Ratier, Emmanuel (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Emmanuel Ratier (1957-2015) fut journaliste, éditeur, libraire, animateur de Radio Courtoisie et fondateur de Faits et Documents, lettre d’informations confidentielles consacrée à l’actualité politique, économique et culturelle française et internationale. Classé à l’extrême droite, il s’inscrit dans la continuité d’une tradition documentaire héritée notamment d’Henry Coston, attentive aux réseaux, aux appartenances, aux milieux dirigeants, aux organisations juives, maçonniques, politiques, financières ou médiatiques.

Une forme de travail

aides à la presse

Son importance pour cet abécédaire tient à la forme de son travail. Emmanuel Ratier ne relève pas du pamphlet le plus grossier. Il incarne un autre style, celui du dossier, de l’archive, de la fiche, du réseau, de la cartographie d’influence. C’est précisément ce qui rend cette figure intéressante. Le soupçon peut se donner les apparences de la documentation. Il peut accumuler des noms, des dates, des liens, des appartenances, puis laisser croire que cette accumulation vaut démonstration.

Faits et Documents

Avec Faits et Documents, fondé en 1996, il donne à cette méthode un support régulier. La publication se présente comme une lettre confidentielle de douze pages, traitant des coulisses politiques, économiques et culturelles. Plusieurs sources soulignent que cette lettre s’inscrit dans une ligne éditoriale d’extrême droite, marquée par une attention insistante aux réseaux d’influence, aux milieux dirigeants et aux appartenances supposées ou réelles.

Emmanuel Ratier est aussi l’auteur de Mystères et secrets du B’naï B’rith – La plus importante organisation juive internationale, publié chez Facta en 1993. Ce titre illustre clairement sa méthode et ses obsessions éditoriales. Il s’agit de présenter une organisation juive internationale à travers le vocabulaire du secret, des réseaux, des influences et des puissances discrètes. Le livre appartient à cette littérature où l’enquête documentaire, ou prétendue telle, peut glisser vers une cartographie du soupçon, particulièrement lorsque le judaïsme, la franc-maçonnerie, les élites et les organisations internationales sont rapprochés dans une même logique d’influence cachée.

La librairie Facta

À la fin de 2005, Emmanuel Ratier devient propriétaire de la librairie Facta, située dans le 9e arrondissement de Paris, présentée comme l’une des dernières librairies d’extrême droite de la capitale. Selon Le Monde, cette librairie prolongeait son activité éditoriale et militante, dans un environnement où circulaient des ouvrages issus des droites radicales et des cultures conspirationnistes.

La librairie Facta a également été décrite, par des observateurs critiques comme Michel Eltchaninoff, comme un lieu de vente d’ouvrages négationnistes, des Protocoles des Sages de Sion, de Mein Kampf et de textes issus de l’univers fasciste ou collaborationniste. Il faut ici garder une formulation prudente, car il s’agit d’une caractérisation critique portée par des commentateurs. Mais l’élément est important pour comprendre l’écosystème intellectuel et militant dans lequel Ratier s’inscrit. Ce n’est pas seulement une librairie. C’est un lieu de conservation, de diffusion et de circulation d’une bibliothèque de l’extrême droite radicale.

Après sa mort, une partie du stock de la librairie Facta aurait été reprise ou dispersée dans d’autres circuits de librairie et d’édition proches de la droite radicale, ce qui montre que ce type de fonds ne disparaît pas avec son animateur. Il circule, se transmet, se recompose. La bibliothèque du soupçon a ses relais, ses héritiers, ses circuits de conservation. Là encore, l’enjeu n’est pas seulement biographique. Il est éditorial et culturel.

