mer 27 octobre 2021 - 10:10

ESPAGNE : La persécution des Franc-maçons sous Franco

Article de GUILLERMO MARTINEZ de Publico.es

Le Centre Documentaire de la Mémoire Historique de Salamanque est le point central de la conservation de milliers de documents sur la dictature et ses responsables. Deux bâtiments abritent les archives et une bibliothèque qui ne cessent de croître grâce à ses acquisitions propres et aux dons privés, la dernière en date, la bibliothèque de Santiago Carrillo. (ancien secrétaire général du PC Espagnol)

Toute personne fichée par la police politique franquiste se trouve dans ces docuements. De Buenaventura Durruti à Francisco Franco lui-même, le fichier conserve les informations d’environ trois millions de personnes qui, au minimum, ont fait l’objet d’une enquête des policiers de l cette dictature. Témoins de cette période tragique ces fiches sont désormais consultées par les parents et amis des personnes concernées pour connaitre dans le passé. Ils veulent savoir ce qui est arrivé à leurs proches, qu’ils étaient, pour s’en souvenir. Ce lieu, le Centre documentaire de la mémoire historique (CDMH), à Salamanque, conserve l’histoire qui a secoué le XXe siècle espagnol. Ce fond documentaire comprend les saisies prises sur les insurgés pendant la guerre civile et la documentation judiciaire répressive, comme le Tribunal spécial pour la répression de la franc-maçonnerie et du communisme et le Tribunal de l’ordre public.

José Luis Hernández, sous-directeur des archives du CDMH, feuillete le fichier de la Causa General franquista. Ses doigts, habillés de minces gants de coton, glissent rapidement dans les tiroirs. “C’était un outil de répression de première ligne. Être inscrit sur la liste pouvait vous coûter la vie ou la saisie de vos biens” dit-il. Dans cette même salle se trouve également le fichier de l’épuration des chemins de fer qui a été menée à la fin du conflit et un autre plus spécial : celui des miliciens qui ont combattu dans le 5ème Régiment républicain. Là, il y a une fiche, sur la fiche une photographie et sur la photographie un nom qui attire le regard : Miguel Hernández.

“Nous conservons tous les documents de la “Causa General del franquismo”, provenant des Archives Historiques Nationales (AHN), ils n’ont pas de rapport avec es procès proprement dits mais sont une véritable source d’informations, une opération gigantesque de la part du franquisme pour justifier le coup État militaire en 36. Il y a 4 000 cartons de doccuments », explique Hernández. Outre l’AHN, d’autres centres comme les Archives générales de l’administration (AGA) ont également envoyé une partie de leurs fonds à Salamanque : « C’est ainsi que nous recevons tout ce qui concerne le Tribunal national des affaires politiques,ainsi que ce qui concerne le Tribunal de l’ordre public”, ajoute l’archiviste.

La Délégation Nationale des Affaires Spéciales, qui poursuivait la franc-maçonnerie et les organisations proches de la République, envoyait ce qui avait été réquisitionné à Salamanque

Des milliers de dossiers concernant les francs-maçons, (qui le seraient pour le régime franquiste), sont conservés dans des armoires en bois. D’un coté, un classeur vert avec les condamnés, et sur chaque étagère de tiroir, une barre avec des cadenas que le régime utilisait pour s’assurer qu’aucun document ne pourrait sortir. Le bâtiment, situé dans la Calle Gibraltar, est construit sur le mur d’origine pré-romaine qui entourait la ville. Dans les salles de conservation, des milliers de documents comme ceux provenant du Cabinet d’identification des cadavres, montrent des images particulièrement macabres de visages récemment assassinés, de part et d’autre. Ce n’est qu’une partie des archives.

C’est en 1937 que le futur dictateur décida de créer la première instance consacrée à la récupération de toutes les archives, de la propagande,des bibliothèques, des institutions, des partis politiques et syndicats partisans de la République, y compris de la franc-maçonnerie. Quelque temps plus tard, une délégation de l’État a été créée pour la récupération des documents, la saisie et la confiscation des biens. « Cette délégation nationale aux affaires spéciales, s’est notamment attaquée à la franc-maçonnerie et aux organisations liées à la République, et envoyait ce qui avait été réquisitionné à Salamanque », précise Manuel Melgar , le directeur du CDMH.

Le fichier de la répression
La Délégation Nationale des Services Documentaires était ensuite chargée d’organiser la documentation et de fournir toutes les informations enregistrées à Salamanque, aux différents organes répressifs de la dictature. ” Nous l’appelons le fichier de la répression, mais beaucoup de gens de la Phalange y figurent aussi. Ce que voulait le pouvoir, c’était de contrôler les gens afin de transmettre leurs données aux cours martiales, aux tribunaux chargés des affaires politiques et aux responsables de la répression. Il s’agissait d’un service documentaire efficace », poursuit Melgar. Le nom a été changé en Service documentaire, dépendant de la présidence du gouvernement, et a demeuré sous cette forme pendant la dictature. Après la Transition, en 1979, les fonds ont dépendu des Archives nationales où une section spécifique est créée : “Guerre Civile”.

Article intégral sur le site publico.es

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