Réception de Johann Gottfried Herder dans la loge Zum Schwert de Riga, 1766 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

En juin 1766, à Riga, port hanséatique de la Livonie alors rattachée à l’Empire russe, Johann Gottfried Herder, jeune enseignant de vingt et un ans à l’école de la cathédrale, est reçu franc-maçon dans la loge Zum Schwert (« À l’Épée »). L’atelier vient de rejoindre la Stricte Observance templière. Le futur philosophe de l’histoire et des langues, ami de Goethe, gardera de cette initiation une relation ambivalente avec la maçonnerie, mais y reviendra à la fin de sa vie en participant à la grande réforme rituelle de Friedrich Ludwig Schröder.

Date : juin 1766
Lieu : Riga, Livonie (Empire russe, aujourd’hui Lettonie)

Riga, carrefour des Lumières baltes

Réception de Johann Gottfried Herder dans la loge Zum Schwert de Riga, 1766
Source : Wikimedia Commons – Anton Graff – Public domain

Au XVIIIe siècle, Riga est une ville germanophone par sa bourgeoisie marchande, ses institutions et sa culture, mais politiquement russe depuis la grande guerre du Nord. Les négociants y entretiennent des liens étroits avec Königsberg, Lübeck et Saint-Pétersbourg. La franc-maçonnerie y arrive dans ce sillage : la plus ancienne loge de la ville, fondée en 1750 par des frères venus d’une loge de Saint-Pétersbourg, MM. von Heyde et Zuckerbecker, porte d’abord le nom d’Étoile du Nord avant de prendre celui de Zum Schwert, « À l’Épée ».

Une loge passée à la Stricte Observance

En 1765, sous l’impulsion du médecin rostockois Gustav von Handtwig, la loge adopte le système de la Stricte Observance templière, ce régime d’origine allemande qui prétendait rattacher la maçonnerie aux chevaliers du Temple et obéir à des « Supérieurs inconnus ». Les sources maçonniques allemandes soulignent pourtant que l’atelier rigois était animé par des esprits libéraux : la famille de négociants Berens, le bourgmestre Schwarz, ou le libraire-éditeur Johann Friedrich Hartknoch, qui fit connaître Kant dans les pays baltes. Ce cercle fonda une école gratuite, le premier théâtre et un journal de la ville.

La réception de Herder

Herder, né en 1744 à Mohrungen en Prusse-Orientale et formé à Königsberg, arrive à Riga en 1764 pour enseigner à la Domschule. Le négociant Johann Zuckerbecker, maître de la loge, l’introduit dans la confrérie, et il est reçu en juin 1766. Selon son épouse Caroline, la loge lui confie aussitôt la charge de secrétaire, bien qu’il n’en ait pas le grade. Il reçoit à Riga les deux premiers grades. Les archives de la ville conservent de sa main la description d’une cérémonie de réception, témoignage rare de la pratique rituelle balte à cette époque.

Un franc-maçon distant

Réception de Johann Gottfried Herder dans la loge Zum Schwert de Riga, 1766
Source : Wikimedia Commons – auteur inconnu – Public domain

Herder se montre vite un membre passif. Il confiera plus tard n’avoir trouvé dans ces premiers grades « aucun rayon de lumière ». Après son départ de Riga et son voyage de 1769, sa carrière l’éloigne de l’ordre : à Strasbourg, il rencontre le jeune Goethe, qui le fait nommer en 1776 surintendant général de l’Église luthérienne à Weimar. Ses fonctions ecclésiastiques lui interdisent alors toute affiliation publique. Il fréquente cependant les Illuminés de Bavière, où il reçoit un nom d’ordre, avant que l’ordre ne soit dissous.

Le retour : la réforme de Schröder

À la fin de sa vie, Herder retrouve la maçonnerie par la voie des idées. À partir de 1799, il entretient une correspondance intense avec Friedrich Ludwig Schröder, grand acteur et réformateur des rituels à Hambourg. En novembre 1800, il lui adresse des propositions qui seront intégrées anonymement : une langue simple, l’abandon des formules de serment violentes, la conservation des symboles comme appel à un travail réel sur soi, la critique des hauts grades et du vocabulaire chevaleresque. Une lettre du 10 mai 1803 montre pourtant qu’il jugeait lui-même sa vie maçonnique peu consistante.

Postérité

Herder, mort à Weimar le 18 décembre 1803, est surtout connu pour ses Idées sur la philosophie de l’histoire de l’humanité et son rôle dans le Sturm und Drang. Pour l’histoire maçonnique, son nom demeure lié à la loge de Riga, que les francs-maçons lettons évoquent encore, et à l’élaboration du rituel dit de Schröder, toujours pratiqué dans des loges germanophones. Les loges de Riga furent fermées en 1794 sur ordre de Catherine II, puis de nouveau interdites en 1809.

Repères chronologiques

  • 1744 : naissance de Herder à Mohrungen (Prusse-Orientale).
  • 1750 : fondation de la loge de Riga, future Zum Schwert.
  • 1764 : Herder enseigne à l’école de la cathédrale de Riga.
  • 1765 : la loge passe à la Stricte Observance templière.
  • Juin 1766 : Herder est reçu franc-maçon.
  • 1776 : Herder devient surintendant général à Weimar.
  • 1800 : collaboration avec Friedrich Ludwig Schröder à la réforme du rituel.
  • 18 décembre 1803 : mort de Herder à Weimar.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Stricte observance templière (Rite maçonnique), Entrée de Herder chez les Illuminés de Bavière à Weimar, 1er juillet 1783 (date historique).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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