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Né à Château-Gontier en 1902 et mort à Laval en 1972, Marius Lepage est un écrivain et franc-maçon français. Fonctionnaire de la préfecture de la Mayenne, vénérable de la loge Volney du Grand Orient de France pendant dix-sept ans, il fut aussi rédacteur en chef puis directeur de la revue Le Symbolisme. Son livre L’Ordre et les Obédiences (1956) défend une maçonnerie universelle, distincte des structures administratives qui l’incarnent.
Un enfant de la Mayenne

Né à Château-Gontier sous le nom de Marius Lucien Louis Joseph Lepage, abandonné à la naissance, il est élevé par un oncle postier à Laval. Boursier au lycée de la ville, il obtient le baccalauréat en 1921, accomplit trois années de service militaire, puis entre par concours en 1928 à la préfecture de la Mayenne, où il deviendra chef de division.
La même année, il adhère à la SFIO et devient secrétaire de la section socialiste de Laval jusqu’en 1932. Volontaire en 1939-1940, il est aussi un sportif engagé, capitaine de l’équipe de water-polo du Stade lavallois.
La loge Volney, une vie d’atelier
Marius Lepage est initié le 24 janvier 1926 dans la loge Volney, à l’Orient de Laval, du Grand Orient de France. Il la dirige sans interruption comme vénérable maître de 1946 à 1963, faisant de cet atelier provincial un lieu de travail symbolique et de réflexion reconnu bien au-delà de la Mayenne.
Avec André Bouton, il publie en 1951 une Histoire de la franc-maçonnerie dans la Mayenne (1756-1951), contribution à l’histoire locale des loges.
Le Symbolisme et le dialogue avec l’Église
Héritier de la revue fondée par Oswald Wirth, Lepage devient rédacteur en chef de la revue Le Symbolisme en 1945, puis son directeur de 1956 à 1971. Il y signe de nombreux articles, comme « Rose+Croix et Franc-Maçonnerie » (1951), dans un numéro qui rend aussi hommage à René Guénon, alors tout juste disparu.
En 1961, il invite à la loge Volney le jésuite Michel Riquet pour une conférence sur la position catholique face à l’athéisme. L’initiative, audacieuse dans le contexte du Grand Orient de l’époque, lui vaut des poursuites disciplinaires dont il sort acquitté en première instance comme en appel.
Du Grand Orient à la GLNF
En 1963, Marius Lepage quitte le Grand Orient de France pour la Grande Loge nationale française, où il fonde la loge Ambroise Paré. Ce choix traduit sa conception d’une maçonnerie attachée aux usages traditionnels et à la référence spirituelle.
L’Ordre et les Obédiences. Histoire et doctrine de la franc-maçonnerie, paru en 1956 à partir d’articles publiés dans Le Symbolisme, développe la distinction entre l’Ordre maçonnique universel et les obédiences qui l’administrent. Lecteur attentif de la littérature anglo-saxonne, il y traduit et discute notamment les textes sur les landmarks. Le livre a été réédité par Dervy en 1999.
Principaux ouvrages
- Histoire de la franc-maçonnerie dans la Mayenne (1756-1951) (avec André Bouton), 1951
- L’Ordre et les Obédiences. Histoire et doctrine de la franc-maçonnerie, 1956 ; rééd. Dervy, 1999
- Nombreux articles dans Le Symbolisme, 1945-1971
Un pont entre les maçonneries
Marius Lepage reste l’une des figures les plus attachantes de la maçonnerie française du milieu du XXe siècle : un maçon de province, autodidacte et érudit, qui a fait de sa loge un laboratoire et de sa revue une tribune. Sa distinction entre l’Ordre et les obédiences, son ouverture au dialogue avec l’Église et son passage du Grand Orient à la GLNF en font un témoin des tensions qui ont traversé la maçonnerie française, entre engagement laïque et quête traditionnelle. L’Ordre et les Obédiences demeure une lecture utile pour qui s’interroge sur l’unité de la franc-maçonnerie au-delà de ses divisions.
À lire sur 450.fm : Quand le maillet s’éternise, la transmission s’inquiète, Saint-Claudius ou la mémoire retrouvée d’une Maçonnerie qui pense, La Franc-maçonnerie, qu’est-ce donc ?.
Voir aussi dans le glossaire : Obédience, Landmarks, Sautoir de Vénérable Maître.

