sam 24 septembre 2022 - 21:09

L’étude du symbolisme est-elle primordiale à la construction du Franc-maçon ?

Comme à l’accoutumée, il est difficile de répondre à une question qui sous-entend clairement des opinions qui ne sont pas, faute de place, expliquées clairement. Je vais m’y risquer et, à chaque lecture, je ferai part de ma réponse. Ce faisant je laisserai de côté les interrogations sur le symbolisme, « primordial » et « construction »

Allons-y. La question-mère est « Qu’est-ce donc le franc-maçon auquel nous pensons ? ». Là encore un tiroir à ouvrir en répondant maintenant à la seconde question grand-mère « Quelle franc-maçonnerie avons-nous en tête ? »

J’en propose sept visions qui sont interdépendantes les unes des autres, bien entendu. C’est une question d’accent. Une même loge peut cumuler plusieurs finalités, en les faisant varier au long des tenues.

            La première c’est d’être le centre de l’union comme le racontait James en 1717 ; à savoir vivre une fraternité conviviale en faisant bien attention à ne pas aborder les sujets qui fâchent, en restant des gentlemen relativement tolérants. C’est la position toujours actuelle de la maçonnerie anglo-saxonne (80% des effectifs).

            La deuxième vision c’est de considérer une loge comme « un laboratoire d’idées » sociales ou sociétales pour faire plus moderne, comme le répétaient quelques Grands Maîtres du GO. À charge pour chacun de répandre la bonne parole dans son entourage et d’influencer le cours des évènements. Ce fut le cas sous la IIIème République.

            La troisième vision propose que le voyage maçonnique nous mène dans les contrées spirituelles et, dans certains cas, occultes. Avec une nuance : spiritualité religieuse ou spiritualité laïque.

            La quatrième conception veut que les loges soient comme des clubs-services et interviennent pour des causes caritatives. Option manifeste chez les frangins américains (qui trouvent que nous ne sommes pas des Maçons !)

            La cinquième finalité est proche au cœur des Français, en particulier : le maître sait et il enseigne. Il détient le savoir et par là, le pouvoir.

            Le sixième choix est bien aimé aussi dans notre pays gaulois : chacun y va de son avis sur des sujets qui touchent la conception de la vie, l’humanité, le bonheur, et toute autre question philosophique. Mariée à la précédente, cette option institue les maîtres à penser de la loge.

            Enfin la septième est une des plus anciennes ; il s’agit de l’étude de la morale ; en fait la morale maçonnique émerge dès les Constitutions d’Anderson et ne varie guère depuis. Car on peut maintenir que l’humanisme, l’altruisme sont des valeurs universelles par-delà les lieux et les siècles.


            Bon voilà des rayonnages de livres hâtivement résumés. Je vais esquisser sept réponses par rapport à la question, une par finalité, puis je donnerai ma conception de la Voie maçonnique, qui est en train d’émerger.

