de Pythagore (dits platoniciens). Le modèle proposé figure dans son ouvrage de 1596 Le Mystère cosmique : Terre en icosaèdre, Vénus en octaèdre, Mars en dodécaèdre, Jupiter en tétraèdre,  Saturne en cube.

L’orientation du temple maçonnique, la place des officiers représentent le modèle d’une cosmographie sacrée.

Consulter l’article d’Émile Namer sur l’histoire de l’astronomie : Science  et astrologie au début du XVIIe siècle.

Et l’ouvrage de l’abbé Halma Table chronologique des règnes, … 

Et l’ouvrage de l’abbé Halma Table chronologique des règnes, … .

Pour essayer de comprendre l’infinie complexité du cosmos, rendez -vous et prenez le temps sur le site de l’astrophysicien Aurélien Barrau : Des particules au cosmos.

Ou encore regarder la vidéo très didactique sur La Théorie du Big bang 

La Musique

Musica sum late doctrix artis variate (Je suis la musique et j’enseigne mon art à l’aide de divers instruments).

Les Anciens considéraient la musique comme la force qui sous-tend l’univers, musique de la vibration des sphères et des rapports entre elles qui régit le cours des astres.

Si les mots sont le langage de l’esprit, la musique est le langage de l’âme.

«Il faut, en maçonnerie, rendre la vertu aimable par l’attrait des plaisirs innocents, d’une musique agréable, d’une joie pure, et d’une gaieté raisonnable» (Ramsay).

La musique est l’art de combiner les sons d’une manière agréable à l’oreille. Les éléments essentiels de la musique sont la mélodie et le rythme, auxquels il faut joindre le timbre et l’accentuation, enfin l’harmonie qui fixe la simultanéité des sons.

Aristote consacre une bonne partie du dernier livre conservé de sa Politique (VIII, 5-7) à l’éducation musicale. La musique, selon lui, peut avoir une influence sur le comportement, sur le développement du caractère, sur les dispositions morales, ce que les Grecs appellent l’êthos, de même qu’elle peut avoir une action sur l’âme, la psyché. (à partir de la p. 106, Exercices de mythologie par Philippe Borgeaud, éd. Labor Et fides, 2004).

Pythagore, Platon donnaient au mot musique une acception beaucoup plus étendue que celle que nous lui donnons aujourd’hui. Ils distinguaient une musique théorique ou contemplative et une musique active ou pratique. À la première ils rapportaient l’astronomie (l’harmonie du monde),  l’arithmétique (l’harmonie des nombres), l’harmonique (traitant des sons, des intervalles, des systèmes), la rythmique (traitant des mouvements), et la métrique (la prosodie). La deuxième comprenait la mélopée (art de créer des mélodies), la rythmopée (art de la mesure et de la poésie). La musique est un exercice arithmétique secret et toute personne qui s’y adonne ne réalise pas qu’il manipule des nombres (Leibniz, 1712).

Musikê était à la fois l’approche scientifique, physique et mathématique, des sons et l’art issu des Muses. Rappelons que la première demande que fit Pythagore au Sénat de Crotone, était de bâtir un Temple aux Muses, comme symboles de l’harmonie qui devait présider à tout groupe social.

Les Hébreux cultivèrent de bonne heure la musique et le chant, témoins les cantiques de Moïse, les trompettes de Jéricho, la harpe de David, etc. La musique était intimement liée à toutes leurs cérémonies religieuses.

Les Romains ne commencèrent à s’occuper de la composition musicale que sous le règne d’Auguste.

Les premiers Chrétiens imitèrent les Juifs sous ce rapport ; de là l’origine du plain-chant créé au IVe siècle par Saint Ambroise et qui est comme un reflet de la musique des Anciens. Jusqu’au XIe siècle il n’y eut guère d’autre musique écrite que les chants d’église. À cette époque, l’invention de la gamme, ou échelle musicale, due au bénédictin Gui d’Arezzo, et celle du contrepoint donnèrent naissance à la musique moderne. C’est avec la connaissance de la musique, c’est-à-dire l’harmonie des sons et la beauté des rythmes que le compagnon règle sa conduite afin de tendre vers la véritable sagesse. «S’il y a une portée, elle doit bien porter quelque chose et s’il y a des clefs, elles doivent bien ouvrir des portes.»

Parler de gamme chromatique c’est associer la musique aux couleurs comme en alchimie : Les couleurs sont une clef et la musique une serrure. Avec son sang, les couleurs du paon donnent la gamme chromatique. Salomon Trismosin, dans Splendor Solis, son traité alchimique, associe le paon à un concert sur une de ses gravures. (Patrick Burensteinas, Le voyage alchimique, Etape 1-La Grand’Place de Bruxelles)

Dans son ouvrage Atalante fugitive ou nouveaux emblèmes chymiques des secrets de la nature, Michel Maïer (qui inspira Monteverdi) explique le Grand Œuvre alchimique par un ensemble de fugues musicales, de gravures et de poèmes, bref un essai d’art total comme l’opéra dont la traduction est justement le mot œuvre.

