sam 24 juillet 2021 - 15:07

Daniel F∴ Pourquoi j’ai changé d’obédience ?

Initié en 1977, Daniel a eu un parcours maçonnique pas vraiment linéaire. Quelques fois déçu, parfois désenchanté, de temps en temps désabusé, mais jamais découragé, jamais détourné de son chemin maçonnique. Il a tout simplement changé de route à la croisée de certains chemins.

450FM – C’est en vous mariant que vous « épousez » en même temps, peut-on dire, une famille de maçons. Que savait, l’homme jeune que vous étiez alors, de la franc-maçonnerie ? Aviez-vous déjà pensé au mot initiation ? Autant de questions qui vous ont certainement été posées.

D.F – Évidemment, j’ignorais tout de la franc-maçonnerie, tout comme j’ignorais que j’allais me trouver immergé dans cette culture. Car au fil du temps, je peux affirmer que la franc-maçonnerie est à la fois, une véritable source de culture intarissable et une méthode qui participe de la construction de l’être humain. J’ai très vite remarqué que Jean était un homme pas ordinaire, tout comme son épouse. Que dire de mon ressenti à vivre à côté de ce couple sans savoir, à l’époque ce que pouvait être la franc-maçonnerie et qu’ils étaient l’un et l’autre maçons ? Lorsque nous étions tous réunis, ensemble autour d’une table, tous les sujets étaient permis, pas de tabou. Beaucoup de tolérance et d’ouverture d’esprit, une véritable curiosité d’apprendre, de comprendre de savoir. J’ignorais tout de ce que pouvaient cacher ces comportements, ce lien familial si fort, on sait très bien que le mot famille résonne de façon différente chez chacun. J’ai découvert une notion de la famille construite à partir du Nous, un Nous qui devient l’identité, la référence des êtres vivants ensemble dans un groupe et là il s’agissait d’un groupe familial. Ce que je dis là peut sembler décalé par rapport à la question posée, mais ce ressenti, très fort a certainement impacté mes choix, bien plus tard et continue aujourd’hui à éclairer mon chemin de vie. Avec le recul, ce couple a été pour moi un exemple, ni moraliste, ni idéaliste, simplement par leur comportement quotidien. L’exemplarité joue un rôle essentiel dans quasiment tous les domaines, qu’il s’agisse d’éducation, de management, d’autorité… Ne dit-on pas aux maîtres d’avoir un comportement exemplaire face aux nouveaux jeunes apprentis ?  Aujourd’hui, j’avoue que l’initiation, mon initiation était une évidence, inévitable et naturelle. En 1977, me voilà donc, parrainé par Jean, initié à la GLDF (Grande Loge de France) à l’Orient de Montpellier, là où nous vivions mon épouse et moi-même.  Ma belle-mère, Sœur de la GLFF (Grande Loge féminine de France) sera le guide de sa fille peu de temps après moi.

450FM – Vous avez une image plutôt très positive de la franc-maçonnerie et presque idéale si vous vous en tenez au prisme par lequel vous l‘observez ?

D.F – Jamais je n’aurai pensé ou imaginé ce que j’allais découvrir en mettant mes pas sur ce chemin inconnu. L’initiation ? Une découverte de moi-même tout d’abord au cours de mon apprentissage que l’on peut considérer comme une éducation, une instruction. L’image que j’avais de la franc-maçonnerie ? Aucune, je n’ai jamais imaginé, ni fantasmé sur le sujet, sur ce que les détracteurs appellent « secret » avec en fond des mots moins usités : « occulte, caché, mystérieux… » avec toutes les connotations négatives jusqu’au mot secte ! Je ressens et j’ai toujours ressenti une forme de fierté de participer à cette chaîne universelle, à célébrer le travail. Une chose continue à me fasciner, à m’interpeller : le binôme qui vit au fond de tous les hommes et de tous les maçons : un être solitaire qui travaille sur lui-même et celui qui participe et travaille au sein du collectif de façon collégiale.  

Voilà deux facettes d’un même personnage, facettes dont je n’avais aucun doute avant. Je me pensais monolithique, simple et finalement … je ne cesserais plus jamais de me poser des questions quant au bien-fondé de ma démarche. 44 ans de maçonnerie… jamais je n’aurais imaginé vivre aussi longtemps cette belle histoire qui a pourtant eu de grandes turbulences, des coups de colères, des tempêtes et en 2021, je suis toujours là et heureux !

450FM – Vous ne pensiez certainement pas changer de route, de chemin, et encore moins d’obédience, si l’on en croit votre discours.

D.F – En effet, loin de moi toute pensée allant dans ce sens. Je vivais la franc-maçonnerie comme une immense association au sein de laquelle, femmes et hommes, Sœurs et Frères vivaient avec la même sensation d’appartenance. Dans ma belle-famille, sans se voir très souvent, j’ai toujours senti une immense liberté d’expression qui conduisait souvent à des discussion, des argumentations, des débats interminables mais chacun pouvait exprimer sa pensée sans jamais porter de jugement sur la parole des autres. Mes premières lectures, très formatrices, furent les œuvres de Jean Verdun « La réalité maçonnique » notamment, puis d’autres s’en sont suivies qui m’ont permis de ne pas idéaliser, de ne pas rêver à une maçonnerie utopiste et irréaliste. Pourtant, je restais très étonné que la GLDF ne reçoivent pas les Sœurs et ne les reconnaissent pas en tant que telles. Oui, cela change petit à petit et cela enfin aller vers une unité humaine. La franc-maçonnerie étant Une et Universelle, si l’on en croit les écrits historiques ! Nous en sommes encore loin me semble-t-il ! Certes la mixité comporte ses détracteurs et ses défenseurs mais tout de même on peut recevoir les Sœurs en visite, partager certaines cérémonies. IL existe des obédiences qui offrent le choix de la mixité ou non, ce qui permet de vivre sereinement son parcours sans oublier l’un des deux pôles de la société. A la GLDF, nous ne recevons pas les Sœurs et pour autant nos frères se retrouvent souvent sur les colonnes de loges féminines, lors de certaines tenues à la GLFF, à la GLFMM, au DH… Peut-être un jour faudra-t-il se poser la bonne question et accepter d’ouvrir les portes de nos temples aux Sœurs, sans pour autant aller jusqu’à la mixité.

