mer 29 juin 2022 - 06:06

Si les aulx m’étaient contés…

Ail viendrait du mot celtique all qui signifie chaud, brûlant, allusion aux propriétés de la plante. Originaire des montagnes d’Asie centrale, connu en Mésopotamie ancienne et en Égypte dès 3000 avant Jésus Christ, l’ail s’est répandu très tôt dans le Croissant fertile et le Bassin méditerranéen pour être utilisé jusqu’en Inde et en Chine.

Déjà pour en apprécier le goût en bouche, quelle que soit la couleur de l’ail utilisé : le rose de Lautrec, le violet de Cadours ou le blanc de Lomagne, une recette simple : le «Pan con tomate » ou « le pain à la tomate » ! Il est très facile à préparer avec seulement cinq ingrédients : du pain grillé frotté à l’ail et garni de tomate fraîchement râpée, arrosé d’huile d’olive et parsemé de sel marin. Aie ! Aie ! Servie en tapas ou au petit déjeuner, la bonne surprise gustative (et l’haleine) sont avec vous !

A travers les siècles il faut le savoir : l’ail a bénéficié d’une appétence sans égale et d’un grand prestige ! Déjà, combien d’aulx pour les bâtisseurs de la plus grande des pyramides de Gizeh vers 2600 avant Jésus-Christ ? Beaucoup ! Beaucoup ! Il en fallait effectivement de grandes quantités pour ce chantier qui mobilisa 100 000 hommes, qui étaient relevés tous les trois mois pour que cette gigantesque entreprise soit menée à son terme. Pour les prévenir des maladies, mais aussi pour les soutenir dans leurs efforts de tailleurs de pierre ou d’imposants blocs de marbre, des aulx étaient distribués comme provision substantielle. Pour témoin, Hérodote lui-même a précisé : « on a gravé sur la pyramide, en caractères égyptiens, combien on a dépensé pour les ouvriers en radis, en oignons et en aulx. Celui qui interpréta cette inscription me dit que cette dépense se montait à 1 600 talents d’argent ». Malheureusement pour les amateurs d’ail, son crédit augmenta à tel point qu’il finit par prendre place parmi le Panthéon égyptien : on put alors invoquer son nom et celui de l’oignon dans les sermons, mais défense fut faite d’y goûter !…

Toutefois aucune interdiction pour les Hébreux, soumis au joug de l’Égypte ! En pérégrination dans le désert du Sinaï, selon le Livre des Nombres (Nb 11 : 4-5), ils regrettèrent fort « les concombres, les melons, les poireaux, les oignons et les aulx du pays d’Égypte ». Aussi, dès leur arrivée en Palestine, les Hébreux mirent-ils à profit leurs connaissances sur la culture de l’ail, acquises en Égypte, pour cultiver ce légume sur vaste échelle, notamment pour le régal des moissonneurs. Le peuple était si friand des gousses d’ail que, selon la tradition, les Juifs se sont plus tard surnommés eux-mêmes « mangeurs d’ail » !

Dans la Grèce comme dans la Rome antique, chacun en convenait : « l’ail m’est connu ! ». Effectivement l’ail avait une double réputation : celle d’un condiment, voire d’un mets de choix, (en dépit de son exclusion des tables aristocratiques à cause de l’odeur) et celle d’être une ressource particulièrement énergétique. Par exemple, il était conseillé aux athlètes olympiques de mâcher de l’ail avant de s’engager dans l’arène ou aux légions sur les champs de bataille de l’Empire, car croquer de l’ail fortifiait, de l’avis de tous, l’ardeur à la lutte!

On lit, dans Les Acharniens d’Aristophane, la plainte de Diceopolis, qui se croit perdu et incapable de garder sa vigueur parce qu’on lui a volé son ail :

  • « Ah ! Malheureux, dit-il, je suis perdu. Les Odomantes m’ont volé mon ail, voulez-vous bien me rendre mon ail…
  • Misérable, lui répond Théodorus, garde-toi d’attaquer les hommes qui ont mangé de l’ail ! ».