Le triton ou quarte augmentée (par exemple do, fa dièse), intervalle dissonant de 3 tons entiers entre deux notes, a été considéré comme maléfique, le diabolus in musica, au Moyen Âge.

On a découvert que certains atomes exposés à des températures proches du zéro absolu commençaient à se comporter comme s’ils étaient un seul et unique atome, alors qu’ils sont des milliards livrés à une ronde synchronisée. Le comité du Nobel, qui décerna le prix Nobel de physique en 2001 à Cornell et Wieman, Ketterle pour cette découverte, a dit que les atomes chantaient à l’unisson (découvrant ainsi un nouvel état de la matière appelé condensat de Bose-Einstein) au rythme de la musique cosmique, qui n’est pas sans rappeler le rythme de la danse créatrice de Shiva.

À l’instar de la musique liturgique et du chant sacré de l’église, la musique maçonnique a joué un rôle et des fonctions toujours plus importants dans les travaux et tenues de la loge. D’emblée, la communauté maçonnique a reconnu les effets exhausteurs exercés par la pratique musicale sur l’ambiance de la loge et les sentiments animant les frères (et sœurs). Dans certaines Loges en Écosse, le rituel est chanté quasi intégralement quasi intégralement depuis des siècles.La pratique de la musique et du chant en loge contribue essentiellement, jusqu’à ce jour, au maintien de la communion des esprits lors des travaux rituels, mais aussi, dans la mesure où elle est en adéquation avec le texte et la gestuelle, à marquer plus intensément la perception du déroulement du rituel. Dans son ensemble, la musique maçonnique peut se subdiviser en trois catégories :

  • Chants et pièces instrumentales composés en vue des travaux rituels, loges de table, fêtes de St Jean et autres manifestations analogues, une musique de circonstance.
  • Compositions qui ne furent pas écrites expressément à des fins maçonniques, mais qui par leur caractère et leur contenu se prêtent parfaitement aux travaux en loge.
  • Œuvres originales d’inspiration maçonnique, telle, par exemple, la Maurerische Trauermusik  (Musique funèbre maçonnique) de Mozart.

La troisième partie des Constitutions d’Anderson est consacrée à 4 chants maçonniques (le Chant du Maître ou l’Histoire de la Maçonnerie ; le Chant du Surveillant ou une autre Histoire de la Maçonnerie ; le Chant des Compagnons ; le Chant de l’Apprenti). L’édition suivante, en 1738, reprend (pour certains, dans une version abrégée) les quatre chants de l’édition de 1723, mais y ajoute sept chants supplémentaires : Chant du Député Grand Maître ; Chant du Grand Surveillant ; Chant du Trésorier ; Chant du Secrétaire ; Chant du Porte-épée ; Ode aux Francs-maçons ; Ode à la Maçonnerie. Les éditions suivantes des Constitutions, celles de 1746, 1756, 1767 et 1784 continueront à ajouter et à soustraire des chansons.

Dans les Constitutions de Dermott, Ahiman Rezon, on trouve (1-4) les quatre chansons originales des Constitutions d’Anderson de 1723 (on notera que le Chant du Maître, déjà ramené de 244 à 52 vers en 1738, n’en contient cette fois plus que 12) ; (5-8) les quatre premières des sept ajoutées dans l’édition de 1738 ; (9-68) 60 autres chansons ; divers prologues et épilogues ; l’oratorio Solomon’s Temple.

À lire, ce texte de Christian Tourn La musique maçonnique.

Pour une histoire musicale de la Franc-maçonnerie et l’écoute de musiques de loge.

La musique comme la danse conduit à une philosophie de l’évanescent, la note entendue, les gestes disparaissent après leurs exécutions dans leur précarité.

Solange Sudarskis
Solange Sudarskis
Maître de conférences honoraire, chevalier des Palmes académiques. Initiée au Droit Humain en 1977. Auteur de plusieurs livres maçonniques dont le "Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique", prix littéraire de l'Institut Maçonnique de France 2017, catégorie « Essais et Symbolisme ».

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1 COMMENTAIRE

  1. B.C.F,
    Article très intéressant. A l’origine du quadrivium et de la propagation des arts libéraux, le pape Gerbert, premier pape français de l’an 1000, sous le nom de Sylvestre II. Méprisé par la curie romaine qui voyait en lui un démon. Il fut radié de la liste des papes. En 2000, le pape de l’époque fit acte de repentance pour lui ainsi que pour Giordano Bruno, par courrier à l’évêché de Saint Flour. Il inventa les neuf premiers chiffres, La curie lui refusa le zéro. Il inventa la première machine à calculer, les clepsydres, les automates etc…
    Un personnage remarquable et un visionnaire politique.
    Charles Curot RL. R.E 456, GL-AMF

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