Le marquis de Gages à la tête de la loge La Vraie et Parfaite Harmonie de Mons, 1765 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Au milieu des années 1760, à Mons, capitale du Hainaut alors intégrée aux Pays-Bas autrichiens, le jeune François-Bonaventure-Joseph Dumont, marquis de Gages, prend la direction de la loge aristocratique La Vraie et Parfaite Harmonie. La chronologie retient l’année 1765 ; les documents étudiés par les historiens le montrent vénérable au plus tard le 24 juin 1767. Sous sa conduite, cet atelier montois devient le cœur d’une véritable obédience régionale : en 1770, la Grande Loge de Londres fait de Gages son Grand Maître provincial pour tous les Pays-Bas autrichiens. C’est l’acte de naissance d’une franc-maçonnerie belge structurée.

Date : vers 1765-1767
Lieu : Mons, Hainaut (Pays-Bas autrichiens, aujourd’hui Belgique)

Une noblesse éclairée dans les Pays-Bas autrichiens

Le marquis de Gages à la tête de la loge La Vraie et Parfaite Harmonie de Mons, 1765
Source : Wikimedia Commons – Hubert Maurer – Public domain

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les provinces qui formeront la Belgique sont gouvernées depuis Vienne par la maison de Habsbourg, à travers le gouverneur général installé à Bruxelles. Les loges s’y multiplient dans les villes de garnison et les cités marchandes, souvent sous des patentes étrangères, françaises, hollandaises ou anglaises. La noblesse locale y trouve un lieu de sociabilité choisie, où l’on cultive à la fois le goût des Lumières, la musique, la bienfaisance et une certaine idée de l’entre-soi aristocratique. Mons, capitale du comté de Hainaut, siège des États provinciaux, est l’un de ces foyers.

Un héritier ambitieux

Né en 1739, François-Bonaventure-Joseph Dumont doit son titre à un oncle illustre : Jean-Bonaventure Dumont, comte de Gages (1682-1753), Montois passé au service de l’Espagne, officier des Gardes wallonnes qui s’illustre en Italie, à Camposanto et à Velletri, mort à Pampelune en 1753 en faisant de son neveu son légataire universel. Le marquisat de Gages est accordé par Vienne par lettres patentes du 9 décembre 1758. Le jeune marquis épouse en décembre 1761 sa cousine Alexandrine de Bousies ; il reçoit en 1765 le titre largement honorifique de chambellan et entre en 1776 dans la noblesse des États de Hainaut.

La Vraie et Parfaite Harmonie

La loge montoise La Vraie et Parfaite Harmonie recrute dans l’aristocratie et la haute bourgeoisie du Hainaut. Selon l’étude de Dierkens consacrée au marquis, elle est d’abord érigée en Grande Loge provinciale de la Grande Loge de France pour la période 1765-1769, ce qui explique sans doute l’année 1765 retenue par les chronologies. Le marquis en est le vénérable attesté le 24 juin 1767. L’atelier fait alors construire à Mons, entre 1767 et 1769, un hôtel maçonnique dessiné par l’architecte Fonson, signe de son prestige et de ses moyens. Gages s’y révèle un administrateur exigeant, attentif aux rituels comme à la composition sociale de ses frères.

De Paris à Londres : la Grande Loge provinciale

Le marquis cherche ensuite une légitimité plus haute. Le 20 janvier 1770, la Grande Loge d’Angleterre (celle des « Modernes ») reconnaît La Vraie et Parfaite Harmonie ; le 22 janvier 1770, elle nomme Gages Grand Maître provincial « de et pour tous les Pays-Bas autrichiens », avec pouvoir de constituer des loges. Les patentes sont signées par Charles Dillon, Député Grand Maître. La Grande Loge provinciale tient ses assemblées à Mons, mais aussi à Tournai, Bruges, Alost, Namur, Anvers et Bruxelles. Elle fédère cinq loges en 1770, neuf en 1773, quinze en 1776 et vingt-six en 1786, parmi lesquelles la Discrète impériale d’Alost, la Constante Fidélité de Malines ou la Parfaite Union de Luxembourg.

Les rituels du marquis de Gages

Le marquis de Gages à la tête de la loge La Vraie et Parfaite Harmonie de Mons, 1765
Source : Wikimedia Commons – Jean-Pol GRANDMONT – CC BY-SA 3.0

Le nom de Gages reste attaché à un ensemble de rituels manuscrits datés de 1763 et conservés à la Bibliothèque nationale à Paris. Publiés en cinq volumes par les éditions Mnémosyne entre 1996 et 1998, ces Rituels du marquis de Gages sont une source précieuse pour connaître les grades pratiqués dans les loges francophones des années 1760, symboliques comme hauts grades. Ils témoignent de la circulation des textes entre la France, les Pays-Bas et l’Angleterre à une époque où les systèmes de grades se multiplient.

La fin d’une obédience

L’édifice se défait sous le règne de Joseph II. Son ordonnance sur la franc-maçonnerie, appliquée aux Pays-Bas en 1786, limite le nombre de loges autorisées et les place sous contrôle de l’État. Trois loges bruxelloises confient la présidence d’un comité central au baron de Seckendorff, délégué de la Grande Loge nationale de Vienne. Gages, qui avait déjà été fragilisé par des soupçons de détournement visant un de ses correspondants, convoque une dernière assemblée et démissionne avec la plupart de ses grands officiers. Quelques mois avant sa mort, survenue en 1787 à 47 ans, il s’affilie encore à la loge bruxelloise L’Heureuse Rencontre en qualité d’« ancien grand maître ».

Postérité

Le marquis de Gages est aujourd’hui considéré comme le premier organisateur d’une franc-maçonnerie à l’échelle des provinces belges. Son œuvre, adossée à la Grande Loge de Londres, préfigure l’autonomie que les obédiences belges conquerront au XIXe siècle. Les travaux d’historiens, comme l’ouvrage collectif Le marquis de Gages (1739-1787). La franc-maçonnerie dans les Pays-Bas autrichiens paru en 2000, ont remis en lumière cette figure longtemps éclipsée.

Repères chronologiques

  • 1739 : naissance de François-Bonaventure-Joseph Dumont, futur marquis de Gages.
  • 9 décembre 1758 : lettres patentes érigeant le marquisat de Gages.
  • Vers 1765 : La Vraie et Parfaite Harmonie de Mons est érigée en Grande Loge provinciale de la Grande Loge de France ; Gages en prend la direction.
  • 24 juin 1767 : Gages est attesté vénérable de la loge.
  • 22 janvier 1770 : la Grande Loge d’Angleterre le nomme Grand Maître provincial des Pays-Bas autrichiens.
  • 1786 : réforme maçonnique de Joseph II et démission de Gages.
  • 1787 : mort du marquis de Gages.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Fondation de la Grande Loge provinciale du Massachusetts à Boston, 30 juillet 1733 (date historique), Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Sautoir de Vénérable Maître, Patente.

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