jeu 23 septembre 2021 - 03:09

Jeunesse, attention danger

Quand je lis la presse, je suis souvent atterré, et je tends à me dire qu’on a touché le fond. Mais en fait, non ! Chaque jour qui passe m’apporte un nouveau lot du purin que produit notre classe politique, toujours plus méprisable.

Il y a quelques temps (un mois, ah, Seigneur mon Dieu, une éternité), l’Elysée et le chef de l’État ont lancé un défi au duo de vidéastes comiques MacFly et Carlito. Pour ceux qui ne les connaîtraient pas encore, MacFly et Carlito sont d’anciens animateurs radio et télévision, spécialisés dans les émissions humoristiques, le métal, les talk-shows disons déjantés et les parodies potaches (art dans lequel ils excellent).
Le défi lancé était de créer un clip sur le respect des gestes barrières et de réaliser 10 millions de vues et la récompense était un tournage de concours d’anecdotes à l’Elysée. Et ils l’ont fait. Rien de bien méchant, me direz-vous. Certes, la politique-spectacle est en vigueur depuis 2007 et ces années bling-bling, qui ont vu le sulfureux mariage entre politique et show-business. Mais quelque chose me gêne dans cette histoire. Quelque chose dans le clip mêmei. Certes bien mené, amusant, montrant bien l’impossibilité autant humaine que technique de respecter les gestes barrières, sauf à vivre en Corrèze, en Dordogne ou en Lozère, quelque chose a été oublié : la responsabilité de nos dirigeants dans la catastrophe que nous vivons. Rien sur le fiasco des masques, des tests, des vaccins, ni sur les effets discutables des restrictions de nos libertés et sur la destruction de la société. Un peu comme pour l’environnement : on rabâche que ce ne sont pas les industriels qui polluent, ni l’État qui les laisse polluer, mais bien les gens de peu obligés de rouler avec leur véhicule Diesel, et qu’il faut sanctionner en les taxant. On a vu ce que ça a donné : des mois de mouvements sociaux en gilets jaunes.

Gageons que la communauté de MacFly & Carlito arrivera à faire preuve de discernement et à se rappeler que les restrictions imposées pour ne pas saturer les hôpitaux (détruits par des années de néolibéralisme, dont les tenants sont encore au pouvoir) sont bien le fait de l’incompétence crasse de nos politiques et non celui du peuple.

Mais le duo comique n’est jamais que l’arbre qui cache la forêt, une forêt bien dangereuse, d’ailleurs. Il y a quelques mois, je m’indignais de la création d’une officine de propagande sur les réseaux sociaux par le Ministère de l’Education Nationale, ayant pour but de répandre l’évangile ministériel et ainsi faire accepter la contestable réforme du baccalauréat. Mais nos dirigeants sont allés bien plus loin dans le cynisme pestilentiel.

Avant d’aller plus loin, je me dois de vous expliquer comment fonctionnent les réseaux sociaux. Il y a des gens plus charismatiques que d’autres, qui attirent à eux du monde, soit pour leur personne, soit pour leur propos. Ce sont les influenceurs. Il s’agit qui vont transmettre un message. Ce peut être des choses simples, comme cuisiner à bas coût pour les étudiants, promouvoir un mode de vie, des démonstrations diverses (artisanat, sport, e-sport), accomplir des performances artistiques (musique, théâtre, humour), proposer des éditoriaux et des analyses, ou promouvoir des produits sous couvert d’indépendance. Le public s’abonne au canal de la personne, et rejoint ainsi le public régulier de l’influenceur. Un influenceur a donc une certaine audience, sa communauté. Ladite communauté peut compter de quelques dizaines de membres à quelques millions de membres et se montre fidèle à l’influenceur. Une sorte de réunion Tupperware, en fait. Pour les marques, politiques ou autres escrocs voulant refourguer leur camelote, un influenceur devient un vecteur de publicité très important… et peu cher, car il touche du mondeii. Notons que certains n’hésitent pas à abuser de leur pouvoir sur leurs ouailles pour étendre une emprise et obtenir par exemple des faveurs sexuelles. Comme un politique pour attribuer un HLM ou un chefaillon une promotion.

