Dark City (Film)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Avec Dark City (1998), Alex Proyas imagine une ville plongée dans une nuit sans fin, dont les habitants voient chaque soir leur mémoire réécrite par de mystérieux Étrangers. Aucune Franc-maçonnerie dans ce chef-d’œuvre de science-fiction néo-noire, mais une méditation saisissante sur l’identité, l’éveil de la conscience et la sortie de la caverne, qui parle directement au chercheur de lumière.

De quoi parle Dark City ?

John Murdoch se réveille dans une chambre d’hôtel sans le moindre souvenir. Un appel l’avertit qu’« ils » arrivent ; à ses pieds gît le corps d’une femme. Poursuivi par un inspecteur qui le croit coupable de meurtres en série et par des hommes livides en manteau noir, il découvre qu’il partage leur étrange pouvoir de modeler la matière. Surtout, il comprend qu’à minuit toute la ville s’endort, tandis que ces Étrangers en remodèlent les rues et les souvenirs.

Écrit par Proyas avec Lem Dobbs et David S. Goyer, le film réunit Rufus Sewell, Kiefer Sutherland, Jennifer Connelly et William Hurt. Échec commercial à sa sortie, il a reçu le prix Hugo du meilleur film et a été désigné meilleur film de l’année par le critique Roger Ebert. Une version longue, voulue par le réalisateur, est parue en 2008.

Des maîtres de l’ombre, mais pas de Loge

Le film ne parle pas de Franc-maçonnerie. Ses Étrangers forment pourtant le parfait modèle des « maîtres cachés » que l’imaginaire conspirationniste aime prêter aux sociétés discrètes : un collectif invisible, sans visage individuel, qui manipule une population endormie. Dark City pousse cette logique jusqu’à son terme métaphysique, puisque c’est la réalité elle-même qui est truquée.

La lecture la plus féconde n’est donc pas politique mais philosophique. On a rapproché le film de l’allégorie de la caverne de Platon et de la pensée gnostique, où un démiurge enferme les âmes dans un monde illusoire. Le nom du docteur Schreber, emprunté à un célèbre cas de psychose décrit au début du XXᵉ siècle, souligne l’ambiguïté entre révélation et délire.

S’éveiller dans la nuit

Murdoch est l’homme qui ne dort plus à minuit : premier signe d’un éveil. Son trajet, de l’amnésie à la conscience de soi, rappelle la sortie des ténèbres vers la lumière que l’initiation met en scène. Les Étrangers posent la question de savoir ce qui reste d’un être quand on lui retire sa mémoire ; le film suggère qu’un noyau demeure, que nul ne peut réécrire.

Il faut aussi relever la quête obstinée de Shell Beach, ce rivage ensoleillé que tous se rappellent et que personne ne sait rejoindre. On peut y voir la figure du lieu promis, de l’Orient vers lequel on chemine. Le maçon y trouvera enfin un contraste fécond : le démiurge du film enferme, alors que l’idée d’un Grand Architecte, telle que la conçoivent nombre de Loges, appelle l’homme à bâtir librement.

Le film a d’ailleurs marqué durablement la science-fiction, et certains de ses décors ont été réutilisés pour Matrix l’année suivante. Les deux œuvres partagent une même intuition : le monde apparent peut être un voile, et l’éveil commence par le doute.

Fiche technique

  • Titre original : Dark City
  • Année : 1998
  • Pays : États-Unis, Australie
  • Réalisation : Alex Proyas
  • Scénario : Alex Proyas, Lem Dobbs, David S. Goyer
  • Interprètes : Rufus Sewell, Kiefer Sutherland, Jennifer Connelly, William Hurt
  • Durée : 1 h 40
  • Genre : Science-fiction, néo-noir

Voir aussi dans le glossaire : Lumière (maçonnique), Ténèbres, Grand Architecte de l'Univers, Miroir.

Pour aller plus loin sur 450.fm

Glossaire de la franc-maçonnerie

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