Du côté des femmes, l’ail n’était pas prisé de la sorte. Ainsi, l’entrée du sanctuaire de Cybèle était interdite à qui en avait mangé. S’étant endormi dans le temple de la mère des dieux après avoir transgressé cet interdit, le philosophe Stilphon vit en songe Cybèle lui dire :

  • « Tu es philosophe, Stilphon, et cependant tu violes les lois sacrées ! »

Et lui de répondre :

  • « Donne-moi donc de quoi manger, et je ne me nourrirai plus d’ail ! »

Bien plus tard, en France, notamment dans le Béarn, la célébrité de l’ail fut liée à une histoire de naissance royale ! À peine venu au monde, pour ce bon gros bébé qu’était Henri IV, son grand-père Henri d’Albret se fit donner une gousse d’ail « dont il frotta ses petites lèvres, lesquelles se fripèrent l’une contre l’autre comme pour sucer ». Ravi de ces signes de vigueur précoce, Henri d’Albret s’écria : « Va ! Va ! Tu seras un vrai Béarnais ! »

Quant aux musulmans qui rencontrèrent les croisés, ils furent plus épouvantés (dit-on) par leur forte odeur d’ail que par leurs clinquantes armures !

Plus tard, au XXsiècle, en Afrique, le célèbre médecin missionnaire Albert Schweitzer utilisait l’ail pour traiter la dysenterie amibienne et d’autres affections. Durant la Deuxième Guerre mondiale, les médecins militaires russes à court de médicaments l’ont employé pour soigner leurs blessés, ce qui lui a valu le surnom de pénicilline russe. Plus près de nous, des chercheurs en ont observé les bienfaits sur l’appareil circulatoire.

Dans le champ même de la philosophie, il n’est aucun sage philosophe qui n’ait fait sienne cette injonction pour inviter chacun autant à la prudence qu’à la réflexion : « Qui n’a pas mangé d’ail n’a pas mauvaise haleine ! » Mais il est un secret que les initiés se confient bien volontiers : pour enlever l’odeur de l’ail, qui parfume pourtant les baisers, il suffit simplement de mâcher une branche de persil ou de croquer un grain de café !

Dernier avantage des aulx : la légende leur accorde de repousser les vampires et de manière générale les forces du mal. Nous vous conseillons en conséquence de garder discrètement une gousse dans votre poche quand vous sortez tard dans la nuit pour aller dans des lieux qui ne sont connus que des seuls membres de la Franc-maçonnerie. On ne sait jamais : vous pourriez faire éventuellement de mauvaises rencontres sous l’éclat pâle d’une lune sinistre ou d’un réverbère à la lumière de basse intensité !

Source : Jean-Marie Pelt, auteur de Des légumes (Librairie Arthème Fayard, 1993) Site Web

Claude Laporte
Cursus universitaire en Droit public, Organisation du travail, et Sociologie Politique. (Maîtrise en Droit Public (1972), à la Faculté de Bordeaux. Chargée de cours sur la « Sociologie Politique et des Institutions Internationales » aux élèves de 1ère Année de Droit (1972/1973). Puis, intégration professionnelle au sein de l’Assurance Maladie. Dernier poste occupé : Responsable de la Communication à la Direction des Systèmes d’Information à la CNAMTS. Autres diplômes : DESS Systèmes d’Information; DEA «Communication, Technologies et Pouvoir » (Université Paris-Sorbonne). Par ailleurs : des engagements dans le domaine associatif et culturel. Depuis mars 2020 une activité écriture/publications avec la création et l’animation du blog EMEREKA, journal d’opinions et d’humeurs ..

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1 COMMENTAIRE

  1. Afin d’éloigner les forces du mal chaque récipiendaire devrait mettre des aulx dans sa poche avant de pénétrer dans le cabinet de réflexion.
    C’est une simple suggestion…!

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