Rejet de l’initiative Fonjallaz contre la franc-maçonnerie en Suisse, 28 novembre 1937 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 28 novembre 1937, les citoyens suisses sont appelés à se prononcer sur l’initiative populaire « Interdiction des sociétés franc-maçonniques », dite initiative Fonjallaz, du nom du colonel vaudois Arthur Fonjallaz qui la patronne. Portée par l’extrême droite frontiste, elle veut inscrire dans la Constitution fédérale l’interdiction des loges, des Odd Fellows et de toutes les associations similaires. Avec une participation de près de 66 %, le peuple la rejette par 68,7 % des voix, et tous les cantons sauf Fribourg disent non. Ce scrutin, unique au monde par sa forme démocratique, protège les loges suisses au moment où les régimes autoritaires les persécutent partout en Europe.

Date : 28 novembre 1937
Lieu : Suisse (votation fédérale)

Une Europe gagnée par l’antimaçonnisme

Rejet de l’initiative Fonjallaz contre la franc-maçonnerie en Suisse, 28 novembre 1937
Source : Wikimedia Commons – Unknown authorUnknown author – Public domain

Au milieu des années 1930, la franc-maçonnerie est interdite ou pourchassée dans l’Italie fasciste, dans l’Allemagne nazie et dans plusieurs pays d’Europe centrale. En Suisse, les mouvements dits « frontistes », inspirés par ces modèles, reprennent le thème d’un prétendu complot judéo-maçonnique. Les loges helvétiques sont alors une quarantaine : on en compte 41, toutes rattachées à la Grande Loge suisse Alpina, fondée en 1844, à l’exception d’une loge genevoise relevant du Grand Orient de France. Dans ce climat, une campagne de presse virulente, mêlant antisémitisme et antimaçonnisme, prépare le terrain à une offensive constitutionnelle.

Le texte de l’initiative

L’initiative propose de modifier l’article 56 de la Constitution fédérale, qui garantit la liberté d’association. Le nouveau texte en exclurait expressément les sociétés franc-maçonniques, les loges, les Odd Fellows, l’Union philanthropique et les associations qui leur sont affiliées ou semblables, ainsi que toute activité liée à des groupements étrangers de même nature. Il fallait réunir 50 000 signatures ; la Chancellerie fédérale déclare l’initiative valide. Le dépôt est assuré par un comité d’« Action helvétique », dans lequel figure notamment le Genevois Georges Oltramare, figure de l’extrême droite romande.

Arthur Fonjallaz, un colonel séduit par le fascisme

Né à Prilly en 1875, Arthur Fonjallaz est colonel de l’armée suisse et a appartenu au Parti des paysans, artisans et indépendants. Admirateur du régime italien, il fonde à Rome, en 1933, la Fédération fasciste suisse et participe l’année suivante au congrès fasciste international de Montreux. L’initiative qui porte son nom est la seconde lancée par la mouvance frontiste, après une demande de révision totale de la Constitution. Après l’échec de 1937, il crée une Ligue antimaçonnique suisse. En 1941, il est condamné, comme Oltramare, à trois ans de prison et cinq ans de privation des droits civiques en tant qu’agent stipendié du IIIe Reich. Il meurt à Saint-Moritz en 1944.

Le Conseil fédéral et le Parlement disent non

Rejet de l’initiative Fonjallaz contre la franc-maçonnerie en Suisse, 28 novembre 1937
Source : Wikimedia Commons – Ginkgo2g – CC0

Dans son message de septembre 1936, le Conseil fédéral recommande le rejet. Son analyse est nette : rien ne permet de considérer les activités des loges comme illicites, dangereuses pour l’État ou contraires aux mœurs, et une restriction du droit d’association ne se justifie donc pas. L’Assemblée fédérale suit cet avis par un arrêté du 29 septembre 1937. Les autorités fédérales défendent ainsi, au nom des libertés publiques, une institution qu’une partie de l’opinion conservatrice et catholique regarde pourtant avec méfiance.

Le verdict des urnes

Le 28 novembre 1937, unique votation fédérale de l’année, la participation atteint 65,84 %. L’initiative est repoussée par 68,7 % des votants, contre 31,3 % de oui. Elle est rejetée par tous les cantons sauf un : seul Fribourg, canton catholique, l’accepte. L’article 56 de la Constitution reste inchangé. La Suisse devient ainsi l’un des rares pays où la question de l’existence de la franc-maçonnerie a été tranchée directement par le corps électoral.

Une victoire au prix fort pour les loges

Si le scrutin préserve l’existence légale des loges, la campagne laisse des traces. Selon le Grand Orient de Suisse, la Grande Loge suisse Alpina passe d’environ 5 000 membres avant l’initiative à moins de 3 000 en 1945 : nombre de frères, exposés à la suspicion, préfèrent s’éloigner. L’épisode a durablement marqué la mémoire maçonnique helvétique. En 2024, le Musée de la franc-maçonnerie de Berne lui a consacré une exposition temporaire, de février à septembre, rappelant comment la démocratie directe a pu servir de rempart contre une loi d’exception.

Repères chronologiques

  • 1844 : fondation de la Grande Loge suisse Alpina.
  • 1933 : Arthur Fonjallaz fonde à Rome la Fédération fasciste suisse.
  • Septembre 1936 : le Conseil fédéral recommande le rejet de l’initiative.
  • 29 septembre 1937 : l’Assemblée fédérale recommande à son tour le rejet.
  • 28 novembre 1937 : l’initiative est rejetée par 68,7 % des voix et par tous les cantons sauf Fribourg.
  • 1941 : Fonjallaz et Oltramare condamnés comme agents du IIIe Reich.
  • 2024 : exposition du Musée de la franc-maçonnerie de Berne consacrée à l’initiative.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Alchimie et soupçon antimaçonnique (antimaçonnisme), Loge Mère, Complot judéo-maçonnique (antimaçonnisme).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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