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Du 8 au 10 juillet 1911, Paris accueille la quatrième des rencontres maçonniques pour la paix nées en 1907 au col de la Schlucht. Reportée d’un an, elle prend pour la première fois le nom de « manifestation maçonnique internationale » et s’élargit au-delà du seul face-à-face franco-allemand. Mais elle se tient en pleine crise d’Agadir, qui oppose la France et l’Allemagne au sujet du Maroc : le Grand Orient de France prend ses distances. La rencontre illustre à la fois l’espérance pacifiste d’une partie des maçons européens et les limites de leur influence.
Date : 8-10 juillet 1911
Lieu : Paris, France
De la Schlucht à Paris

Lancées le 7 juillet 1907 au col de la Schlucht par le Français Charles Bernardin et par Riess, vénérable de la loge Zur Treue de Colmar, poursuivies à Bâle en 1908 et à Baden-Baden en 1909, les rencontres maçonniques franco-allemandes devaient se tenir à Paris en juillet 1910. Elles sont reportées d’un an : il n’y a pas de rencontre en 1910. En venant à Paris, le mouvement s’installe pour la première fois dans une capitale.
Une manifestation désormais « internationale »
Selon l’historien Joachim Berger, c’est à partir de 1911 que ces réunions prennent le nom de « manifestations maçonniques internationales », parfois complété par la mention « pour la paix ». Le compte rendu officiel porte le titre IVe manifestation maçonnique internationale. Paris ouvre la voie à un élargissement géographique : suivront Luxembourg en mai 1912, sous la houlette du grand maître luxembourgeois Junck, puis La Haye du 23 au 25 août 1913, accueillie par le Grand Orient des Pays-Bas.
L’ombre d’Agadir
La rencontre s’ouvre quelques jours après le coup d’Agadir du 1er juillet 1911, lorsque l’Allemagne envoie une canonnière devant le port marocain pour peser sur le partage colonial. La tension franco-allemande est à son comble. Dans ce contexte, le Grand Orient de France préfère se tenir à distance d’une manifestation qui pourrait paraître complaisante envers Berlin. Les organisateurs maintiennent néanmoins le rendez-vous, qui prend dès lors valeur de témoignage.
Les acteurs

Le comité d’organisation reste indépendant des obédiences. Il est animé par Charles Bernardin (1860-1939), juge de paix à Pont-à-Mousson et vénérable de Saint-Jean de Jérusalem de Nancy, qui prend la parole en faveur de la paix, et par Heinrich Kraft, professeur à Strasbourg et vénérable de la loge An Erwins Dom. Le Neuchâtelois Édouard Quartier-la-Tente, à la tête du Bureau international de relations maçonniques, et le Néerlandais P. G. A. Dop comptent parmi les autres figures du mouvement.
Un pacifisme maçonnique à l’épreuve
Ces manifestations s’inscrivent dans un vaste mouvement maçonnique pour la paix et l’arbitrage international : congrès de Bruxelles de 1904, où le Français Lucien Le Foyer plaide pour un rapprochement franco-allemand, Ligue universelle des francs-maçons fondée en 1905, Bureau international de Neuchâtel. Mais la crise d’Agadir montre que les obédiences nationales restent sensibles aux tensions diplomatiques. Deux mois plus tard, à Rome, le Grand Orient d’Italie se range derrière la guerre de Libye.
Postérité
La rencontre prévue à Francfort en 1914 est annulée par la guerre. Bernardin relance les manifestations après 1925 et préside leur comité jusqu’à sa mort. En 1933, face aux persécutions nazies, le comité reporte la douzième manifestation à Paris, pour protéger les frères allemands : vingt-deux ans après 1911, la capitale française redevient le refuge de cette fraternité.
Repères chronologiques
- 7 juillet 1907 : rencontre du col de la Schlucht.
- 3-5 juillet 1909 : rencontre de Baden-Baden.
- Juillet 1910 : la rencontre de Paris est reportée.
- 1er juillet 1911 : coup d’Agadir.
- 8-10 juillet 1911 : IVe manifestation maçonnique internationale à Paris.
- Mai 1912 : Ve manifestation, à Luxembourg.
- 23-25 août 1913 : VIe manifestation, à La Haye.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Lalande, Helvétius et les débuts de la réforme du Grand Orient de France, 1771 (date historique), Obédience, Fraternité, Loge Mère, Charles Bernardin (Personnalité).

