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En 1783, à Paris, le médecin Franz Anton Mesmer et ses disciples, au premier rang desquels l’avocat Nicolas Bergasse et le banquier Guillaume Kornmann, fondent la Société de l’Harmonie, bientôt dite « universelle ». À la fois école privée, entreprise commerciale et loge à rituel maçonnique, elle doit transmettre contre souscription la doctrine du magnétisme animal. Elle séduit la noblesse de cour et essaime en province, avant d’être fragilisée par les commissions royales de 1784 et la rupture avec Mesmer. Elle illustre la porosité, à la veille de la Révolution, entre loges et sociétés savantes ou illuministes.
Date : 1783
Lieu : Paris, France
Mesmer, un médecin viennois à Paris

Né à Iznang, sur les bords du lac de Constance, Franz Anton Mesmer (1734-1815) a étudié la médecine à Vienne. Il y développe la théorie d’un « fluide universel » dont les déséquilibres causeraient les maladies, et qu’un praticien pourrait rétablir : c’est le magnétisme animal. Après des controverses viennoises, il quitte l’Autriche en février 1778, s’installe à Créteil en mai, puis au cœur de Paris. Le succès est rapide : on se presse à ses séances.
Le baquet et la vogue du magnétisme
Pour soigner plusieurs patients à la fois, Mesmer conçoit vers 1780 le fameux baquet : une cuve d’eau « magnétisée » d’où sortent des tiges de fer recourbées que les malades appliquent sur leur corps, reliés entre eux par des cordes. Miroirs et musique, dont l’harmonica de verre joué par Mesmer lui-même, complètent le dispositif. Les crises convulsives qui s’ensuivent fascinent le Tout-Paris, scandalisent les médecins et alimentent les gazettes.
La fondation de la Société de l’Harmonie
En mars 1783, Mesmer crée une « loge de l’Harmonie » qui devient la Société de l’Harmonie universelle ; l’organisation se structure surtout en 1784. L’avocat lyonnais Nicolas Bergasse et le banquier strasbourgeois Guillaume Kornmann organisent une souscription pour acheter le « secret » de Mesmer, qui sera enseigné aux membres sous le sceau du silence. La société emprunte à la franc-maçonnerie ses grades, son vocabulaire et son goût du secret : les historiens la décrivent comme mi-entreprise commerciale, mi-école privée, mi-loge maçonnique.
Des membres de premier plan

La liste des souscripteurs témoigne de l’engouement aristocratique : on y relève des membres des familles de Noailles et de Montesquiou, le marquis de La Fayette, ou encore les trois frères Chastenet de Puységur. L’un d’eux, Armand Marc Jacques de Puységur, observe en 1784 sur ses terres de Buzancy un « sommeil lucide », point de départ de l’hypnose moderne. Bergasse, proche des milieux maçonniques et en relation avec le Lyonnais Jean-Baptiste Willermoz, se retournera plus tard contre la maçonnerie. Des sociétés affiliées naissent à Strasbourg, Lyon, Bordeaux et jusqu’à Saint-Domingue.
Commissions royales et rupture
En mars 1784, Louis XVI nomme deux commissions d’enquête. Y siègent notamment Benjamin Franklin, Lavoisier, Bailly, Guillotin et Jussieu. Leur verdict est sévère : aucune preuve d’un fluide magnétique, les effets observés relèvent de l’imagination ; seul Jussieu émet un avis divergent. Parallèlement, Mesmer se brouille avec Bergasse et Kornmann, qui veulent faire de la doctrine un savoir public et parfois politique. Il quitte Paris vers le début de 1785, tandis que la Société se fracture.
Une pépinière de futurs révolutionnaires
La Société de l’Harmonie devient, au-delà de la médecine, un lieu de sociabilité politique où se croisent de futurs acteurs de 1789, Bergasse et La Fayette en tête. Sa structure initiatique, sa hiérarchie de grades et son réseau provincial en font l’une des nombreuses organisations para-maçonniques de la fin du XVIIIe siècle, au même titre que certaines sociétés mystiques de Lyon ou d’Allemagne. Mesmer, lui, finit sa vie dans un certain isolement en Suisse puis à Meersburg, où il meurt le 5 mars 1815.
Repères chronologiques
- Février 1778 : Mesmer quitte Vienne pour Paris.
- Vers 1780 : mise au point du baquet magnétique.
- Mars 1783 : création de la loge de l’Harmonie.
- 1784 : souscription Bergasse-Kornmann et essor de la Société de l’Harmonie universelle.
- Mars 1784 : nomination des commissions royales d’enquête.
- Début 1785 : Mesmer quitte Paris après sa rupture avec Bergasse et Kornmann.
- 5 mars 1815 : mort de Mesmer à Meersburg.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Maître de loge ou Maître en chaire, Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Benjamin Franklin (Personnalité), Jean-Baptiste Willermoz (Personnalité).