  1. Centre de l’union. Les symboles ne sont pas primordiaux pour se sentir bien ensemble. Les cérémonies à caractère religieux des Frères du Missouri suffisent à remplir cette tâche.
  2. Laboratoire d’idées sociales. Surtout laisser les symboles, auxquels on ne comprend rien et qui bouchent les débats, de côté. Comme ce fut le cas dans l’entre-deux guerres en France. Et aujourd’hui dans plusieurs loges du Grand Orient de France. Un grand risque est lié à ce genre de « débat » pour la simple raison qu’il ne saurait y avoir de « débat » en loge. Quand la rigueur de la technique de demande de la prise de parole est écornée, c’est le génie du voyage maçonnique qui en prend un coup.
  3. La spiritualité ne peut être un voyage sans les symboles. Si la phase fondamentale de la quête spirituelle telle qu’on l’observe dans maintes sagesses est de se connaître soi-même, dans ce cas la méthode d’exploration des symboles est inévitable. Car c’est elle qui permet la trame exceptionnelle des miroirs : « En ce que tu dis, mon Frère, je me reconnais un peu…beaucoup…pas du tout ».C’est une voie de croissance personnelle familière à la Grande Loge de France. Elle constitue un idéal de : loges de plus en plus fréquemment. Mais attention, il ne s’agit pas de « l’étude du symbolisme » comme le porte le libellé de la question mais du « vécu des symboles » ce qui est notoirement différent. Étudier l’étiquette d’une bouteille de vin n’est pas le goûter !
  4. Club-service. Point n’est besoin de symboliser. Peut-être une étude de-ci de-là comme la question le dit ; mais pas une descente en soi. Le Diner’s club n’a pas besoin de symboles. À écarter donc.
  5. Conférences érudites Elles portent sur tous sujets. La relation est celle du maître-qui-sait aux élèves-qui-ne-savent-pas. Très typique de la culture française. Surtout pas de symbolisme, jugé comme peu clair, sans références et qui permet de dire « n’importe quoi », ce dont a horreur un érudit .
  6. Le débat philosophique  Il tourne autour de l’Homme, sa place dans la nature, l’humanité voire maintenant sa responsabilité dans le désastre écologique. Ce débat, par le mot même montre bien que nous sommes dans une confrontation d’idées. Les symboles peuvent être accueillis comme des arguments du genre : « la perpendiculaire met l’Homme vertical au centre de la nature, ralliant la terre par ses pieds et le ciel par la voûte crânienne » En ce cas le symbole fait image et a une vocation pédagogique.
  7. Étude de la morale Elle tient de la philosophie, de la catéchèse qui répète inlassablement les vertus maçonniques traditionnelles, mais aussi des plus actuelles. Le symbole est convoqué comme une illustration, dans le genre : l’équerre, c’est la droiture. C’est de la morale mais pas de l’éthique, à savoir la réflexion personnelle qui débouche, en soi, sur une attitude et des comportements que l’on estime moraux.

            Je réfléchis à notre engagement depuis si longtemps que je me suis fait une idée claire que je trimballe de livre en livre. Pour moi, la voie maçonnique c’est Une spiritualité pour agir. Chacun de ces quatre mots pèse lourd dans mon esprit. Ce sont donc les options 3) pour laquelle le vécu des symboles (pas leur « étude » ; ce n’est pas une classe, une tenue !) est primordial. Et l’option 4), qui n’a pas du tout besoin de symbole.

             Le génie de notre voie, telle qu’elle se dessine, dans les pays latins est dans cette alliance de la spiritualité et de l’action. Ce faisant je me situe dans une lignée ouverte en 1894 par Oswald Wirth et prolongée depuis par Arthur Groussier, Daniel Béresniak et d’autres. Lis ce qu’a écrit magistralement un de nos Frères du Grand Orient de France, Joannis Corneloup : « Médite dans le temple, agis sur le forum ». Je crois que l’avenir est dans une loge qui privilégie la quête spirituelle, menée, entre autres, à l’aide de la réflexion, la méditation sur les symboles et de leur vécu, quel qu’il soit.

Jacques Fontaine
Jacques Fontaine est né au Grand Orient de France en 1969.Il se consacre à diffuser, par ses conférences, par un séminaire, l’Atelier des Trois Maillets et par une trentaine d’ouvrages, une Franc-maçonnerie de style français qui devient de plus en plus, chaque jour, « une spiritualité pour agir ». Il s’appuie sur les récentes découvertes en psychologie pour caractériser la voie maçonnique et pour proposer les moyens concrets de sa mise en œuvre. Son message : "Salut à toi ! Tu pourrais bien prendre du plaisir à lire ces Cahiers maçonniques. Et aussi connaître quelques surprises. Notre quête, notre engagement seraient donc un voyage ? Et nous, qui portons le sac à dos, des bagagistes ? Mais il faut des bagagistes pour porter le trésor. Quel est-il ? Ici, je t’engage à aller plus loin, vers cette fabuleuse richesse. J’ai cette audace et cette admiration car je suis un ancien maintenant. Je me présente : c’est en 1969 que je fus initié dans la loge La Bonne Foi, à Saint Germain en Laye, au Rite Français. Je travaille aussi au Rite Opératif de Salomon. J’ai beaucoup voyagé et peu à peu me suis forgé une conviction : nous, Maçons latins, sommes en train d’accoucher d’une Voie maçonnique superbe : une spiritualité pour agir. Annoncée dès le début du XXème siècle. Elle est en train de se déployer et nous en sommes les acteurs plus ou moins conscients mais riches de loyauté.

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