Ces médias maçonniques qui se sont tus : revue de presse des disparus

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La franc-maçonnerie a toujours eu besoin de supports pour se raconter : revues savantes au XIXe siècle, blogs au début du XXIe, webradio plus récemment, sans oublier le kiosque. Beaucoup se sont arrêtés, certains brusquement, d’autres en silence ; d’autres encore ont changé de nom pour mieux continuer. Revue de détail de ces médias maçonniques disparus ou en sommeil, des plus récents aux plus anciens.

Les voix récentes qui se sont tues

Franc-Maçonnerie Magazine (Hélène Cuny)

Hélène Cuny, directrice de Franc-Maçonnerie Magazine
Hélène Cuny, directrice de Franc-Maçonnerie Magazine

C’est la disparition la plus récente, et sans doute la plus visible. Lancé en 2009 dans la suite d’Initiations magazine, Franc-Maçonnerie Magazine avait fait un pari rare : sortir la presse maçonnique du seul abonnement pour la proposer en kiosque, en France, en outre-mer, en Europe francophone, en Afrique et au Canada.

Dirigé par Hélène Cuny et indépendant de toute obédience, il voulait « réunir ce qui était épars » en donnant la parole à toutes les sensibilités maçonniques. D’abord bimestriel, il est passé à huit numéros par an. En septembre 2024, il a fêté son 100e numéro, après quinze ans d’existence, une dizaine de hors-séries et un documentaire. Le dernier numéro paru est le n°109 (mars-avril 2026), avec au sommaire John Yarker, Henri Pena-Ruiz ou encore la franc-maçonnerie à Lille.

Depuis le printemps 2026, le magazine ne paraît plus, faute de moyens financiers. La société éditrice n’a pas déposé le bilan, mais le titre est à l’arrêt et un redémarrage paraît difficile. Trois facteurs ont pesé : le prix du papier, qui a doublé en deux ans, le coût de la diffusion en kiosque et la disparition de nombreuses maisons de la presse.

La Lumière, le blog « franc et maçon » de L’Express (François Koch)

Logo de L’Express
Le blog La Lumière était hébergé par L’Express
François Koch, journaliste à L’Express
François Koch (photo Babelio)

Pendant près d’une décennie, La Lumière, le blog franc et maçon de L’Express a occupé une place à part. Il était tenu par François Koch, journaliste à L’Express de 1988 à 2019, et se présentait comme le seul blog consacré à la franc-maçonnerie rédigé par un journaliste d’un média grand public. Il existait déjà en mai 2010.

Son ambition tenait dans son titre : jeter « la lumière » sur ce qui reste caché ou discret dans le monde des loges. On y trouvait des informations sur les obédiences, leurs élections et leurs crises, notamment les remous de la GLNF au début des années 2010. Ces billets étaient souvent repris dans la presse maçonnique.

Ces médias maçonniques qui se sont tus : revue de presse des disparus

François Koch est aussi l’auteur du Vrai Pouvoir des francs-maçons (2009), fruit d’environ sept ans d’enquête. En 2019, il a quitté L’Express pour devenir contrôleur extérieur au Contrôle général des lieux de privation de liberté. Le blog s’est arrêté avec ce départ et n’a plus été alimenté depuis.

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La Maçonne, le blog d’opinion d’une franc-maçonne

Sur la plateforme Over-blog, La Maçonne se présentait comme le « seul blog maçonnique dit « d’opinion » tenu par une franc-maçonne ». Son sous-titre, « Franc-maçonnerie & initiation des femmes », résumait sa ligne. Le ton était engagé, féministe et revendiqué comme indépendant de toute obédience. L’autrice, qui n’a jamais révélé son identité civile, signait ses billets « Lilithement vôtre ».

