Alibert, Raphaël (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Raphaël Alibert, né le 17 février 1887 à Saint-Laurent-Lolmie (Lot) et mort le 5 juin 1963 à Paris, est un juriste et homme politique d’extrême droite, ancien maître des requêtes au Conseil d’État. Garde des Sceaux du gouvernement de Vichy du 12 juillet 1940 au 27 janvier 1941, il fut l’un des principaux artisans juridiques de la « Révolution nationale ». Son nom reste attaché à la loi du 13 août 1940 portant interdiction des associations secrètes, qui frappa la franc-maçonnerie, ainsi qu’au premier statut des Juifs d’octobre 1940.

Un juriste de la droite contre-révolutionnaire

Raphaël Alibert
Wikimedia Commons – Public domain

Alibert est d’abord un homme de dossiers, formé à la rigueur du droit public. Issu d’une famille catholique traditionaliste, élève des jésuites à Toulouse puis étudiant à la faculté de droit de Paris, il soutient en 1909 une thèse sur les syndicats et associations de fonctionnaires. Il entre au Conseil d’État comme maître des requêtes et s’y fait une réputation de spécialiste du droit administratif, avant de démissionner en 1924.

Dans l’entre-deux-guerres, il gravite autour des milieux qui rêvent d’une réforme autoritaire de l’État : il figure parmi les premiers administrateurs du Redressement français en 1927, échoue aux élections législatives de 1928 et devient précepteur du fils du prétendant orléaniste. Proche de l’Action française sans en être membre, il est soupçonné à la fin des années 1930 d’avoir frayé avec la Cagoule. Ce parcours dessine un profil : un légiste convaincu que la République parlementaire est une maladie et que le droit peut servir à la guérir.

L’architecte juridique des premiers mois de Vichy

En juillet 1940, Alibert passe de l’ombre au cœur du pouvoir. Directeur du cabinet civil du maréchal Pétain, puis sous-secrétaire d’État à la présidence du Conseil, il contribue à préparer le vote des pleins pouvoirs du 10 juillet 1940 et à rédiger les premiers actes constitutionnels. Devenu garde des Sceaux, il dispose d’un instrument redoutable : la capacité de traduire une idéologie en textes applicables.

Les semaines qui suivent voient une rafale de lois d’exclusion. La loi du 22 juillet 1940 ouvre la révision des naturalisations accordées depuis 1927 ; d’autres textes restreignent l’accès à la fonction publique et à certaines professions pour les enfants de pères étrangers ; le décret-loi Marchandeau, qui réprimait la diffamation raciale dans la presse, est abrogé. Le premier statut des Juifs du 3 octobre 1940 porte sa signature. Alibert nia plus tard en avoir été l’auteur, mais le témoignage du ministre Paul Baudouin évoque un statut préparé par ses soins.

La loi du 13 août 1940 sur les associations secrètes

La franc-maçonnerie est frappée par une catégorie juridique plutôt que par son nom. La loi du 13 août 1940 interdit les associations dites secrètes et prononce leur dissolution. Le texte vise en pratique les obédiences maçonniques : le Grand Orient de France et la Grande Loge de France sont dissous, leurs biens saisis, leurs archives confisquées. La technique est caractéristique de la méthode Alibert : définir une catégorie générale, puis laisser l’administration en désigner le contenu.

Le dispositif le plus insidieux concerne les agents publics. Les fonctionnaires doivent signer une déclaration sur l’honneur attestant qu’ils n’appartiennent pas, ou n’appartiennent plus, à une telle association. Une fausse déclaration expose à la révocation et à des poursuites. Les archives conservent encore des listes de déclarations recueillies dans les ministères, preuve que la loi a été appliquée avec la minutie d’une procédure administrative ordinaire.

Cette loi transforme une hostilité idéologique ancienne, nourrie depuis des décennies par la presse nationaliste et catholique intransigeante, en instrument d’État. Le soupçon devient formulaire, et l’appartenance passée devient une faute.

Une mécanique qui lui survit

Alibert quitte le gouvernement, mais sa loi continue de produire ses effets. Impliqué dans l’éviction de Pierre Laval le 13 décembre 1940, il est écarté au début de 1941 lorsque l’amiral Darlan relance la collaboration, et réintégré au Conseil d’État comme simple conseiller. La persécution antimaçonnique, elle, s’amplifie après son départ.

La loi du 11 août 1941 ordonne la publication au Journal officiel des noms des anciens dignitaires et membres des loges : les premières listes paraissent dès le lendemain et se succèdent jusqu’à la fin de 1942, alimentant délations et règlements de comptes locaux. Un Service des sociétés secrètes est chargé d’exploiter les archives saisies, de ficher les anciens maçons, de les écarter de la fonction publique et de nourrir la propagande. Le cadre posé en août 1940 a rendu possible cette escalade.

Condamnation, amnistie et mémoire

À la Libération, Alibert se dérobe à la justice. Réfugié à l’étranger, il est jugé par contumace par la Haute Cour de justice, qui le condamne le 7 mars 1947 à la peine de mort, à l’indignité nationale et à la confiscation de ses biens. Il bénéficie d’une amnistie à la fin des années 1950, rentre en France et meurt à Paris en 1963.

Sa trajectoire illustre un point essentiel pour l’histoire de l’antimaçonnisme : la persécution des francs-maçons sous Vichy ne fut pas l’œuvre d’exaltés isolés, mais celle de juristes compétents, capables de donner à des fantasmes la forme impeccable de la loi. C’est précisément cette respectabilité technique qui rendit l’exclusion si efficace.

Raphaël Alibert n’a pas inventé l’antimaçonnisme, il lui a donné un article de loi, un formulaire et une sanction. Avec lui, la vieille accusation de « secte » devient une catégorie administrative. Son nom rappelle que le droit, entre de mauvaises mains, sait aussi organiser l’arbitraire.

Voir aussi : Vichy et héritages antijudéo-maçonniques, Action française, Maurras, Charles, Complot judéo-maçonnique, Dénonciation, Coston, Henry, Justice et réparation, Ennemi intérieur, Sortie du film antimaçonnique Forces occultes, 10 mars 1943 (date historique).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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