Venons-en maintenant au coeur du problème. J’ai appris que le porte-parole du gouvernement acceptait régulièrement de se faire filmer en compagnie d’influenceurs. Parmi eux, une influenceuse beauté et maquillage, une vidéaste de cuisine, un adepte de culturisme, etc. Le même répond aussi aux questions via les réseaux sociaux à des influenceurs très jeunes : deux enfants de 16 et 9 ans. Prétendument « sans filtre », l’exercice consiste pour lui à répondre aux questions des ouailles des influenceurs (leurs communautés), relayées par lesdits influenceurs. Sauf que… Entre un individu d’une trentaine d’années issu d’usines à connards, formé aux éléments de langage et à l’embrouille et des jeunesiii dont l’interview politique n’est pas le métier, que peut-il se passer ? Le porte-parole du gouvernement peut tranquillement servir sa propagande auprès de la jeune communauté des influenceurs, qui en faisant confiance à leurs idoles, va avaler cette propagande, parce qu’elle n’aura pas les outils critiques pour discerner le vrai du faux. « Vous ne vous forgerez point d’idole humaine », qu’ils disaient…

Je me souviens d’ailleurs de l’interview dudit porte-parole du gouvernement face à Elise Lucet dans le numéro de Cash Investigation de décembre 2020 consacré au service public, avec un sujet sur le dévoiement par les services de l’État du dispositif de service civique… Le porte-parole n’en menait pas large, quand il s’est vu mettre en face de ses contradictions par Elise Lucet et son équipe. Il est plus facile de persuader un jeune profane qu’un journaliste chevronné, et donc de marteler le message que tout va bien et que la situation que nous vivons est bien de la faute du méchant peuple égoïste qui ne respecte pas les gestes barrière mais certainement pas de ses gentils dirigeants. C’est amusant, ça me rappelle une image de Staline avec une enfant dans les bras placardée un peu partout en URSS (en pleines purges et déportations au goulag d’éventuels opposants), destinée à rappeler l’image du Père des Peuples. Le maréchal Pétain faisait de même sous Vichy : utiliser l’image et la parole des enfants et des jeunes et acheter leur soutien par des distributions de friandises pour répandre sa propagande et asseoir sa politique fasciste.

La démarche maçonnique implique nécessairement le questionnement : n’accepter pour vraie une idée que si celle-ci a été éprouvée, ne pas se forger d’idoles humaines etc. Bref, un recul et un discernement que des adolescents et de jeunes adultes ne peuvent pas forcément avoir. Nos gouvernants le savent, et n’hésitent pas à acheter le soutien de leurs idoles pour améliorer leur image, afin d’éviter qu’on ne parle des choses qui fâchent (au hasard, la détresse étudiante, moins prioritaire que l’islamo-gauchisme, visiblement) et qui pourraient déclencher un nouveau mouvement social.

Manipuler ainsi la jeunesse est méprisable. Mentir aussi impunément sur le présent et l’avenir est méprisable. Ces personnes politiques n’ont que leur misérable intérêt en tête, pas le bien commun ni l’intérêt général, alors qu’une crise sans précédent s’annonce. Pour eux, la jeunesse n’est qu’un potentiel réservoir de voix, qu’il faut acheter avec les moyens modernes. Juste avec de la forme, pas avec un fond. Pour un Franc-maçon soucieux de transmission et de tradition, c’est tout simplement inacceptable.

Nos dirigeants n’ont pas compris que la jeunesse était l’avenir, notre avenir et que le jour où elle s’apercevra qu’elle a été spoliée de son futur par une bande de malfrats incompétents, putrides et opportunistes, l’addition sera salée. Et rien ne pourra faire barrage à la colère de cette jeunesse méprisée et sacrifiée. Rien.

J’ai dit.

iOui, je l’ai visionné. Vous n’imaginez pas les efforts que je fais pour vous.

iiN’hésitez pas à faire un tour sur la chaine Youtube du vidéaste Le Roi des Rats, qui montre les dessous d’un business pas très propre.

iii Soit dit en passant, pour les deux jeunes mineurs, je m’interroge sur le rôle des parents dans tout ça. Je suppose qu’avec un nombre approprié de zéros sur un bon-cadeau, les scrupules parentaux s’effacent…

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Josselin Morand
Josselin Morand est ingénieur de formation et titulaire d’un diplôme de 3e cycle en sciences physiques, disciplines auxquelles il a contribué par des publications académiques. Il est également pratiquant avancé d’arts martiaux. Après une reprise d’études en 2016-2017, il obtient le diplôme d’éthique d’une université parisienne. Dans la vie profane, il occupe une place de fonctionnaire dans une collectivité territoriale. Très impliqué dans les initiatives à vocations culturelle et sociale, il a participé à différentes actions (think tank, universités populaires) et contribué à différents médias maçonniques (Critica Masonica, Franc-maçonnerie Magazine). Enfin, il est l’auteur d’un essai : L’éthique en Franc-maçonnerie (Numérilivre-Editions des Bords de Seine).

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