Illustration publiée par le blog La Maçonne
Une illustration publiée par le blog La Maçonne (© La Maçonne)

Le blog est actif au moins depuis 2014. Il a abordé la mixité, le sexisme ordinaire dans les obédiences, les positions des obédiences masculines sur l’initiation des femmes, et publié des études de fond. Il a aussi dressé en 2014 un répertoire des blogs maçonniques, devenu à son tour un témoignage sur un paysage numérique largement disparu. En 2022, 450.fm a republié l’un de ses billets sur le sexisme en franc-maçonnerie.

Aujourd’hui, le site reste en ligne avec plus de 70 pages d’archives, mais le dernier billet visible date du 19 août 2024.

RadioDelta, la webradio maçonnique (Gilles Saulière)

Bandeau de RadioDelta
RadioDelta, « la radio qui rayonne entre tes oreilles »

L’idée naît en juillet 2016, lors d’un déjeuner à la Grande Loge de France. Gilles Saulière y propose le projet à Philippe Benhamou et Jean-Laurent Turbet, qui le cofondent avec lui. Le 24 août 2016, un « numéro zéro » de l’émission 1, 2, 3 Soleil ! est diffusé en direct, en toute discrétion : RadioDelta est née.

Gilles Saulière, cofondateur de RadioDelta
Gilles Saulière, cofondateur de RadioDelta

C’était une webradio collaborative, indépendante de toute obédience et ouverte aux non-maçons. Elle a fédéré jusqu’à une quarantaine de bénévoles et produisait 10 à 15 heures de programmes inédits par mois, avec une diffusion 24 heures sur 24. On y trouvait notamment :

  • les talk-shows 2 Colonnes à la 1, arrivé en 2018, et DeltaPol ;
  • des émissions thématiques (philosophie, littérature, voyages, musique) ;
  • Pierres de touche, conçue par la Grande Loge Mixte de France.
Philippe Benhamou animant l’émission 1, 2, 3 Soleil ! sur RadioDelta
Philippe Benhamou aux commandes de 1, 2, 3 Soleil !, l’émission la plus écoutée de RadioDelta

Pendant le confinement de 2020, l’émission quotidienne Allo Gillou réunissait chaque soir les auditeurs sur Zoom et à l’antenne. En 2023, le Club des auditeurs comptait environ 1 200 membres et les archives plus de 500 heures (voir notre entretien avec Gilles Saulière).

Le dernier épisode publié sur les plateformes de podcast date du 17 décembre 2025 : 2 Colonnes à la 1, n°87, avec Marc Alpozzo. Riche de près de 390 épisodes, la radio est en pause depuis.

La Planche à Tracer, un magazine papier participatif (Marianne Blancherie-Dabbadie)

Marianne Blancherie-Dabbadie
Marianne Blancherie-Dabbadie

Ce mensuel papier, lancé par Marianne Blancherie-Dabbadie, paraît pour la première fois au Salon du livre maçonnique de Cannes, les 11 et 12 octobre 2014. Il se veut l’œuvre de particuliers et ne parle au nom d’aucune obédience. Il repose sur un principe participatif : chaque numéro publie trois ou quatre « planches » de francs-maçons choisies autour d’un thème, et résume les autres dans « le coin du secrétaire ». S’y ajoutent :

Ces médias maçonniques qui se sont tus : revue de presse des disparus
  • un lieu symbolique mis à l’honneur chaque mois (Lyon, Bordeaux, Nice, Marseille, Paris) ;
  • un agenda culturel et des critiques de livres ;
  • un courrier des lecteurs, de l’humour maçonnique et un horoscope.

Le numéro 1 (octobre 2014) a pour thème « Être franc-maçon au XXIe siècle », le numéro 2 (novembre 2014) « Franc-maçonnerie et religion ». Les huit premières pages étaient téléchargeables gratuitement. Le titre n’a pas survécu.

Les grandes revues d’hier

Jacques-Étienne Marconis de Nègre
Jacques-Étienne Marconis de Nègre

La presse du Rite de Memphis : Marconis de Nègre

Au milieu du XIXe siècle, Jacques-Étienne Marconis de Nègre (1795-1868), figure centrale du Rite de Memphis, publie Le Soleil mystique, journal de la maçonnerie universelle (1853). Cette publication éphémère défend une maçonnerie aux origines égyptiennes et hermétiques. Ce courant ressurgira plus tard chez les occultistes de la Belle Époque.

