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Le 10 mars 1943 sort sur les écrans de la France occupée Forces occultes, sous-titré « Les mystères de la franc-maçonnerie dévoilés pour la première fois à l’écran ». Ce moyen métrage de 53 minutes, commandé par la Propaganda Abteilung allemande, est signé Paul Riche, pseudonyme de Jean Mamy, ancien vénérable d’une loge du Grand Orient, sur un scénario de Jean Marquès-Rivière. Il met en scène un jeune député initié qui découvre un prétendu complot judéo-maçonnique poussant la France à la guerre. Œuvre de propagande pure, le film coûtera la vie à son réalisateur, fusillé en 1949.
Date : 10 mars 1943
Lieu : Paris (France occupée)
Un cinéma au service de l’antimaçonnisme d’État

Depuis la loi du 13 août 1940, les loges sont dissoutes, leurs archives saisies et leurs membres fichés. Le régime de Vichy et l’occupant mènent une véritable campagne de propagande : exposition « La franc-maçonnerie dévoilée » au Petit Palais en 1940, revues spécialisées, publication de listes de dignitaires au Journal officiel. Le cinéma, média de masse, manquait encore à cet arsenal. C’est en 1942 que la Propaganda Abteilung, délégation en France du ministère de la Propagande du Reich, commande un film destiné à populariser la thèse du complot.
Le film : un député dans le piège des loges
Le récit suit Pierre Avenel, jeune parlementaire en quête d’un second souffle pour sa carrière, qui se fait initier franc-maçon. Introduit dans les coulisses des loges, il découvre que ses nouveaux frères conspireraient avec les Juifs et les puissances anglo-saxonnes pour entraîner la France dans une guerre contre l’Allemagne. Le film attaque d’un même mouvement la franc-maçonnerie, le parlementarisme et le judaïsme, conformément aux thèmes martelés par l’occupant et par Vichy.
Une équipe de collaborateurs
Le film est produit par Robert Muzard et distribué par Nova Films. La photographie est de Marcel Lucien et la musique de Jean Martinon. Le rôle principal est tenu par Maurice Rémy, entouré notamment de Marcel Vibert, Auguste Bovério et Gisèle Parry, qui joue Madame Avenel. Le scénariste, Jean Marquès-Rivière, est alors l’un des propagandistes antimaçonniques les plus actifs de l’Occupation. Sorti le 10 mars 1943, le film est en français et dure 53 minutes.
Jean Mamy, du théâtre de l’Atelier à la collaboration

Né à Chambéry, Jean Mamy a été régisseur et acteur au théâtre de l’Atelier chez Charles Dullin de 1920 à 1931. Acteur dans Maldone de Jean Grémillon, il y découvre le métier de la mise en scène, puis réalise en 1931 Baleydier, avec Michel Simon, sur un scénario de Jacques Prévert. Paradoxe tragique : de 1931 à 1939, il est vénérable de la loge Renan du Grand Orient de France. Après la défaite, il devient rédacteur en chef de L’Appel, journal de Pierre Costantini, et signe Paul Riche des articles antisémites dans Au pilori. Forces occultes est son dernier film.
Le temps des comptes
À la Libération, l’équipe est poursuivie. Le producteur Robert Muzard est condamné le 25 novembre 1945 à trois ans de prison pour collaboration. Jean Marquès-Rivière, parti en exil, est condamné à mort par contumace et frappé d’indignité nationale. Jean Mamy, qui s’est constitué prisonnier, est condamné à mort par la Cour de justice de la Seine à la fin de 1948, notamment pour sa collaboration avec la Gestapo et sa participation à l’arrestation de résistants. Il est fusillé au fort de Montrouge le 29 mars 1949.
Un document d’histoire
Aujourd’hui, Forces occultes n’est plus regardé comme une œuvre de cinéma mais comme un document historique sur la propagande de l’Occupation. Le film circule librement en ligne, notamment sur l’Internet Archive, et il est fréquemment cité dans les études sur l’antimaçonnisme. Pour les francs-maçons, il rappelle la manière dont les thèmes du complot ont été mis en images pour justifier l’exclusion et la persécution, et la nécessité de les replacer dans leur contexte lorsqu’ils resurgissent.
Repères chronologiques
- 13 août 1940 : loi de Vichy interdisant les sociétés secrètes.
- Octobre 1940 : exposition « La franc-maçonnerie dévoilée » au Petit Palais.
- 1942 : la Propaganda Abteilung commande le film.
- 10 mars 1943 : sortie de Forces occultes.
- 25 novembre 1945 : condamnation du producteur Robert Muzard.
- 29 mars 1949 : exécution de Jean Mamy au fort de Montrouge.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Alchimie et soupçon antimaçonnique (antimaçonnisme), Initiation, Sautoir de Vénérable Maître, Lalande, Helvétius et les débuts de la réforme du Grand Orient de France, 1771 (date historique), Jean Marquès-Rivière (Personnalité).

