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Médecin bordelais installé à Paris, élu municipal de la capitale et ardent défenseur d’une science affranchie de toute métaphysique, Henri Thulié (1832-1916) a présidé le Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France de 1889 à 1892, puis de 1893 à 1894. Sous sa présidence, l’obédience se dote d’une caisse de secours et de prévoyance, tandis qu’il contribue avec Louis Amiable à des rituels d’inspiration positiviste.
Un médecin engagé dans la cité

Né à Bordeaux en 1832, Jean-Baptiste Henri Thulié exerce la médecine à Paris. Pendant la guerre de 1870, il sert comme officier de la Garde nationale, avant de s’engager dans la vie municipale : élu au conseil municipal de Paris, il en assure la présidence à plusieurs reprises dans les années 1870 et au début des années 1880, période où la jeune majorité républicaine s’affirme à l’Hôtel de Ville.
Ses compétences médicales le conduisent vers les questions d’assistance et de santé mentale. Il devient vice-président du Conseil supérieur de l’assistance publique et siège à la commission chargée des asiles d’aliénés. Républicain et anticlérical déclaré, il participe aussi à des congrès féministes et soutient le mouvement en faveur de la liberté de la crémation.
Un savant positiviste
Thulié appartient au cercle des médecins et anthropologues qui veulent fonder la connaissance de l’homme sur la seule observation. Lié à l’École d’anthropologie de Paris, il collabore durablement à la revue créée par Gabriel de Mortillet et compte parmi les promoteurs de la psychophysiologie. Il est proche du docteur Désiré-Magloire Bourneville, autre médecin franc-maçon engagé dans la réforme de l’assistance.
Son œuvre écrite reflète ces préoccupations : La Folie et la loi interroge le statut juridique des malades mentaux, La Coalition cléricale relève du combat politique, et Dressage des jeunes dégénérés ou Orthophrénopédie (1900) propose une méthode de rééducation des jeunes délinquants. Il publie également, pour le Grand Orient, des éloges funèbres de maçons disparus.
Du « Matérialisme scientifique » au Conseil de l’Ordre
Initié au Grand Orient de France dans la loge Alsace-Lorraine, Thulié fonde ensuite à Paris la loge Les Maçons réunis, qui adopte à sa demande, en 1887, le titre distinctif très programmatique de Le Matérialisme scientifique. L’atelier cesse ses travaux en 1892 ; Thulié demeure alors membre de sa loge d’origine.
Élu au Conseil de l’Ordre dès 1878, il y accomplit plusieurs mandats avant d’en prendre la présidence en 1889. Il cède la place à Paul Viguier en 1892, retrouve la fonction en 1893 et l’exerce encore en 1894, mais la maladie l’empêche d’achever ce dernier mandat : Antoine Blatin assure alors la direction de l’obédience.
Une présidence tournée vers la solidarité et le rituel
Les années Thulié prolongent la grande inflexion de 1877, qui a rendu facultative la référence au Grand Architecte de l’Univers. L’obédience cherche à traduire ses principes dans des institutions concrètes : sous sa présidence sont créés une caisse de secours et de prévoyance destinée aux francs-maçons et un fonds consacré à la diffusion des idéaux de l’Ordre.
Avec Louis Amiable, Thulié participe aussi à la rédaction de rituels marqués par l’esprit positiviste du temps, dans lesquels le symbolisme est relu à la lumière de la morale laïque et du progrès des connaissances. Il meurt à Paris en 1916, à l’âge de quatre-vingt-trois ans.
Repères
- Naissance : 1832, Bordeaux
- Décès : 1916, Paris
- Profession : Médecin, élu municipal de Paris
- Obédience : Grand Orient de France
- Fonction : Président du Conseil de l’Ordre
- Mandat(s) : 1889-1892 ; 1893-1894
- Loge(s) : Alsace-Lorraine (Paris) ; fondateur de Les Maçons réunis, devenue Le Matérialisme scientifique (1887-1892)
Voir aussi dans le glossaire : Grand Maître, Conseil de l’Ordre (Conseil), Libre examen, Rituel.
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