L’Initiation, la revue de Papus (1888)

Portrait de Papus (Gérard Encausse) par Auguste-Émile Deslandes
Papus, fondateur de L’Initiation et du Voile d’Isis

En octobre 1888, Gérard Encausse, dit Papus, fonde L’Initiation (voir aussi notre portrait de Papus) avec l’éditeur Lucien Chamuel et sa Librairie du Merveilleux. Ce mensuel accueille notamment Stanislas de Guaita et F.-Ch. Barlet. Il devient l’organe du Groupe indépendant d’études ésotériques et le grand vecteur du martinisme et de l’occultisme.

La première série s’arrête en septembre 1912, et Mysteria prend le relais en 1913. Après une longue éclipse (1914-1952), Philippe Encausse, fils de Papus, relance L’Initiation en 1953. C’est l’exemple même d’une revue qui a connu plusieurs vies.

Couverture de la revue L’Initiation relancée par Philippe Encausse
L’Initiation au temps de Philippe Encausse (photo Salilus)

Le Voile d’Isis (1890)

Couverture du Voile d’Isis
Le Voile d’Isis

Deux ans plus tard, Papus lance Le Voile d’Isis, hebdomadaire du Groupe indépendant d’études ésotériques de Paris, plus orienté vers l’ésotérisme et la tradition. Repris par la maison Chacornac, le titre accueille à partir des années 1920 les articles de René Guénon. En 1936, il prend un nouveau nom tout en conservant sa numérotation : Études traditionnelles.

Études traditionnelles (1936-1992)

Dirigée par Paul Chacornac jusqu’en 1961, la revue devient la tribune de la pensée traditionnelle. Elle publie René Guénon, Frithjof Schuon, Michel Vâlsan, Titus Burckhardt et Leo Schaya, avec une attention constante à l’initiation et à la franc-maçonnerie.

Études traditionnelles, janvier 1951, annonce de la mort de René Guénon
Études traditionnelles, n°289, janvier 1951 : la revue annonce la mort de René Guénon

Interrompue de 1940 à 1945, elle reparaît ensuite pendant près d’un demi-siècle. Son dernier numéro, le n°518, couvre octobre à décembre 1992.

Le Symbolisme (1912)

Oswald Wirth, fondateur de la revue Le Symbolisme
Oswald Wirth (auteur inconnu)

En 1912, Oswald Wirth (1860-1943), ancien secrétaire de Stanislas de Guaita, fonde sa propre revue, Le Symbolisme. Elle devient une référence pour l’étude des symboles, du rituel et de l’idéal initiatique. Elle survit à son fondateur : reprise après la guerre par Marius Lepage, elle paraît jusqu’au début des années 1970.

Ce qu’il reste des médias maçonniques disparus

Les grandes revues anciennes ont laissé des collections reliées, des rééditions et des archives numérisées. L’Initiation et Études traditionnelles sont par exemple consultables en ligne sur le site de l’IAPSOP (International Association for the Preservation of Spiritualist and Occult Periodicals). Les médias plus récents laissent des traces plus fragiles : quelques pages encore en ligne, des podcasts encore écoutables, des numéros papier conservés par leurs lecteurs.

À lire aussi sur 450.fm

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Charles-Albert Delatour
Charles-Albert Delatour
Ancien consultant dans le domaine de la santé, Charles-Albert Delatour, reconnu pour sa bienveillance et son dévouement envers les autres, exerce aujourd’hui en tant que cadre de santé au sein d'un grand hôpital régional. Passionné par l'histoire des organisations secrètes, il est juriste de formation et titulaire d’un Master en droit de l'Université de Bordeaux. Il a été initié dans une grande obédience il y a plus de trente ans et maçonne aujourd'hui au Rite Français philosophique, dernier Rite Français né au Grand Orient de France.

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