Réaction (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La réaction désigne, dans l’histoire politique, la volonté de répondre aux bouleversements modernes par un retour à un ordre antérieur, réel ou idéalisé. Dans l’antimaçonnisme, elle prend souvent la forme d’une nostalgie du trône, de l’autel, de l’unité religieuse, des hiérarchies sociales, des appartenances imposées et d’une société tenue par des autorités verticales. La franc-maçonnerie devient alors l’un des symboles honnis de la rupture.

Pouvoir, religion et colonisation sous l’ancien régime4e

Le réactionnaire antimaçonnique ne reproche pas seulement aux loges ce qu’elles auraient fait. Il leur reproche ce qu’elles représentent. L’esprit des Lumières, la liberté de conscience, la République, l’école laïque, les droits de l’homme, l’émancipation des individus, la contestation des privilèges, le pluralisme religieux, la mobilité sociale. Tout ce qui a déplacé les anciens centres d’autorité peut être attribué à une influence maçonnique réelle ou fantasmée.

Le récit de la chute

La réaction a besoin d’un récit de la chute. Le monde ancien aurait été brisé par une puissance organisée. Cette puissance, selon les époques, s’appelle philosophie, jacobinisme, franc-maçonnerie, judaïsme, protestantisme, libéralisme, bolchevisme, mondialisme.

L’antimaçonnisme donne à cette réaction un théâtre et des personnages. La loge devient la chambre noire où le passé aurait été assassiné.

Ce récit fonctionne parce qu’il simplifie le deuil. Toute société qui change perd quelque chose. Des formes anciennes disparaissent, des autorités se déplacent, des rites collectifs se fragilisent, des évidences s’effondrent. La réaction transforme cette douleur en accusation. Elle ne demande plus ce que le passé contenait d’injustices ou de contradictions. Elle cherche ceux qui l’auraient détruit. La franc-maçonnerie devient alors le nom commode de la perte.

Un passé idéalisé

La réaction antimaçonnique idéalise souvent le passé. Elle parle d’ordre, mais oublie les exclusions. Elle parle d’unité, mais oublie les contraintes. Elle parle d’harmonie, mais oublie les dominations. Elle parle de verticalité, mais oublie les vies courbées sous cette verticalité. Elle parle de tradition, mais ne voit plus que la tradition peut être vivante ou morte selon la manière dont elle est transmise.

La réponse initiatique

La réponse initiatique ne consiste pas à mépriser toute fidélité au passé. La franc-maçonnerie elle-même vit de traditions, de rites, de transmissions, de mémoire, de gestes reçus. Elle sait qu’un homme sans mémoire est un homme appauvri. Mais elle distingue tradition et réaction. La tradition transmet pour faire vivre. La réaction idéalise pour immobiliser. L’une donne des racines à l’arbre. L’autre voudrait empêcher l’arbre de croître.

La réaction devient dangereuse lorsqu’elle transforme la mémoire en accusation. Le passé cesse alors d’être une source. Il devient un tribunal. Toute nouveauté devient trahison. Toute liberté devient dissolution. Toute pluralité devient décadence. Toute émancipation devient complot. La franc-maçonnerie se trouve au centre de cette haine parce qu’elle incarne une tradition paradoxale, ancienne par ses rites, moderne par son appel à la liberté de conscience.

Une tradition vivante

Dans le Temple, la tradition n’est pas répétition morte. Elle est reprise vivante. Chaque génération reçoit les outils, mais doit les manier elle-même. Chaque initié reçoit un rite, mais doit l’habiter. Chaque symbole vient de loin, mais doit ouvrir un présent. Cette compréhension de la tradition s’oppose radicalement à la réaction, qui voudrait conserver sans transformer.

L’entrée « Réaction » rappelle donc que l’antimaçonnisme naît souvent d’une peur du temps. Peur que le monde change. Peur que l’autorité ne soit plus évidente. Peur que les consciences s’émancipent. Peur que la nation devienne pluralité. Peur que la tradition demande interprétation. La loge devient alors le nom de cette peur. Le travail initiatique, lui, consiste à traverser le temps sans renier la lumière.

Voir aussi : Nostalgies réactionnaires, Contre-révolution, Décadence, Action française, Lumières, Tradition, Modernité.

Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, Yonnel Ghernaouti

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.

Pour aller plus loin

Glossaire de la franc-maçonnerie

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