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En avril 1871, alors que la guerre civile oppose la Commune de Paris au gouvernement d’Adolphe Thiers installé à Versailles, des francs-maçons parisiens multiplient les démarches de conciliation. Manifeste du 8 avril, délégations auprès de Jules Simon puis de Thiers, demande de trêve le 22 avril : toutes se heurtent au refus de Versailles. Le 29 avril, quelque 6 000 frères de 55 loges défilent dans Paris et plantent leurs bannières sur les remparts. Cet épisode singulier reste l’un des grands moments de la mémoire maçonnique française.
Date : avril 1871
Lieu : Paris et Versailles, France
Paris en guerre civile

Le 18 mars 1871, Paris se soulève contre le gouvernement d’Adolphe Thiers, qui se replie à Versailles. La Commune est élue le 26 mars. Les combats reprennent bientôt entre fédérés et versaillais à l’ouest de la capitale, et les bombardements frappent Neuilly et les quartiers proches des fortifications. Parmi les élus de la Commune figurent une vingtaine de francs-maçons, dont Jules Vallès et Félix Pyat.
Des obédiences légalistes, des frères engagés
Les obédiences restent prudentes. Le Grand Orient de France, présidé depuis 1870 par le républicain Léonide Babaud-Laribière, et le Suprême Conseil, dont les statuts interdisent les débats politiques, invitent leurs membres à s’en tenir à des actions humanitaires et conciliatrices. Mais de nombreux frères parisiens, de sensibilité radicale, veulent agir. Une fraction, autour de Charles Floquet, se fixe pour seul but de rapprocher Paris et Versailles.
Manifeste et délégations
Le 8 avril 1871, la loge Les Disciples du Progrès rédige un manifeste de la franc-maçonnerie, approuvé par les conseillers de l’Ordre présents à Paris, affiché et envoyé aux loges de province. Une première délégation rencontre Jules Simon, qui promet une loi municipale. Une seconde, conduite par Ernest Hamel, est reçue par Thiers, sans résultat. La chronologie Kronobase place cette démarche au 21 avril, date que les sources consultées ne précisent pas.
Une trêve de quelques heures

Le 22 avril, des francs-maçons, des délégués de la Ligue d’union républicaine des droits de Paris et des municipalités de Saint-Denis et de Sceaux réclament l’arrêt des combats ou, à défaut, une trêve permettant d’évacuer les habitants. Thiers accorde le 25 avril une suspension d’armes de huit heures pour évacuer Neuilly, sans aller plus loin. Le 26 avril, réunis au théâtre du Châtelet, les frères décident de planter leurs bannières sur les remparts et l’annoncent à l’Hôtel de Ville.
Le 29 avril, les bannières sur les remparts
Le 29 avril, environ 6 000 frères représentant 55 loges se rassemblent au Carrousel, puis défilent vers l’Hôtel de Ville et les Champs-Élysées. Les vénérables plantent les bannières de la porte Maillot à la porte Bineau ; le feu versaillais cesse un moment. Trois délégués, dont Émile Thirifocq, gagnent Versailles, mais Thiers les reçoit à peine et refuse toute nouvelle délégation. Les bannières sont bientôt criblées de balles.
Mémoire
La Semaine sanglante, fin mai, écrase la Commune ; de nombreux maçons sont tués, arrêtés ou exilés, et les obédiences condamnent l’insurrection. La mémoire de ces démarches pacifistes resurgit pourtant : depuis mai 1971, centenaire de la Commune, le Grand Orient de France organise chaque année une cérémonie devant le mur des Fédérés, au cimetière du Père-Lachaise.
Repères chronologiques
- 18 mars 1871 : soulèvement de Paris.
- 26 mars 1871 : élection du Conseil de la Commune.
- 8 avril 1871 : manifeste de la loge Les Disciples du Progrès.
- 22 avril 1871 : demande de trêve des francs-maçons et des municipalités.
- 25 avril 1871 : trêve de huit heures pour évacuer Neuilly.
- 29 avril 1871 : manifestation maçonnique et bannières sur les remparts.
- 21-28 mai 1871 : Semaine sanglante.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Bannière, Lalande, Helvétius et les débuts de la réforme du Grand Orient de France, 1771 (date historique), Élection de Portalis comme vénérable de L’Étroite Persévérance des Amis Réunis à Aix, 1768 (date historique), Loge Mère, Félix Pyat (Personnalité).