Ce sera un événement très particulier qui m’a profondément choqué qui m’a profondément bousculé : la tenue funèbre de Jean, mon parrain et guide. Son épouse et sa fille, Sœurs de la GLFF, se sont vues refuser l’entrée du temple pour cette cérémonie funèbre qui était tout de même un hommage à leur époux et père ! Une cérémonie forte, dont elles ses sont vues exclues. Pour moi, cela n’était pas possible, cela ne correspondait pas à l’universalisme dont parlent les francs-maçons, ni de la tolérance, pas plus que de la fraternité… Un déclic décisif.

450FM – 1995, l’année où vous faites le grand pas. Vous quittez la GLDF pour une loge mixte, la GLTM. Vous n’y trouverez pourtant pas ce que vous cherchez.

D.F – Comme vous pouvez l’imaginer, on ne quitte pas sa loge d’origine facilement. Un peu comme un déchirement, un abandon car la loge mère reste toujours très chère à mon cœur et jamais rien n’effacera ce que j’y ai vécu. A ce jour tant d’années après, mes amis toujours fidèles étaient mes premiers compagnons de route sur le chemin de la franc-maçonnerie. Si la Grande Loge m’avait un peu déçu quant à l’acceptation des Sœurs et à ce comportement lors de la tenue funèbre de mon parrain, ce sera vers la mixité que je me tourne, la Grande Loge Traditionnelle Mixte. Me voilà encore face à un autre constat et une grande interrogation sur la mixité ! Un paradoxe que de quitter une obédience qui n’accepte pas les femmes et me rendre compte que la mixité génère des comportements différents. Une impression de sentir le profane entrer dans la loge lors des tenues. Certes, cette sensation n’engage que moi.

Le prise de parole semble moins libre, une forme de timidité, peut-être de gêne, la peur du jugement, du regard de l’autre, la séduction…. Rapidement je me suis rendu compte que mon chemin maçonnique ne passerait pas par la mixité, avec la conviction bien ancrée en moi, les femmes, les « Sœurs sont des frères comme les autres » et pourtant travailler ensemble régulièrement… non, oui aux visites, aux voyages, aux partages, mais ponctuellement. Vous imaginez que j’ai quitté aussi la GLTM !!! Peut-être suis-je un franc maçon instable, infidèle qui ne tient pas son engagement ? C’est à la GLMT que je continue mon chemin, la Grande Loge Méditerranéenne de Tradition. Nous recevons les Sœurs avec beaucoup de plaisir, sur invitations ou pour des cérémonies particulières et j’y ai découvert le rite de Memphis Misraïm. Un rite très symbolique qui s’inspire et puise dans le REAA auquel se rajoute toute la symbolique égyptienne. Je me sens très heureux dans cette obédience où je ressens une véritable tolérance, une solidarité une harmonie. Peut-être, me direz-vous, l’obédience est toute petite et donc plus facile à gérer.

450FM – Alors pourquoi changer d’obédience, pourquoi rester en FM ?

D.F – Personnellement le pourquoi rester ne peut donner que des réponses positives : la construction de soi, l’acceptation d’être ce que l’on est, le côté fraternel et amical qui se tricote au fil du temps entre les membres d’une loge. Un peu comme dans une famille. Je garde des souvenirs incroyables de nos sorties familiales cette façon de vivre ensemble sans jamais se soucier de qui était qui, qui faisait quoi, quelle obédience… Nous passions des moments très forts d’amitié. Ce type de relation laisse des traces indélébiles qui nous unies malgré les aléas de la vie. Tout ce que nous avons en commun, quel que soit le chemin choisit, un lien, difficilement explicable, nous relie.

450.FM – Malgré un chemin particulier vous restez fidèle à votre initiation et à la franc-maçonnerie. Il y a bien d’autres chemins pour aller vers plus de spiritualité pourquoi ne pas avoir tenter une autre route ?

D.F. – Une réponse très simple : Si les francs-Maçons ne sont que des êtres humains ordinaires capables du pire et du meilleur, la Franc-Maçonnerie reste, à mes yeux, le transmetteur, le messager de valeurs fondamentales dont la société a besoin. Comme dit un frère « les maçons peuvent décevoir, la FM, jamais ne te décevra. Et la FM ne m’a jamais déçu, 44 ans après je reste un cherchant toujours dans le questionnement.  Le miracle de la franc-maçonnerie : jamais le chemin ne se terminera.

Magali Aimé
Un parcours atypique conduit Magali Aimé de son Sud natal à Paris pour y découvrir le monde de la communication et du journalisme. Elle a collaboré à différents supports : Gault Millau, Côté Sud, Génération Santé, La Marseillaise. Elle enseignera dans des écoles de communication à Paris et à Aix- en-Provence. C’est à Paris qu’elle sera initiée il y a quinze ans, à la Grande Loge féminine de France. Auteure aux éditions Dervy depuis 2009 avec Les vignes de la Franc-Maçonnerie, Femme et Franc-maçonne. Publications : - Premier Surveillant que faire avec les Compagnons ? - Dervy 2015 - Quelle musique en Loge ? Dervy 2017

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