La franc-maçonnerie dans son œuvre

min culture presse écrite

La question de la franc-maçonnerie occupe une place particulière dans son parcours. Selon Jean-Moïse Braitberg, cité dans les éléments disponibles en ligne, Emmanuel Ratier aurait été membre d’une loge rattachée à la Grande Loge Nationale Française, d’orientation ésotérique proche de René Guénon, qui n’existerait plus. D’autres ont mentionné une correspondance liée à une appartenance supposée à la loge La Nef de Saint-Jean à l’Orient de La Garenne-Colombes d’une autre obédience. Emmanuel Ratier a cependant démenti cette appartenance. Il faut donc présenter ce point comme une controverse, non comme un fait établi. Cette incertitude est elle-même révélatrice.

Dans l’univers antimaçonnique, l’appartenance supposée, réelle, niée ou discutée devient souvent une pièce du récit. L’ancien initié, le proche des loges, le connaisseur des réseaux, l’homme qui sait parce qu’il aurait vu de l’intérieur, tous ces profils nourrissent la rhétorique du dévoilement. Dans le cas d’Emmanuel Ratier, la prudence s’impose. Ce qui compte pour l’abécédaire n’est pas de trancher une appartenance contestée, mais de comprendre comment la franc-maçonnerie devient, dans son univers documentaire, l’un des objets majeurs de la cartographie des influences.

Emmanuel Ratier appartient ainsi à cette zone où l’enquête politique, la curiosité documentaire et l’imaginaire conspirationniste se touchent dangereusement. L’enjeu n’est pas de nier que les réseaux existent. Ils existent. Les milieux politiques, économiques, médiatiques, religieux ou associatifs produisent des relations, des sociabilités, des influences, des proximités. L’enjeu est de refuser que toute relation devienne complot, que toute appartenance devienne culpabilité, que toute sociabilité devienne preuve de pouvoir caché.

Sa proximité tardive avec Alain Soral et l’environnement d’Égalité et Réconciliation prolonge cette logique dans l’âge numérique. Plusieurs sources indiquent qu’il s’est rapproché de cette mouvance, et que Faits et Documents a ensuite été repris par des proches de cet univers après sa mort. Cette continuité est importante. Elle montre le passage d’une culture du fichier papier et de la lettre confidentielle vers une culture de plateforme, de site militant, de vidéo, de réédition et de communauté numérique.

Une lecture initiatique

Dans une lecture initiatique, Emmanuel Ratier illustre une perversion possible de l’archive. L’archive devrait ouvrir la complexité. Elle peut aussi devenir instrument de soupçon. La fiche devrait aider à comprendre une trajectoire. Elle peut devenir assignation. La liste devrait permettre un repérage documentaire. Elle peut devenir arme de désignation.

Toute la question est là. La méthode ne se juge pas seulement à l’abondance des matériaux, mais à la droiture du regard qui les organise. Cette entrée doit donc être située dans la continuité de Henry Coston, de Faits et Documents, de la presse antimaçonnique et de la cartographie des élites. Emmanuel Ratier incarne moins le pamphlet flamboyant que le soupçon méthodique, le soupçon classé, fiché, relié, documenté en apparence. Or l’antimaçonnisme contemporain a souvent besoin de cette apparence. Il ne veut plus seulement crier contre les loges. Il veut montrer des tableaux, des organigrammes, des réseaux, des noms, des correspondances. Il veut donner à la vieille légende noire l’allure d’une enquête.

La réponse maçonnique

La réponse maçonnique doit donc être exigeante. Elle ne doit pas nier l’existence des réseaux sociaux, politiques, médiatiques ou fraternels. Elle doit rappeler que les réseaux ne sont pas nécessairement des complots, que les appartenances ne sont pas des culpabilités, que les sociabilités ne sont pas des preuves d’emprise. La véritable méthode distingue. Le soupçon amalgame. C’est cette différence que l’entrée Emmanuel Ratier permet de faire apparaître avec netteté.

Voir aussi : Faits et Documents, Médias, Méthode complotiste, Élites, Presse antimaçonnique, Henry Coston, Alain Soral, Judéo-maçonnisme, Cartographie des réseaux, Vraie critique et faux procès.

Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, Yonnel Ghernaouti

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.

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